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Discours
Janvier 2008
Les vux de François Hollande à la presse
En ce début d'année 2008, en entendant les uns ou les autres ou, plus exactement, toujours le même, je me disais que ce qui nous menaçait c'était en définitive la confusion des enjeux, le tourbillon des images, la perte de sens des mots qui sont utilisés ou proférés, l'instrumentalisation des peurs et, pour tout dire, la résultante de tout cela qui peut être le fatalisme ou la résignation. Face à ces menaces, je veux former le souhait qu'en 2008 nous marquions
deux volontés : la lucidité et l'engagement. La lucidité est indispensable,
elle est au cœur de tout. Elle ne vaut pas simplement pour un parti, pour
des hommes et des femmes eux-mêmes engagés. Elle vaut pour une société, elle
vaut pour des citoyens.
Lucidité de l'état du monde qui est grave, préoccupant Les tensions internationales sont encore lourdes. Ce qui se passe en Irak tous les jours, en Afghanistan, ce qui s'est produit au Pakistan avec les conséquences que l'on ne sait pas encore, ce qui est à l'œuvre en Iran, le conflit en Palestine -même s'il nous est dit aujourd'hui par Bush qu'il voudrait un traité de paix d'ici la fin de son mandat (il reste très peu de temps). Il y a là toutes les causes d'un embrasement toujours possible. Et il n'en reste pas moins, même s'il peut y avoir ici ou là une espérance aujourd'hui peut-être de libération des otages en Colombie et demain le retour d'Ingrid Betancourt, que s'il n'y a pas un travail sur les causes mêmes des phénomènes qui sont là au cœur de toutes ces tensions, il y a toujours la crainte du pire. Il faut aussi juger l'état du monde à travers les déséquilibres économiques mondiaux considérables : le prix du pétrole qui dépasse 100 dollars le baril, une montée de l'inflation et donc sans doute une remontée des taux d'intérêts, la récession possible aux USA, l'instabilité des monnaies ($ - Euro), et les délocalisations toujours présentes. Il faut avoir cette lucidité, sinon nous sommes dans la peur ou la béatitude. Lucidité de l'état de la France
Le troisième indicateur, et il est en définitive le plus révélateur de la faiblesse de notre économie depuis maintenant près de 6 ans, est le déficit du commerce extérieur. Nous venons d'apprendre qu'il atteindra sans doute 40 milliards d'euros en 2007. Pour la première fois depuis 1991, le déficit sur un mois de notre balance commerciale sera constaté hors énergie, c'est-à-dire hors du phénomène que nous connaissons aujourd'hui de montée du prix du pétrole. Cela en dit long sur l'ampleur de la dégradation de la compétitivité de l'économie française. Il nous faut en pointer la responsabilité. Ce n'est pas un phénomène qui vient de l'extérieur. Ce n'est pas le défaut de travail des salariés. C'est l'incapacité qu'ont eue les gouvernants depuis 2002 de soutenir l'investissement privé, de faire un effort pour la Recherche, pour la qualification, pour la formation ; c'est l'absence de toute politique industrielle. Nous en voyons maintenant le prix. Il faut le dire aux Français : on ne peut pas vivre avec une économie qui importe plus qu'elle n'exporte. Et ce n'est pas un phénomène européen. Au moment où nous allons avoir 40 milliards de déficits de notre commerce extérieur -record historique- l'Allemagne va dégager 200 milliards d'euros d'excédents. Là se trouve l'insuffisance de la croissance. Là se trouvent aussi les problèmes de pouvoir d'achat que rencontrent aujourd'hui nos concitoyens. Voilà l'état de notre économie. Mais quel est aussi l'état social après
6 ans de droite au pouvoir et 8 mois de présidence Sarkozy ? Le pouvoir d'achat
et il faut que nous en parlions puisque d'autres ont omis de le faire dans
une conférence de presse. Le pouvoir d'achat qui avait été le thème majeur
de l'élection présidentielle est annoncé par les statistiques officielles
comme devant être inférieur pour 2008 à ce qu'il a été -faible au demeurant-
en 2007. Les Français n'ont rien à attendre des dispositions qui viennent
d'être votées puisque, de l'aveu même de ceux qui les ont présentées, il n'y
aura pas d'impact sur le pouvoir d'achat quand, dans le même temps, se creusent
les inégalités entre les revenus du travail et les revenus du capital.
L'état de la France, c'est aussi ce que certains ont appelé une société
de défiance : défiance à l'égard des pouvoirs publics, défiance à l'égard
des entreprises, défiance même à l'égard des autres, de nous-mêmes, tellement
nous doutons de notre capacité collective à agir, à produire et à vivre ensemble.
Ce n'est donc pas un problème de civilisation, mais tout simplement un problème
de société dont les causes tiennent à l'état de notre démocratie et à la forme
du pouvoir. Un exemple : il a fallu attendre le travail d'une rédaction pour
que l'on apprenne le vrai chiffre des voitures brûlées la nuit de la Saint
Sylvestre. S'il n'y avait pas eu ce travail, la Ministre de l'Intérieur serait
encore en train de nous dire que cela a été une amélioration quand le travail
journalistique permet de démontrer le contraire. Comment peut-on espérer du
côté des citoyens une confiance dans les pouvoirs publics, dans l'information
si, précisément, elle est sapée par ceux qui en ont la responsabilité. Lucidité sur l'état de notre démocratie
Nous sommes devant un pouvoir personnel. Et, paradoxalement, celui qui veut tout le pouvoir, exerce tout le pouvoir fait aveu d'impuissance. Le pouvoir est personnel parce que nous sommes tombés dans l'omniprésidence. Le Président décide de tout, mais aussi sur tout ; au-delà même de l'Etat, il est Chef de l'Etat, Chef de gouvernement, Chef de la majorité, Chef de l'UMP, Chef de campagne -il présentera bientôt les éléments de campagne pour les élections municipales devant l'UMP. Nous sommes dans une confusion des genres. Cette position institutionnelle est aussi une posture personnelle : c'est le "Président moi-je". L'Etat, c'est "moi-je". C'est "moi-je" par rapport aux institutions : dérive ultime de la Vè République. Il convoque hier le Parlement, comme s'il en avait le droit. Il voudrait même changer la Constitution pour s'inviter en permanence à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ce serait plus commode. Méfiez-vous, il va s'inviter chez vous aussi, dans vos rédactions et peut-être à votre domicile ! Un de ses lointains prédécesseurs s'y était essayé, il venait déjeuner, dîner… Espérons qu'il n'en demandera pas davantage ! Président "moi-je" par rapport aux médias : il est votre invité d'honneur. Vous n'y pouvez plus rien ! Le pire, même ! C'est que le temps de parole qui est le sien n'est pas compté dans le temps gouvernemental et dans le temps majoritaire. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel que nous avons saisi se prétend lié par une décision du Conseil d'Etat ; les chaînes de télévision liées par le CSA. Et Nicolas Sarkozy n'est lié par rien, sauf à ses relations avec les propriétaires des grands médias. De la même manière, la fin de la publicité à la télévision publique n'est pas une mesure -comme on l'a dit- pour conforter le Service public. Il y faudrait là bien plus que des recettes exceptionnelles sur la publicité, mais l'augmentation de la redevance qui en termes de pouvoir d'achat n'aurait pas que des effets heureux. Cette annonce-là dont je ne sais ce qu'elle sera, n'est qu'un pourboire, une récompense, une compensation à je ne sais quel système de transport !
Et il y a le rapport à lui-même. Le sarkozysme n'est pas une doctrine, c'est
un narcissisme. Un narcissisme compassionnel parce que le pire, c'est qu'il
se plaint. Il nous parle de lui à satiété et ce que je demande aujourd'hui,
c'est le droit de ne pas savoir. Mais, même quand on parle de lui, et qu'il
a fait tout pour cela, il finit par s'en plaindre. Ce Président "m'as-tu vu"
nous installe tous, citoyens, responsables publics, journalistes, en voyeurs.
Nous ne voulons pas voir, nous connaître les résultats. Un pouvoir impuissant Cette profusion révèle une impuissance. On lui parle aujourd'hui de relance de la consommation et il nous fait l'aveu : les caisses sont vides. Mais qui a donc vidé les caisses depuis 8 mois et peut-être davantage, si ce n'est une majorité qui a voté 15 milliards de cadeaux fiscaux et d'exonération de cotisations sociale ? On lui parle de pouvoir d'achat et il s'en offusque. Comment ! Le débat politique se réduirait à la subalterne question, dérisoire affaire, médiocre revendication du pouvoir d'achat ! Il faut avoir une vision plus haute ! La civilisation ! Mais, la civilisation, cela rapporte combien au 1er janvier 2008 ? Et, quand on s'est proclamé le "candidat du pouvoir d'achat", le "Président du pouvoir d'achat", on doit rendre des comptes. On lui parle de croissance et il répond comme d'autres à d'autres époques qu'elle ne dépend pas de lui, que l'environnement international décide de tout. Mais, n'était-ce pas le même Nicolas Sarkozy qui disait -formule audacieuse- qu'il irait "la chercher avec les dents" ? Je ne sais plus combien il lui en reste vu le résultat ! On lui parle de rupture et il précise qu'elle ne peut être faite en 8 mois. Nous en convenons. Mais, en même temps, nous rappelons que Nicolas Sarkozy avait été ministre pendant plus de 4 ans et demi avec la même majorité. Je ne lui reproche pas d'agir, mais d'agir mal.
Un pouvoir inquiétant Ce qui veut dire que dans les entreprises, si la formule du Premier ministre l'emporte et il faudra une loi, qui aurait un accord majoritaire, il serait possible de fixer une durée du travail supérieure aux 35 heures pour déclencher le paiement des heures supplémentaires. Et il ne s'agit pas d'assouplissements qui ont déjà eu lieu à trois reprises : en 2003, le premier assouplissement avait porté le nombre d'heures supplémentaires de 130 à 180 h/an ; en 2004, le contingent d'heures supplémentaires avait été porté de 180 à 220 h. Et il est même possible, toujours selon un texte pris postérieurement de déroger par accord d'entreprise à ce contingent d'heures supplémentaires. On peut donc aller au-delà des 220 heures. Il y a néanmoins une limite ; la limite étant le droit européen : impossible de travailler sur une semaine plus de 48 h ; et le droit français : impossible de travailler plus de 44 heures par semaine sur 12 semaines consécutives. S'il doit donc y avoir des accords d'entreprise après la lettre de François Fillon, ce ne sera pas sur les assouplissements, mais sur la dérogation à la durée légale de travail. L'intention de Nicolas Sarkozy et du gouvernement n'est pas l'assouplissement, mais la fin de la durée légale du travail qui, certes, existera toujours dans le Code du travail, mais à laquelle il sera possible de déroger par des accords d'entreprise.
Sur le Contrat de travail : je souhaite que les partenaires sociaux trouvent un accord. Mais, s'il n'y avait pas d'accord, on connaît déjà ce qu'est la volonté gouvernementale. C'est la période d'essai qui, pour les cadres, pourrait aller jusqu'à un an -pas loin du CNE- et pour les autres salariés, une période d'essai de trois mois renouvelable. S'ajoute à cela le retour du contrat de mission. C'est-à-dire, dans une certaine mesure, la fin aussi du contrat à durée indéterminée. Inquiétant, ensuite, sur le pouvoir d'achat Les franchises médicales s'appliquent depuis le 1er janvier et ne sont qu'une première étape, compte tenu de l'ampleur des déficits. Le plan de rigueur : il y aura une augmentation -elle est mécanique- de la Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) et le retour de la TVA qui n'est même plus habillée de social. Nous savons bien que, compte tenu de l'ampleur des déficits, compte tenu de la faible croissance, compte tenu des cadeaux fiscaux qui ont été accordés, compte tenu du fait que les caisses sont vides, c'est bien d'une augmentation de la TVA dont il s'agit. On l'appellera autrement peut-être : charge sur la consommation plutôt que sur la production. L'effet sera direct sur les Français.
En matière de Laïcité : Dans le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé
le 20 décembre 2007, il y a eu là des conceptions qui ne sont pas celles qui
ne sont pas seulement les nôtres car nous ne sommes pas propriétaires de la
laïcité, mais qui sont les principes de toute la République, et notamment
de tous ceux qui se sont succédés aux responsabilités du pays -hormis la période
de Vichy- après le vote de la loi de 1905. Il y tient des propos sur la reconnaissance
de la religion qui ne sont pas pour nous ceux d'une laïcité républicaine.
Quand Nicolas Sarkozy dit qu'' un homme qui croit est un homme qui espère et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent ", c'est laisser penser que, pour être de bons citoyens, il faut être d'abord des croyants. Je ne dénie pas aux croyants le fait d'être de bons citoyens, mais il a y aussi ceux qui ne croient pas ! Et qui espèrent pourtant, qui espèrent pour la vie d'aujourd'hui et pas forcément pour la vie au-delà de la vie. Il ajoute : " La morale laïque risque toujours de se changer en fanatisme quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'inspiration à l'infini ". Cela voudrait-il dire que lorsque l'on n'a pas une aspiration à l'infini, on aurait une morale laïque qui pourrait tourner au fanatisme ? Mais, n'y a-t-il pas de la part de ceux -pas tous, une toute petite minorité- qui ont justement cette aspiration à l'infini le risque de tomber dans le fanatisme, parce que la vie ici-bas n'aurait pas de sens ? Il poursuit : " Dans la transmission des valeurs, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ". Je remarque que, dans cette formule, l'imam et le rabbin ont été oubliés. Parce que, ajoute Nicolas Sarkozy " Il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance ". Il faudrait donc, pour transmettre une morale, pour transmettre des valeurs, avoir le souci du sacrifice de sa vie ? Je ne dénie à aucun représentant religieux la capacité de fournir cette morale ; mais je ne lui reconnais pas cette capacité au nom de cette aspiration à l'infini, mais au nom de sa croyance, de sa valeur propre. La laïcité n'a jamais été pour nous la négation des religions, au contraire,
mais leur séparation dans l'espace public. Pour nous, la construction de la
citoyenneté obéit d'abord à des principes fondés sur la laïcité.
C'est pourquoi, jamais la loi de 1905 n'a été aussi actuelle et précieuse. Et, je demande au Président de la République de clore définitivement le débat sur la remise en cause de cette grande loi républicaine. Tel est le pouvoir aujourd'hui : pouvoir personnel, pouvoir impuissant, pouvoir inquiétant. Face au " tout pouvoir ", je veux faire du Parti socialiste en 2008 un contre-pouvoir. Pas simplement être contre le pouvoir, mais un autre pouvoir au service des Français. Je fixe deux objectifs pour l'année prochaine : Le PS doit être le premier parti de France à l'occasion des élections municipales et cantonales en termes de suffrage comme de collectivités dont nous aurions, si les électeurs nous donnent leur confiance, la responsabilité. Si nous voulons être un contre-pouvoir, il faut être le premier parti en France. C'est possible. Le second objectif est que le PS doit devenir le parti de toute la France, en termes de génération, de diversité, de territoire, de catégories sociales. Ce sera l'enjeu de son Congrès au lendemain des élections municipales. Etre un contre-pouvoir, c'est être une force à quatre dimensions : Une force d'opposition : à un système économique déséquilibré et à un ordre politique injuste. Une telle opposition exige bien plus qu'une critique ou une dénonciation, mais une déconstruction des mécanismes économiques et politiques et une réflexion sur la mondialisation, la Nation, l'individu, et une imagination sur les outils des politiques publiques. Il faut faire le choix de la raison sur l'émotion, de l'intelligence collective sur les intuitions d'un seul, de la démocratie sur la dictature des circonstances et de l'urgence. Une force de proposition :
La troisième priorité en matière d'économie, c'est la maîtrise des prix.
Nous avons fait plusieurs propositions : la mise en place du chèque transport,
la diminution de la TVA sur les produits de première nécessité et le respect
de la loi sur le logement social. Et il faudra bien sûr une politique de revenus
à travers la prime pour l'emploi et les conditionnalités des exonérations
de cotisations sociales, non pas la négociation, mais la conclusion d'accords
salariés. - Sur la Diplomatie : Nicolas Sarkozy a évoqué une diplomatie de la réconciliation.
Cela ne peut pas fonder une action politique extérieure. Se réconcilier avec
qui, sur quoi, pour quoi, au nom de quoi ? La politique extérieure doit être,
pour nous, fondée sur trois principes :
Une force d'action : Une force de rénovation :
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