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Décembre 2007
Discours de Nicolas Sarkozy à Alger
C'est en m'exprimant devant vous que j'ai souhaité commencer cette visite d'Etat. Parce que je suis venu en Algérie pour parler d'avenir. Parce que je suis venu pour bâtir. Bâtir entre nos deux peuples un partenariat d'exception. Parce que j'attends de vous que vous soyez des acteurs essentiels de cette grande ambition en multipliant entre nos deux pays les projets, les emplois, les solidarités concrètes.
Notre histoire est faite d'ombre et de lumière, de sang et de passion. Le moment est venu de confier à des historiens algériens et français la tâche d'écrire ensemble cette page d'histoire tourmentée pour que les générations à venir puissent, de chaque côté de la Méditerranée, jeter le même regard sur notre passé, et bâtir sur cette base un avenir d'entente et de coopération.
Faire le choix d'une pleine intégration dans notre République ne signifie pas renoncer à ses racines. Au contraire : les deux doivent aller ensemble, et c'est ainsi que nous pourrons bâtir dans l'ouverture, la tolérance, le respect de l'autre, un avenir partagé. En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute expression de racisme, toute forme d'islamophobie, toute forme d'antisémitisme. Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. Le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme ne s'expliquent pas, ils se combattent. Ce qui vaut pour la France vaut partout ailleurs dans le monde. Il n'y a rien de plus semblable à un antisémite qu'un islamophobe. Tous deux ont le même visage, celui de la bêtise et celui de la haine.
Oui, j'ai confiance. Oui, je crois en l'avenir de l'Algérie. Une Algérie stable et pluraliste, prospère et dynamique, capable de transformer sa richesse d'aujourd'hui en investissements pour demain. Une Algérie où tous les Algériens doivent pouvoir espérer un avenir meilleur. Participer à cette grande ambition est dans notre intérêt. Parce qu'un échec de l'Algérie serait aussi un échec pour la France et serait un échec pour toute l'Europe. Nous devons tous contribuer à l'avenir de l'Algérie, dans le respect de ses choix et de ses souhaits, avec amitié. Mieux : dans un esprit de fraternité. C'est pourquoi nous devrons aussi aller plus loin pour faciliter la circulation des personnes entre les deux rives de la Méditerranée.
Il est vrai que l'Algérie et la France sont depuis longtemps deux partenaires stratégiques dans le domaine économique. Sur le continent africain, l'Algérie est le premier client de la France. Le deuxième après la Chine pour les pays hors OCDE. La France est le premier fournisseur de l'Algérie, avec près de 20% de parts de marché. En matière énergétique, l'Algérie est notre troisième fournisseur de gaz, avec 16% de nos approvisionnements. Cette relation économique est exceptionnelle mais, je vous le dis avec franchise, notre position n'est pas un droit acquis. Nous n'avons pas ici de parts de marché qui devraient nous être réservées au prétexte que nous avons une histoire commune. L'Algérie est un pays libre, l'Algérie est un pays indépendant, qui décide librement et nous respectons ses choix et ses décisions. Les entreprises françaises partent à égalité avec les autres et elles gagneront parce qu'elles sont les meilleures et qu'elles veulent être les meilleures. Nous n'avons pas à avoir peur de la concurrence, asiatique ou autre. C'est le rapport qualité/prix qui prime, et nos entreprises savent ce qu'est la qualité des produits et des hommes. Nos entreprises connaissent également l'importance de la formation technique, qu'elles doivent désormais intégrer systématiquement dans leurs offres, en allant jusqu'à de véritables transferts de technologie.
Les contrats que nous allons signer demain s'élèvent à plus de 5 milliards d'euros ! Il s'agit pour l'essentiel d'équipements structurants pour la modernisation de l'Algérie : tramways d'Oran et celui de Constantine, gestion du métro d'Alger, maîtrise d'uvre d'une autoroute, ligne ferroviaire, usine pétrochimique, barrages, centrale thermique. Demain, je l'espère : des TGV, des Airbus, des centrales nucléaires. Les entreprises françaises savent faire et répondront toujours "présent" quand on aura besoin d'elles.
Une Algérie qui souhaite rentrer dans le club des pays émergents, c'est aussi une Algérie qui dès aujourd'hui construit une stratégie de développement à long terme, qui dès aujourd'hui pense à l'après-pétrole. Et là encore, la France veut répondre présent. Nous avons décidé, avec le Président Bouteflika, de nous engager ensemble dans un autre grand chantier, un autre grand partenariat, celui de l'énergie nucléaire civile. Un accord sera paraphé devant nous pour concrétiser cette volonté.
Mais il faut maintenant passer à la vitesse supérieure ! Au regard du potentiel offert par l'Algérie et de l'importance de nos relations, nous pouvons, nous devons faire beaucoup mieux ! J'appelle nos chefs d'entreprise à s'engager plus encore. Le marché algérien est riche de promesses. L'Algérie a aujourd'hui des finances parmi les plus saines du monde et un exceptionnel programme d'investissements : 180 milliards de dollars sur 5 ans ! Des réformes ont été engagées pour moderniser l'économie. Je salue les efforts d'ouverture accomplis depuis l'an 2000, avec la mise en oeuvre de l'accord d'association avec l'Union Européenne et les négociations en vue d'une accession à l'OMC. La France soutient ces réformes, la France aidera l'Algérie, dans le respect des compétences de l'Union européenne, en vue de son entrée à l'OMC.
Certes, on me dit que les réformes prennent du temps et que des obstacles divers subsistent pour les investisseurs. Mais nous ne sommes pas là pour nous cacher derrière les problèmes. Nous sommes là pour en parler, pour avoir des échanges francs et constructifs avec les autorités algériennes. C'est le sens du "livre blanc" qui a été rédigé. Je félicite les entreprises françaises présentes sur le terrain qui en sont à l'origine, car elles ne se sont pas contentées de faire la liste des difficultés, elles ont, à chaque fois, en liaison avec leurs homologues algériennes qui rencontrent les mêmes problèmes, suggéré les solutions possibles.
Je veux que la France redevienne le premier investisseur étranger en Algérie. Nous en prenons le chemin, avec les investissements envisagés par Total à Arzew et par GDF sur le gisement de Touat, qui représentent environ 2 milliards d'euros. Je me réjouis également du projet d'Alstom de construction d'une usine de montage de tramways ici, en Algérie.
Une autre façon d'aider l'Algérie à entrer dans le club des pays émergents, c'est de la soutenir dans sa politique d'amélioration de la formation. C'est l'un des axes forts de ma visite et je veux en faire la priorité de notre coopération au cours des prochaines années. C'est le sens de la "Convention de Partenariat" qui sera signée demain. La France a déjà participé à la création de l'Ecole Supérieure des Affaires, qui vient d'être classée meilleure école de management du continent africain. Nous aidons également à la création du futur "Institut supérieur de Technologies", à la réforme des grandes écoles, sans parler des bourses que nous accordons à des étudiants algériens. Je soutiens l'ambitieux projet d'Université algéro-française qu'il faudra bien réaliser un jour, et arrêter d'en parler. En tout cas, la France est prête pour ce projet.
Enfin, les entreprises françaises et algériennes ont un rôle essentiel à jouer dans la création de cette Union Méditerranéenne qui me tient à coeur. Le précédent de la CECA en Europe a montré l'importance des entreprises dans l'intégration européenne. Votre forum est le fruit d'une relation de confiance entre organisations professionnelles françaises et algériennes, qui est appelée à occuper une place centrale dans la communauté d'affaires méditerranéenne.
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