Sondages des législatives 2017 en Belgique : résultats fiables ou pas ?

Des sondages seront de nouveau diffusés depuis la Belgique pour "spoiler" le résultat du 2e tour des législatives ce dimanche. Mais quelle confiance accorder à ces chiffres souvent peu voire pas du tout sourcés ?

[Mis à jour le 18 juin 2017 à 17h57] Alors que le second tour des législatives devrait donner la coloration de la future Assemblée nationale française ce dimanche, c'est peut être de l'étranger que les résultats seront publiés en fin de journée. En tout cas des bribes des résultats. Car aujourd'hui, comme lors de l'élection présidentielle 2017, des sondages seront immanquablement dévoilés par la presse belge pour donner les premières grandes tendances de l'élection législative. Une presse belge qui n'est pas soumise à la loi française qui interdit de diffuser des estimations jusqu'à 20 heures.

Que penser de ces mesures, sulfureuses car interdites dans la loi française, qui sont dévoilées bien avant la fermeture des bureaux de vote ? La réponse à cette question ne peut être totalement tranchée. En effet, lors du premier comme lors du second tour de la présidentielle et comme dimanche dernier pour le premier tour des législatives, les sondages que la RTBF, la Libre Belgique ou encore le Soir relayaient avaient toutes vu juste. Elles donnaient dès 16 heures Emmanuel Macron et Marine Le Pen largement en tête le 23 avril et avaient prédit quinze jours plus tard que le premier serait loin devant la seconde. La semaine passée, la percée d'En Marche était annoncée dès 18h30 par la RTBF.

Pointée du doigt, notamment par la Commission de sondages en France lors de la présidentielle, la Radio-télévision belge francophone s'était défendue, assurant que les chiffres qu'elle donnait n'étaient pas sortis du chapeau et venaient même d’instituts de sondages reconnus, avec lesquels elle travaillait depuis plusieurs années. On d'ailleurs voit mal comment des médias connus et reconnus (la RTBF est publique) propager sciemment des "rumeurs", selon le terme utilisé par la Commission des sondages, ou lâcher des estimations dont elle n'aurait pas vérifié l’authenticité. De quoi y croire si des résultats des législatives sont de nouveau diffusés ce soir.

Mais il y a un hic. Outre le fait que ces chiffres sont bel et bien interdits en France, alors qu'ils sont autorisés en Belgique, les médias qui les diffusent généralement ne donnent ni le nom de l’institut qui les a fournis, ni la méthodologie qui a été appliquée, comme il est généralement d'usage. Pire, sans doute pour éviter de mettre un institut français dans l'embarras vis à vis du législateur français, la RTBF et ses confrères accompagnent généralement leurs sondages de commentaires aussi flous qu'étonnants. Lors du second tour de la présidentielle, les sondages livrés étaient tantôt le fruit de "plusieurs enquêtes", tantôt le résultat de "3 études", puis quatre menées auprès d'électeurs. La RTBF évoquera même une "source du ministère de l'Intérieur français qui agrège les résultats de plusieurs instituts de sondage et d'enquête d'opinion".

En 2012, quelles fuites belges sur les législatives ?

Pionnier de ce contournement de la loi française, qui oblige les médias de l'Hexagone à attendre 20 heures avant de dévoiler des chiffres, la RTBF, Radio Télévision Belge Francophone, avait dès la présidentielle et les législatives de 2012 mis en place une édition spéciale sur le Web, proposant en fin d'après-midi les premières estimations sur son compte Twitter et sur son site Internet. Lors des législatives françaises notamment, elle avait reçu un tel afflux de visiteurs sur son site que ce dernier avait fini par connaître des lenteurs. Depuis, pour les médias belges et suisses qui ne sont pas soumis à la loi française, les fuites de sondages sont devenues un sport national.

Une loi française dépassée ?

L'interdiction de publication de sondages la veille du scrutin et de toute tendance le jour du vote font partie, avec les principes d'égalité de temps de parole à la télévision et à la radio, de règles jugées très voire trop strictes. Ces règles, qui encadrent les médias en période électorale, peuvent sembler dépassées à l'heure d'Internet des réseaux sociaux. Parmi les plus exigeantes au monde, elles sont contestées par une partie des médias qui les jugent pas toujours faciles à mettre en oeuvre. Les Français devraient passer cette année 4 heures par jour en ligne contre 3H51 devant le poste de télévision, selon les prévisions de la société d'études eMarketer.

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