Caroline De Hass : "Macron donne le sentiment que le droit des femmes, il n'en a rien à cirer"

Elle est l'une des militantes féministes les plus actives de sa génération et ne mâche pas ses mots. Caroline de Haas, invitée de .pol, a jugé durement les choix d'Emmanuel Macron pour composer son gouvernement.

Force est de constater qu'Emmanuel Macron est déjà revenu sur un engagement de campagne : lui qui avait promis qu'il créerait un ministère plein et entier pour l'Egalité hommes-femmes a finalement fait machine arrière en ne consacrant qu'un secrétariat d'Etat à la lutte contre les discriminations de genre. Invitée de .pol (Linternaute.com/Le Huff/Le Lab Europe1/Le JDD), la féministe Caroline de Haas a fustigé ce revirement. "Le fait de le dire pendant la campagne et de pas le faire après, ça donne le sentiment que le droit des femmes, on en a rien à cirer" dit-elle (voir l'extrait en tête de l'article).

Passe encore la promesse non tenue. Ce que la militante regrette, c'est que la nouvelle secrétaire d'Etat, Marlène Schiappa, n'aura selon elle pas les moyens de mettre en oeuvre de vraies mesures concrètes. "Quand il n'y a pas de personne avec un pouvoir suffisant dédié à ce sujet, ce sujet disparaît", estime-t-elle, convaincue que "s'il n'y a pas de ministère plein et entier, en fait, il n'y a pas de politique ambitieuse sur le droit des femmes".

Une femme de la société civile, une mauvaise idée

Au fond, Caroline de Hass considère qu'il faut une figure politique pour prendre en main de telles prérogatives au gouvernement. C'est d'ailleurs de sa propre expérience qu'elle a tiré cette conclusion : "Il y a 5 ans, on avait fait avec Yvette Roudy une note à François Hollande pour le ministère des Droits des femmes. On lui disait les premières choses qu'il faudrait que ce ministère fasse. On avait un paragraphe sur le profil du ministre des Droits des femmes. Dans cette note, nous demandions expressément, nous activistes de la société civile et femmes politiques, que ce ne soit pas quelqu'un de la société civile. Pourquoi ? Parce que si vous voulez faire avancer les droits des femmes, vous devez avoir un rapport de force suffisant pour aller taper sur l'épaule de Le Drian ou de Le Maire pour dire 'Ho coco, il va falloir faire avancer les choses dans ton ministère'. [...] C'est ce qui avait été fait avec Najat Vallaud-Belkacem. Moi j'ai passé 45 minutes avec chaque ministre pour les sensibiliser à l'égalité. Comment elle avait obtenu qu'on forme Laurent Fabius ou Pierre Moscovici à l'égalité femmes-hommes ? Parce qu'elle pouvait obtenir ça du Premier ministre. [...] On le voit bien : les périodes durant lesquelles les droits des femmes ont le plus avancé, dans l'administration, les entreprises et la société, [...] c'est quand il y a eu une ministre qui allait s’asseoir à la table du Conseil des ministres".

Reste qu'Emmanuel Macron se dit, lui, très sensible à la cause de l'égalité femmes-hommes. Faut-il jauger de ses promesses uniquement sur la non-mise en place d'une ministère dédié ? "Ecoutez, j'observe que les choix économiques d'Emmanuel Macron ne font pas avancer l'égalité femmes hommes. Quand vous décidez d'augmenter le temps de travail par exemple, la plupart des temps partiels sont occupés par des femmes, donc en fait vous baissez leur salaire", répond Caroline de Haas.

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Emmanuel Macron / .Pol