Interview de Macron : attaques et citations très haut perchées... Best-of

Interview de Macron : attaques et citations très haut perchées... Best-of Emmanuel Macron a accordé une interview fleuve au Point, la première prise de parole médiatique en trois mois de présidence. Dans plus de 20 pages d'entretien, certains propos sont explosifs, d'autres plutôt perchés...

[Mis à jour le 31 août 2017 à 13h29] La forte baisse de popularité constatée par plusieurs instituts de sondages ne pouvait rester sans réponse de l'Elysée. Emmanuel Macron a décidé de sortir de sa posture "jupitérienne" et d'accorder une interview fleuve au Point ce jeudi 31 août. Dans un papier de plus de 20 pages, le chef de l'Etat entend redonner le cap de son quinquennat, expliquer sa vision et donner un sens aux réformes et aux annonces qui se multiplient depuis son élection et la formation de son gouvernement. Parmi les idées clés à retenir, Emmanuel Macron dit comprendre "l'impatience du peuple", admet qu'il devra gouverner "dans l'impopularité", mais demande à être jugé sur ses résultats dans la durée, sur la "transformation profonde" du pays qu'il appelle de ses voeux. Il prône aussi le retour à un certain "héroïsme politique".

Côté réformes, Emmanuel Macron défend dans cette interview les premières annonces une à une, sans livrer beaucoup de détails. Il assume la réforme du travail sans donner le moindre indice sur les ordonnances qui ont été dévoilées par Edouard Philippe ce jeudi, il dit vouloir aller plus loin après la baisse controversée des APL annoncée cet été, il défend aussi la baisse du budget et la réduction des emplois aidés, il veut une "révolution de l'éducation" avec notamment une entrée à l'université plus encadrée, mesure qui s'annonce elle aussi explosive...

Hollande, Mélenchon, de Villiers... Les réponses cinglantes de Macron

Sur la forme, l'interview de Macron est truffée de détails signifiants. Comme cette attaque contre François Hollande. Alors que son prédécesseur s'est permis de le mettre en garde sur les "efforts" trop importants qu'il demanderait aux Français, Emmanuel Macron estime "étrange" que l'ancien chef de l'Etat, incapable de défendre son bilan à la présidentielle, "justifie son bilan devant des journalistes". Autre cible : Jean-Luc Mélenchon, l'un de ses principaux opposants sur la loi Travail. Selon Emmanuel Macron, ce dernier "n'apporte aucune solution pour les vrais sacrifiés du système". On pense aussi très fort au leader de la France insoumise quand Emmanuel Macron critique "une société de statut" et "ceux qui font commerce de [la] misère"...

Emmanuel Macron met aussi les points sur les "i" après la fronde de l'armée sur le gel des crédits de la Défense, incarnée par la démission du chef d'état major Pierre de Villers en juillet. Selon lui, il s'agit d'une "tempête dans un verre d'eau". Et Macron persiste et signe : "Les armées ne font pas ce qu'elles veulent, elles ne sont pas autopilotées". Quant à la Première ministre polonaise Beata Szydło, qui a vivement critiqué son offensive sur les travailleurs détachés cette semaine, elle a droit aussi à son chapitre : "Le gouvernement polonais n'est pas le porte-parole de l'Europe de l'Est". Un gouvernement polonais "qui remet en cause la solidarité européenne et même l'Etat de droit", selon le chef de l'Etat.

Et comme il est impossible, même en 20 pages, de répondre à tous ses détracteurs, Emmanuel Macron a décidé de canarder tous azimuts avec une de ces saillies cinglantes : "Tous ceux qui réclament un bilan dès aujourd'hui sont les mêmes qui disaient d'abord que j'étais un intrus, un opportuniste, ensuite qu'il n'était pas possible que je gagne, enfin que je n'aurais pas de majorité à l'Assemblée", lâche-t-il, refusant de voire les 100 premiers jours de son mandat comme une période où l'essentiel doit être réalisé.

Une interview de Macron très haut perchée

Ce qui frappe enfin dans cette interview au long cours d'Emmanuel Macron, c'est la forme très intellectuelle - voire intello - qu'elle prend du début à la fin. Chez les intervieweurs comme chez l’interviewé, les références littéraires, historiques ou encore philosophiques sont nombreuses. Dès le début de l'interview, Emmanuel Macron développe par exemple le point de vue de l'historien Fernand Braudel, qui assimilait la France à "un amalgame". Et il accompagne la référence de cette longue tirade introductive : "Nous sommes un pays assez unique ; un pays de calcaire, de schiste et d'argile, de catholiques, de protestants, de juifs et de musulmans ; un pays qui n'a pas vraiment d'équivalent en Europe par ses contrastes".

Braudel est suivi de Paul Valéry un peu plus loin, avec cette citation : "Tout état social exige des fictions". Il s'agit alors pour Macron de défendre un autre point de vue sur les repères dont doivent bénéficier les "jeunes de banlieue". Ceux qui partent faire le djihad ont besoin selon le chef de l'Etat d'une histoire glorieuse de la France à laquelle s'attacher et de héros à qui s'identifier pour ne pas trouver de contre-modèle en Syrie, chez les combattants de Daech.

Sont ensuite convoqués Saint-Simon, sur l'esprit de cour qui existe toujours dans la société française, et Schumpeter avec le "processus de destruction créatrice" qui doit permettre à l'économie de se relever. Un redressement que Macron compare à une "révolution copernicienne". Un autre philosophe, contemporain cette fois, l'Allemand Peter Sloterdijk, est ensuite mis en porte-à-faux lors d'une réflexion sur la morale, lui qui estime que "la France est un pays puritain". Le philosophe Emmanuel Levinas est encore cité par le président de la République au moment de parler de sa relation avec les collectivités : "La confiance est le problème de l'autre". Parmi ces références très nobles, Macron évoque le Léviathan au sujet de la souveraineté européenne ou encore dit son admiration pour le romancier Kamel Daoud...

Et quand ce n'est pas le chef de l'Etat, c'est Le Point qui s'attache à élever le niveau. Emmanuel Macron sera ainsi interrogé sur sa préférence en matière d'assurance sociale entre un modèle "dit bismarckien" et un "modèle de solidarité dit beveridgien". Après une parenthèse sur la lecture ("Je lis tous les jours"), l'interview se termine enfin par cette question de l'hebdo : "'Ce que l'on te reproche, cultive-le, c'est toi', écrivait Cocteau. Qu'allez vous cultiver au cours de ces cinq prochaines années ?". Et Emmanuel Macron de répondre : "C'est à la France de cultiver ce qu'on lui reproche". La culture, donc...

Emmanuel Macron