Laurent Fabius a-t-il couvert les activités suspectes de Lafarge avec Daesh ?

Laurent Fabius a-t-il couvert les activités suspectes de Lafarge avec Daesh ? Les autorités françaises étaient-elles au courant des relations troubles entretenues entre le cimentier Lafarge et des organisations terroristes en Syrie ? Une ONG demande à la Justice une audition de l'ancien ministre des Affaires étrangères.

[Mis à jour le 13 octobre 2017 à 15h53] "L'État doit être exemplaire, les juges doivent donc rechercher son éventuelle responsabilité". Le ton est donné. Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux de l'ONG Sherpa, qui défend les anciens salariés syriens du groupe Lafarge, fait désormais bien comprendre que l'affaire va prendre une nouvelle dimension dans les prochaines semaines. A France Info, elle fait savoir ce vendredi 13 octobre que son association réclame l'audition de Laurent Fabius dans le cadre de l'enquête sur les activités de Lafarge en Syrie. "La justice française ne doit oublier aucun acteur dans cette affaire", dit-elle. L'ONG qu'elle représente, qui se porte partie civile, a déposé une demande officielle, cette semaine, auprès des juges d'instruction du tribunal de Paris.

Pourquoi Sherpa demande l'audition de Laurent Fabius ? L'enquête judiciaire ouverte en juin 2017 doit permettre d'établir si les soupçons de "financement de terrorisme" sont fondés : les juges se demandent s'il n'y a pas eu des remises de fonds du groupe Lafarge à des responsables du groupe terroriste Daesh, afin de poursuivre ses activités en Syrie. Lafarge était la seule entreprise multinationale encore présente pendant la guerre dans le pays. Rappelons que Laurent Fabius a été ministre des Affaires étrangères de mai 2012 à février 2016. Plusieurs dirigeants du groupe ont affirmé, devant les juges, que le Quai d'Orsay, durant cette période, était parfaitement informé de la nature de la relation entre Lafarge et le groupe Etat islamique. Le directeur général-adjoint du groupe l'assure : "Tous les six mois, on allait voir le Quai d'Orsay qui nous poussait à rester. [...] Le Quai d'Orsay dit qu'il faut tenir, que ça va se régler. Et il faut voir qu'on ne peut pas faire des allers-retours, on est ancrés et, si on quitte, d'autres viendront à notre place". Selon ses dires, le ministère des Affaires étrangères aurait ainsi incité l'entreprise française à maintenir ses activités en Syrie, tout en connaissant les conditions dans lesquelles elle travaillait. Plusieurs anciens salariés de Lafarge réclament par ailleurs des investigations de la justice pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Le Quai d'Orsay, de son côté, dément l'ensemble des allégations et des accusations sous-entendues, selon France Info. Le ministère des Affaires étrangères assure même avoir "alerté le groupe Lafarge sur les risques encourus à rester en Syrie".

"Des pressions pour les obliger à travailler"

Quatre anciens employés syriens du groupe Lafarge ont été entendus par les juges pour le moment. L'un d'eux a affirmé aux magistrats qu"il avait subi "des pressions avec ses collègues pour les obliger à continuer à travailler", explique une source proche du dossier, citée par l'Agence France Presse. L'AFP ajoute que les enquêteurs ont déjà bien avancé sur cs dossier : leurs investigations auraient permis de "valider" le fait que des versements d'argent ont eu lieu à des organisations en lien avec des activités terroristes, "en produisant de fausses pièces comptables".

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