Manuel Valls : accusé de "triche", l'ex-Premier ministre montre les muscles

RESULTAT VALLS - "J'ai été élu, enfin, qu'est-ce que ça veut dire ?" Manuel Valls s'agace désormais, après s'être indigné de "la mise en cause de son élection". Un recours a été déposé par Farida Amrani.

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[Mis à jour le 19 juin 2017 à 12h26] Il a beau assurer qu'il "n'y a pas matière à contestation", Manuel Valls doit se faire une raison : son élection à Evry ne se passe pas du tout comme il l'avait imaginée. Ce lundi, au lendemain de l'annonce de sa victoire contestée par se rivale, force est de constater qu'un niveau de tension assez délétère perdure entre les équipes du nouveau député et celles de la candidate battue, Farida Amrani. Cette dernière refuse de reconnaître l'élection de son concurrent. Elle martèle que des irrégularités et des fraudes ont eu lieu dans un ou plusieurs bureaux de vote d'Evry, dans lesquels aucun assesseur de la France insoumise n'était présent lors des dépouillement. La candidate mélenchoniste soupçonne que les résultats obtenus dans la ville dont Manuel Valls a été maire, entre 2002 et 2012, aujourd'hui dirigée par Francis Chouat, son ami, aient été "gonflés" à l'avantage de son rival. Farida Amrani a déposé un recours ce matin, par la voix de ses avocats, pour "plusieurs irrégularités" à Evry. Elle revendique par ailleurs sa propre victoire. Des militants de La France insoumise, soutiens locaux de la rivale de Manuel Valls, affirment "qu'on a attribué des voix à Valls quand les bulletins étaient nuls".

Face à la contestation, l'ancien Premier ministre a jugé bon de prendre les devants, quitte à montrer les muscles devant les journalistes. C'est donc d'un pas assuré qu'il s'est rendu dès aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Alors que les journalistes le pressaient de questions, Manuel Valls a pris la mouche : "J'étais député sortant, et je viens ici. Et c'est tout à fait normal. Pourquoi voulez-vous que je vienne demain, après-demain, ou dans une semaine ? Parce que c'est moi ? Parce que c'est mon élection ? [...] Mon élection, personne ne peut la contester, enfin, qu'est-ce que ça veut dire ?", s'est-il agacé devant la presse.

Des preuves de "triche" ou d'"irrégularités" ?

La candidate de la France Insoumise estime qu'il y a des éléments probants lui permettant de contester les résultats. Officiellement, Manuel Valls l'a emporté avec moins de 150 voix d'avance. Farida Amrani a expliqué ce qu'elle et ses troupes comptaient faire dès aujourd'hui : "Nous allons nous rendre en préfecture pour recompter les bulletins. On nous a refusé hier de recompter en salle de rassemblement des bulletins au premier étage. D'ailleurs, même les journalistes ont été exclus de ce fameux recomptage. A priori, il y a eu un recomptage, on souhaitait être présents, ils nous l'ont refusé". Et d'ajouter : "On dépose, en même temps, au Conseil constitutionnel, un recours. J'ai confiance en la justice de notre pays. On ira en toute tranquillité". Pour Farida Amrani, le litige porte sur le dépouillement de "quatre bureaux de votes à Evry, dont un où on a un gros soupçon". "Comme par hasard, les résultats de ces bureaux sont tombés en dernier", a-t-elle ajouté. Son suppléant, Ulysse Rabaté, a précisé à l'AFP : "On a assez d'éléments pour constituer un dossier, on ne le fait pas pour s'amuser. [...] On a simplement envie que le véritable résultat de l'élection soit reconnu". 

Sur BFMTV, Farida Amrani s'est montrée ce matin encore plus explicite : "On a passé une semaine très difficile entre les deux tours, [...] avec des intimidations. Dès vendredi, nous avons fait appel à Amnesty International, pour qu'ils puissent être présents dans les bureaux et faire leur travail d'observateur". La candidate LFI a par ailleurs assuré qu'elle avait "assisté à des choses graves dans un bureau de votes" et dit disposé de preuves de triches, évoquant des vidéos et des photos de pratiques illégales.

La réponse de Manuel Valls

L'ancien Premier ministre s'est indigné des accusations formulées à son encontre. Sur Twitter, il a martelé qu'il n'y avait "eu aucune irrégularité". "Il faut accepter le verdict des urnes et respecter la démocratie", a-t-il écrit tôt dans la matinée, avant d'ajouter vers 10h00 : "Après les insultes et la haine,si visible hier soir à Evry, c'est désormais la mise en cause de mon élection. Toujours la même méthode. [...] Il n'y a aucune base à la contestation de mon élection et à sa régularité. Je serai aujourd'hui à l'Assemblée nationale et j'y siégerai dès le 27. J'invite chacun à respecter la démocratie et le choix des électeurs. Je ne laisserai pas passer la moindre mise en cause de mon élection".

Manuel Valls va bien siéger à l'Assemblée

Le résultat ayant été validé par le ministère de l'Intérieur, seule la décision du Conseil constitutionnel sur le recours déposé par La France Insoumise pourrait remettre en cause son élection. Les sages disposent d'un long délai pour se prononcer. France Info rappelle sur ce point qu'après les législatives de 2012, le Conseil constitutionnel avait mis quatre à six mois pour trancher les 108 cas qui avaient fait l'objet d'un recours. Rappelons que ce type de recours n'est pas suspensif, Manuel Valls siégera bien à l'Assemblée pendant la durée de la procédure.

Soirée électorale agitée pour Manuel Valls

Hier soir, un responsable local de La France insoumise avait exigé la vérification des votes, devant les caméras des chaînes d'information en continu, pour "un ou deux bureaux où nous n'avons pas les résultats". Il avait alors insisté, sur BFM TV : "Personne pour vérifier ! Il n'y a pas besoin d'avoir fait Sciences Po pour comprendre qu'il manque 100 voix, 50 voix [...] On a le droit de vérifier. [Je n'ai] aucune confiance dans Manuel Valls". Dans la soirée, la responsable de la communication de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou, avait qualifié l'ancien Premier ministre de "tricheur".

En vidéo - Des échauffourées ont éclaté dans la mairie d'Ivry

Dans une ambiance très agitée, Manuel Valls avait pris la parole hier, à 22h depuis la mairie d'Evry. Il avait annoncé son élection, avec "50,3% des voix, [...] avec 139 voix d'avance". "J'ai mené cette campagne dans des conditions difficiles, parfois un peu seul contre tous mais j'ai mené une campagne directe" avait expliqué le candidat étiqueté "Majorité présidentielle" sans avoir été investi par En Marche, ni par le PS. "Je veux rester utile au président de la République. Je veux dans cette circonscription rassembler" avait-il poursuivi. Le ministère de l'Intérieur a d'ailleurs validé ces résultats (voir les résultats complets dans l'Essonne).

Manuel Valls jouait gros, très gros, lors du 2e tour des élections législatives. Celui qui espérait encore en janvier devenir le prochain président de la République pouvait tout simplement perdre le seul mandat qui lui aurait permis d'exister encore à l'échelle nationale. Manuel Valls compte sur sa place à l'Assemblée pour faire entendre sa voix dans la majorité présidentielle, mais pas uniquement. Nul doute qu'il aura aussi l'ambition de prendre la tête de la gauche sociale-libérale, "d'opposition constructive"' et de soutien au président, alors que l'on ignore encore si le PS sera demain un parti d'opposition frontale au gouvernement. 

Au premier tour, l'ancien Premier ministre avait obtenu 25,45% des voix, devant Farida Amrani pour la France Insoumise (17,61%). La candidate Les Républicains avait réalisé 11,93%, la représentante du Front National 10,20% des suffrages. L'humoriste polémiste Dieudonné, venu défier Valls sur ses terres, avait quant à lui fait 3,84% tandis que le chanteur Francis Lalanne, suppléant du candidat du mouvement 100% La force Eco-citoyenne, avait récolté 1,08% des voix.

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