Donald Trump et la Corée du Nord : vers une guerre nucléaire ?

La guerre est déclarée entre les États-Unis et la Corée du Nord. On assiste actuellement à une véritable joute verbale entre les deux pays. Mais jusqu'où cela pourrait-il aller ? Donald Trump pourrait-il déclencher une frappe nucléaire ? On fait le point sur la situation.

[Mis à jour le 11 août 2017 à 17h20] Donald Trump a encore haussé le ton face à la Corée du Nord ce vendredi 11 août. Déjà quelques mois que la Corée du Nord et les États-Unis se tournent autour, mais depuis plusieurs jours, on assiste à une véritable escalade des tensions entre les deux pays. Pour résumer les échanges de la semaine, Pyongyang a menacé d'envoyer des missiles sur l'île du Guam, où se trouve notamment une base militaire américaine. Ce à quoi le président des États-Unis a répondu indirectement en ré-évoquant l'utilisation de l'arme nucléaire. Pour la Corée du Nord jeudi, pas de doute : Donald Trump a "perdu la raison". Ce 11 août, Donald Trump a de nouveau menacé de recourir à "des solutions militaires".

Vendredi sur Twitter, le président des États-Unis est revenu à la charge. "Les options militaires sont désormais totalement en place, prêtes à être employées, si la Corée du Nord devait agir imprudemment. Espérons que Kim Jong-un trouvera une autre voie !", a-t-il déclaré. 

La communauté internationale inquiète

Alors que l'affrontement entre les deux pays bat son plein, la communauté internationale ne cache plus son inquiétude. Les deux dirigeants semblent l'un comme l'autre tout aussi imprévisibles. Ce vendredi, après une semaine particulièrement marquée par des échanges houleux entre Washington et Pyongyang, l'Allemagne et la Russie ont réagi. "Je ne vois pas de solution militaire à ce conflit", a affirmé Angela Merkel.

Et la chancelière d'ajouter : "L'Allemagne va participer de manière intensive aux possibilités de résolutions non militaires, mais je considère l'escalade verbale comme une mauvaise réponse." De son côté, le ministre des Affaires étrangères russe a également fait part de son inquiétude face à la situation, qualifiant les risques de "très élevés". Sergueï Lavrov, qui s'est exprimé lors d'une rencontre avec des jeunes retransmise à la télévision, a également recommandé au "plus fort et plus intelligent" des deux de faire "un pas pour s'éloigner de la ligne dangereuse".

Trump a-t-il "perdu la raison ?

"Un dialogue censé n'est pas possible avec un tel gars qui a perdu la raison", a estimé jeudi 10 août le général Rak-Gyom, commandant des forces balistiques nord-coréennes, cité par l'agence de presse officielle nord-coréenne, KCNA. Jugeant les propos tenus la veille par Donald Trump d'"absurdités", la Corée du Nord a par ailleurs précisé son plan d'attaque sur l'île de Guam, située dans l'océan Pacifique. Ainsi, on apprend que quatre missiles seront tirés simultanément et "voleront 17 minutes et 45 secondes sur une distance de 3 356,7 km, et s'écraseront en mer à 30 ou 40 km de Guam". Les missiles survoleraient ainsi le Japon, ce qui n'a pas tardé à alerter l'archipel. 

Un plan conforme "au droit international" ?

Ce dernier a déjà averti : tout missile menaçant son territoire sera abattu. Et de réaffirmer qu'il ne pourrait "jamais tolérer les provocations" de Pyongyang. "Nous appelons fermement la Corée du Nord à prendre au sérieux les avertissements répétés de la communauté internationale, à se plier aux résolutions de l'ONU et à s'abstenir d'autres provocations", a ainsi déclaré Yoshihide Suga, porte-parole du gouvernement, avant de soutenir l'allié américain : "Il est très important de maintenir le pouvoir de dissuasion nucléaire des États-Unis face à une situation sécuritaire très préoccupante dans la région. [...] Le président Trump a dit que toutes les options étaient sur la table et le gouvernement salue cette politique". 

De son côté, comme le rapporte L'Express, le professeur Yang Moo-Jin, de l'université des Études nord-coréennes de Séoul, s'est dit inquiet face aux précisions inhabituelles de Pyongyang. "Le Nord semble être en train de dire que ce qu'il va faire se fera conformément au droit international", précisant que pour lui, il n'est désormais plus possible d'exclure que "le Nord mette ce projet en application". 

Donald Trump peut-il déclencher seul une frappe nucléaire ?

Si les menaces de Pyongyang ont de quoi inquiéter la communauté internationale, il en est de même sur celle de Donald Trump. Célèbre à travers le monde pour son impulsivité, le 45e président des États-Unis, qui est également commandant suprême des forces armées, est à ce jour le seul "en mesure d'autoriser une frappe nucléaire", affirme Alex Wellerstein, professeur adjoint d'armes nucléaires à l'Institut de Stevens de Technologie, dans un courriel envoyé au Boston Globe. Si le ministre de la Défense est tout de même chargé d'authentifier l'ordre avant qu'il soit envoyé au Pentagone, il n'a pour autant pas le pouvoir de le refuser et peut même être limogé s'il s'y oppose, puis remplacé.

"Il n'y a pas de mécanisme procédural ou institutionnel qui puisse empêcher un président de donner l'ordre d'utiliser des armes nucléaires", estime également Stephen Schwartz, spécialiste de l'armement nucléaire, dans une interview donnée au site américain FiveThirtyEigth. Et malgré la proposition de loi déposée en janvier dernier par deux sénateurs démocrates pour "retirer au président le droit de déclencher une attaque nucléaire 'en premier', sans l'aval du Congrès", comme le précise L'Express, il y a peu de chance pour que les choses changent.

Mise en place après-guerre, cette doctrine qui consiste à donner ce "plein pouvoir" au Président américain avait à l'époque surtout pour objectif de ne pas confier cette décision aux militaires, jugés trop "va-t-en-guerre". Néanmoins, Julien Toureille, spécialiste des États-Unis à l'Université du Québec à Montréal UQAM, et dont L'Express rapporte les propos, se veut rassurant et rappelle que l'entourage présidentiel a auparavant déjà "court-circuité cette chaîne de commandement", selon les termes employés par l'hebdomadaire. "Pendant l'affaire du Watergate, en 1974, alors que Nixon s'adonnait à l'alcool, son secrétaire à la Défense avait ordonné à ses subalternes de l'avertir en cas d'ordre d'urgence émanant du Bureau ovale", affirme le spécialiste, estimant que plusieurs conseillers de Donald Trump pourraient également s'efforcer de l'en dissuader si la situation venait à se présenter.

Pourquoi la situation dégénère-t-elle depuis plusieurs mois ?

Depuis plusieurs mois déjà, la tension est grandissante entre Pyongyang et Washington. Les agressions verbales s'enchaînent et parfois même, le premier menace de lancer quelques missiles vers son ennemi. À la tête des États-Unis, Donald Trump ne compte pas se laisser faire. Mardi 8 août, le 45e président a même haussé le ton. Si la Corée du Nord persiste à menacer les Américains, elle se heurtera "au feu et [à] la colère", a-t-il affirmé à l'occasion d'une intervention à Bedminster, dont une vidéo publiée par la chaîne MSNBC montre la scène. 

"La Corée du Nord devrait ne plus proférer la moindre menace contre les États-Unis", a également assuré le Président. Il faut dire que la veille, la Corée du Nord avait promis de faire payer aux États-Unis "un millier de fois [...] le prix de leurs crimes" ou encore de transformer Séoul en "mer de flammes". En cause ? L'adoption par l'ONU de nouvelles sanctions à l'encontre de Pyongyang. La résolution avait été proposée par...Washington. Et l'histoire ne s'arrête pas là. La Corée du Nord n'a pas manqué de répondre à son ennemi mercredi 9 août. L'île de Guam, qui abrite notamment une base militaire américaine, est désormais dans son viseur, a assuré l'agence de presse officielle nord-coréenne, KCNA. 

"Actuellement [le pays] étudie avec attention le plan opérationnel afin de faire feu sur les zones situées autour de Guam avec une fusée balistique à portée intermédiaire Hwasong-12", a-t-elle annoncé. Et l'agence de préciser que le sort de l'île était désormais entre les mains de Kim Jong-un, "le commandant suprême de la force nucléaire", qui décidera de la mise en pratique ou non de ce projet. Mercredi 9 août, Donald Trump a indirectement réagi en tweetant notamment sur son premier ordre en temps que président qui a été de faire "rénover et moderniser" l'arsenal nucléaire américain. "Il est maintenant plus fort et plus puissant que jamais", a-t-il précisé, ajoutant cependant : "Espérons que nous n'ayons jamais à utiliser cette puissance, mais nous serons toujours la nation la plus puissante du monde !"

VIDEO. "Donald Trump, Kim Jong-Un... et le Dr. Folamour"

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