François de Rugy : qui est le nouveau président de l'Assemblée ?

ASSEMBLÉE NATIONALE - Alors que toutes les rumeurs pariaient sur une femme, l'écologiste François de Rugy vient d'être élu président de l'Assemblée nationale. Portrait.

[Mis à jour le 27 juin 2017 à 17h19] "Nous avons été choisis par une minorité de Français et Françaises. Cela nous confère une responsabilité particulière, celle de reconquérir une confiance que des décennies de crises ont érodé. Ce sera le rôle en premier lieu de la majorité", vient de déclarer l'écologiste François de Rugy, qui a été élu président de l'Assemblée nationale avec 353 voix, devant le candidat des Républicains (Jean-Charles Taugourdeau), la candidate constructif (Laure de La Raudière), la candidate socialiste (Laurence Dumont) et la candidate de la France Insoumise (Caroline Fiat). Un affrontement de pure forme, les élus LREM ayant la majorité absolue à l'Assemblée Nationale

C'est en tout cas la surprise de l'actualité politique de ce matin : alors que tout le monde s'attendait à l'élection d'une femme, les députés de la majorité se sont prononcés sur un futur leader de sexe masculin aujourd'hui mardi 27 juin, via un vote interne au groupe. Élu dès le premier tour avec 153 voix, François de Rugy a été largement préféré aux trois autres candidats Brigitte Bourguignon, Sophie Errante et Philippe Folliot. 

François de Rugy, le seul à avoir fait campagne pour le perchoir 

Les critères comme l'expérience en tant que député, qui se doit traditionnellement d'être conséquente pour accéder au prestigieux poste, ou encore, dans le cas précis de cette nouvelle Assemblée, qui va compter avec de très fortes têtes comme Jean-Luc Mélenchon (FI) ou Marine Le Pen (FN), la capacité à savoir imposer son autorité, ont été pris en compte. Ils faisaient partie du profil de François de Rugy, qui s'est déclaré candidat dès sa réélection en Loire-Atlantique au sortir du deuxième tour des élections législatives.

François de Rugy, ex-candidat malheureux à la primaire du parti socialiste, qui a renié sa parole pour se ranger derrière le candidat Macron pendant la campagne présidentielle, a défendu sa candidature avec assiduité, même si les vents n'allaient a priori pas dans son sens. Il est aussi le seul des quatre candidats à avoir eu véritablement le temps de faire campagne auprès des députés de la majorité. "J'ai toujours milité pour un certain nombre de réformes", déclarait-il récemment sur Europe 1. "J'ai proposé ma candidature au groupe REM. Je l'appuie sur mon expérience de député : j'ai été député dans la majorité, j'ai été un député actif".

François de Rugy, une longue expérience parlementaire malgré son jeune âge

Il est vrai qu'a à peine 43 ans - il est le plus jeune président de l'Assemblée nationale jamais élu sous la cinquième République - ce père de deux enfants a déjà une belle carrière politique derrière lui. Nantais d'origine, diplômé de Sciences Po Paris, il a été réélu le 18 juin dernier député de la Loire-Atlantique pour un troisième mandat, "le dernier", jure-t-il. Une longue expérience parlementaire, durant laquelle il a été successivement Co-président du groupe écologiste à l'Assemblée nationale et troisième  vice-président de l'Assemblée nationale. Avant quoi François de Rugy a notamment occupé les fonctions de secrétaire général du groupe radical, citoyen et vert (RCV).

En parallèle, il co-fonde en 2015 le parti Écologistes !, accusant le parti EELV de Cécile Duflot de "dérive gauchiste". Toutes les qualités requises pour accéder au perchoir donc, sauf celui d'être une femme, au grand dam d'Emmanuel Macron.

François de Rugy : encore et toujours un homme président de l'Assemblée nationale

Le Président ne s'en cachait pas : il souhaitait que se soit une femme qui accède au poste du quatrième personnage de l'Etat, ce qui n'est encore jamais arrivé sous la cinquième République. Sa logique d'équilibriste voulait également que se soit une femme de gauche, après la nomination du Premier ministre Edouard Philippe, personnalité issue des rangs du parti de droite Les Républicains. Des désiderata qui n'étaient pas tombés dans l'oreille d'une (ou plutôt deux) sourdes. Alors que François de Rugy était encore le seul candidat en lice la semaine dernière, deux nouvelles personnalités étaient sorties du bois vendredi 23 juin au soir : Brigitte Bourguignon, 58 ans, et Sophie Errante, 45 ans. 

"Dans cette Assemblée féminisée, je pense que ce serait bien symboliquement qu'une femme soit pour la première fois à sa tête", avait déclaré à l'AFP la députée du Pas-de-Calais Brigitte Bourguignon, ajoutant que : "mon nom a circulé, je n'étais pas demandeuse, mais je pense que ma candidature a du sens, car je viens d'un département où quatre députés FN ont été élus [...] Je voudrais travailler sur la vulgarisation de nos travaux qui sont incompréhensibles pour nos concitoyens". 

De son côté, la députée de Loire-Atlantique Sophie Errante avait choisi de ne pas jouer la carte de la guerre des sexes. Elle disait vouloir travailler sur "la réconciliation de l'Assemblée avec ses concitoyens". "Il y a un grand besoin de clarifier le travail des parlementaires, que la fabrique de la loi soit plus compréhensible par les citoyens", avait-elle déclaré à l'AFP.

François de Rugy est passé devant une foule de candidats au perchoir

Dans une lettre adressée à ses collègues, le député du Tarn Philippe Folliot, qui s'est lancé ce matin dans une campagne éclair auprès des députés de la majorité, expliquait que sa candidature était "celle d'un homme libre, désintéressé, passionné par la mission que nous a confié le suffrage universel et surtout, plus que jamais, désireux de servir" et mettait en avant son parcours. "Aux origines modestes, fils d'ouvrier agricole devenu inséminateur artificiel, ancien directeur d'un organisme de financement du logement social et d'une coopérative HLM, après une forte et riche expérience d'élu local, je suis comme nombre d'entre vous le symbole de cette méritocratie républicaine qu'il faut préserver et renforcer", écrivait celui qui a été troisième vice-président de l'UDI sous la précédente législature, et a été le premier député de l'opposition à rejoindre Emmanuel Macron avant de d'intégrer le comité politique d'En Marche!. 

Barbara Pompili (LREM), Laure de La Raudière (LR) et George Pau-Langevin (PS), dont les noms circulaient avec insistance, avaient finalement renoncé à présenter leur candidature à la présidence de l'Assemblée nationale. Exit aussi Nathalie Kosciusko-Morizet (LR), qui avait des vues sur le poste mais qui a échoué à se faire élire aux dernières élections législatives. Marielle de Sarnez, qui a été désignée le week-end dernier pour présider une commission parlementaire au nom du Modem, ne sera pas non plus la première femme de la cinquième République à accéder au perchoir. Et Richard Ferrand, élu lui aussi le week-end dernier à la tête du groupe LRM, ne succédera pas à Claude Bartolone.

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