Marlène Schiappa : encore accusée de "fake news"

La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes avait annoncé un taux alarmant d'épisiotomies en France, un chiffre réfuté par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

[Mise à jour du 25/07 à 17h15] Et encore une polémique pour la secrétaire d'Etat ! Lors de son audition devant la délégation aux droits des femmes le 20 juillet, Marlène Schiappa a annoncé un taux d'épisiotomies qui atteindrait 75% en France. Trop élevé selon les gynécologues français. Pour rappel, une épisiotomie est une incision du périnée réalisée au moment de l'accouchement pour éviter, normalement, une déchirure. D'après la secrétaire d'Etat, "en France, on a un taux d'épisiotomies à 75%, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise, je crois normalement, d'être autour de 20-25%." Elle a également dénoncé des "pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, les femmes très jeunes et les femmes handicapées". Elle a enfin ajouté qu'elle avait commandé un rapport sur le sujet au Haut Conseil à l'Egalité femmes-hommes (HCE).

Ces déclarations ont choqué le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) qui a répondu dans une lettre ouverte : "Lorsque vous parlez de violences obstétricales, vous maltraitez notre profession dans son ensemble". Il juge "injuste et néfaste (...) d'induire une telle perte de confiance envers les gynécologues et obstétriciens" et assure que les chiffres donnés par Marlène Schiappa sont des "informations fausses".

La guerre des chiffres

Marlène Schiappa et le CNGOF présentent tous les deux des études différentes pour étayer leurs propos. La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes se basait sur une étude datant de 2013 et réalisée par son association Maman travaille. Sur les 983 mères interrogées, "75% d'entre elles disaient avoir subi une épisiotomie". Le CNGOF, de son côté, affirme que "la dernière évaluation officielle et publique réalisée en 2010 rapportait 27%, avec une réduction de moitié depuis le décompte précédent qui était de 55% en 1998". Le CNGOF se réfère aux derniers chiffres de l'Inserm publiés en 2010, qui affirment qu'il y a eu 26,8% d'épisiotomies cette année-là. Pour les primipares (première naissance), ce taux atteint tout de même 44,4%. Pour les naissances suivantes (multipares), le taux descend à 14,2%.

Pour justifier la différence entre les deux études, Marlène Schiappa explique : "Les disparités de ressentis sont réelles entre les femmes et les obstétriciens, qui consacrent leur vie à la santé des femmes. Il n'appartient pas au gouvernement de dire quelle est la réalité des chiffres, mais d'apporter une réponse aux femmes qui font part de leurs souffrances". Elle a conclu que le rapport commandé au Haut Conseil de l'Egalité femmes-hommes pourra faire "un état des lieux pour objectiver le phénomène, le quantifier et identifier les problématiques. Les gynécologues obstétriciens y seront bien évidemment largement associés".

La récidiviste des "fake news"

Ce n'est pas la première fois que la secrétaire d'Etat s'emmêle les pinceaux et provoque une polémique. Le 16 juillet déjà, les associations féministes s'inquiétaient d'une possible baisse de 25% du budget du secrétariat d'Etat à l'Egalité femmes-hommes. Cette fois-là, Marlène Schiappa avait répondu sur Twitter : "Peut-être serait-il intéressant de temps en temps de se renseigner à la source avant de relayer des #fakenews ?" Pas de chance pour elle : le 21 juillet, un décret était publié au Journal officiel et annonçait une coupe budgétaire de 25% pour son secrétariat d'Etat.

Marlène Schiappa a tenu a rassurer les associations féministes : cette forte baisse de budget ne se répercutera pas sur les subventions des associations "dont l'objet est l'accueil de femmes victimes de violences sexistes et sexuelles". L'entourage de la secrétaire d'Etat a assuré au Monde qu'il s'agira de coupes "dans les frais de fonctionnement, comme la suppression des notes de frais et des réceptions".

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