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Septembre 2007
Discours de Nicolas Sarkozy à l'occasion de la Journée mondiale d'Alzheimer
Mesdames, Messieurs les ministres,
Madame la présidente,
Mesdames, Messieurs,
Je me réjouis d'être parmi vous aujourd'hui, en cette journée mondiale de la maladie d'Alzheimer, à la cité des sciences et de l'industrie. Je suis particulièrement heureux de prendre la parole devant des malades, des familles, des aidants, des professionnels, des experts, devant tous ceux qui vivent la maladie au quotidien et font progresser la lutte contre la maladie.
Je veux d'abord saluer, Madame la présidente, l'action de l'association France Alzheimer. Le travail sur le terrain des associations locales doit être cité en exemple. Leur enthousiasme, leur dynamisme sont un soutien précieux pour les 850 000 malades et leurs familles. Face à la souffrance des familles, France Alzheimer est le premier des aidants. France Alzheimer connaît dans leurs détails les plus divers les carences, encore nombreuses, de la prise en charge de la maladie. France Alzheimer est l'aiguillon indispensable de la lutte contre la maladie d'Alzheimer. Soyez en remerciés. Votre action est juste, soyez en assurés.
Ensuite, un débat public, organisé par les ministres concernés, aura lieu sur le contenu du Plan Alzheimer. Ce débat associera les professionnels de la maladie. Il sera aussi ouvert à tous les Français sur Internet. Le Plan Alzheimer est un chantier d'envergure, sur 5 ans, de 2008 à 2012. J'ai demandé au Premier ministre d'en superviser la mise en œuvre, avec l'implication permanente de quatre ministres, dès le 1er janvier 2008. Je définirai l'engagement financier total du Plan sur 5 ans avant la fin de cette année. Il y aura des moyens, financés par une partie des marges de manœuvre dégagées par les franchises médicales.
Entre la découverte des symptômes par le Docteur Aloïs Alzheimer en Allemagne en 1906 et aujourd'hui, que savons-nous de plus ? La connaissance de la maladie a progressé, en particulier grâce au dynamisme d'équipes de recherche françaises. Mais nous ne connaissons toujours pas ses mécanismes. Finalement, nous sommes toujours au début de son histoire. C'est pour cela que nous devons mettre toutes nos forces pour comprendre la maladie. Nous devons accélérer l'histoire pour découvrir un traitement et un diagnostic. En mettant la personne malade au cœur de notre action.
La définition de l'âge par des seuils administratifs, 60, 65, 70 ans…crée une discrimination arbitraire pour les uns ou pour les autres. Là encore, il faut personnaliser les aides médicales et sociales, en fonction du passé et de l'environnement du malade : des médicaments, des soins, de l'accompagnement social, de l'aide à domicile, du répit pour les aidants. C'est à la solidarité nationale, à la solidarité familiale ou à l'assurance de lui financer cette aide, au-delà de ce que peut supporter la responsabilité personnelle de chacun. Je veux que la réflexion éthique soit plus répandue, plus citoyenne. Les connaissances de la science vont évoluer et notre regard sur la perte d'autonomie va changer.
Au-delà des mots, l'intégration des soins et de la recherche sera améliorée si l'information des malades sur la recherche est complète. J'attends de la commission des propositions concrètes pour que la réflexion éthique ait des répercussions directes sur le sort des malades.
La deuxième orientation suggérée par la commission porte sur la recherche. La recherche, voilà la grande oubliée des plans précédents. Sans test diagnostic validé, sans traitement, il n'y a pas d'arrêt possible de l'évolution de la maladie. J'ai dit que les chercheurs français avaient fait progresser la connaissance de la maladie. Il s'agit d'un petit nombre d'équipes. C'est insuffisant face à l'enjeu de la maladie. C'est insuffisant au 21ème siècle, le siècle du cerveau. Les neurosciences françaises sont brillantes mais répondent-elles à tous les enjeux ?
Il y a une énergie formidable dans la recherche française, des compétences que beaucoup de pays nous envient, et parfois attirent vers eux. Mais cette énergie et ces compétences sont dispersées dans des structures et des moyens atomisés. Je veux que le Plan Alzheimer soit le début de la remise en ordre de la recherche française. Je demande à la commission d'examiner la possibilité de créer une structure nationale de recherche sur la maladie d'Alzheimer. Cette structure, qui pourrait être un département d'un grand organisme de recherche médicale, aurait pour objectif d'attirer les meilleures équipes au plan international, dans une approche pluridisciplinaire. Elle ferait toute sa place à l'épidémiologie et saurait faire appel aux sciences sociales. Ayant la taille critique, construite sur un principe d'excellence, associant les industriels de santé, cette structure nationale de recherche peut permettre d'accélérer l'histoire.
A l'écoute de la personne et de sa famille, le médecin traitant est le mieux placé pour repérer tôt les personnes qui peuvent avoir une maladie débutante. Il peut orienter la personne vers une consultation mémoire. Il peut apporter son soutien aux aidants familiaux qui, dans les deux tiers des cas, sont dépressifs. Il a vocation à assurer un suivi régulier de la personne malade. Il a également un rôle de prévention des événements de crise qui accélèrent l'évolution de la maladie. Au fond, il est le garant de la continuité des soins pour les malades d'Alzheimer. Sa position est unique pour comprendre et aider les personnes malades dans la continuité, pendant 5 à 15 ans. Lui seul peut suivre une maladie chronique invalidante comme la maladie d'Alzheimer, avec des phases de crise et des phases de stabilisation.
Telles sont les questions que je pose à la commission. Je ne suis pas, croyez le, dans la religion du médical. Je veux simplement que, face à la douleur d'une famille, on ait une réponse efficace et cohérente sur tout le territoire à la question du diagnostic et du suivi de la maladie d'Alzheimer.
Une fois le diagnostic établi, les Français ne savent pas à qui s'adresser. Combien de fois n'a-t-on pas entendu cette question : "qui peut nous aider ?". Le médecin traitant est parfois aussi désemparé que la famille. La prise en charge de la maladie et de ses conséquences repose sur un très grand nombre d'intervenants : l'hôpital, les centres locaux d'information et de coordination (CLIC), les services de l'Etat, les conseils généraux, les municipalités, l'assurance maladie, les caisses de retraite. Quand l'annonce de la maladie s'abat sur la famille, la complexité du système de prise en charge ne fait qu'ajouter à son désarroi.
Je souhaite que l'ensemble des acteurs de la prise en charge de la maladie puissent s'entendre et mieux s'organiser autour de ce principe. Ne devrait-on pas imaginer des plates-formes de territoire, autour des conseils généraux et avec l'appui de la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) ? Ces plates-formes organiseraient la porte d'entrée unique. Il n'est pas besoin de grande réforme institutionnelle pour atteindre cet objectif. Mais je crois qu'un peu d'intelligence créatrice doit être mobilisée pour répondre aux attentes des Français. Il serait utile de distinguer les phases avancées de la maladie des cas débutants. Le besoin d'orientation dans le système de prise en charge n'est pas de même intensité selon que la personne est à un stade précoce de la maladie ou connaît une évolution avancée.
Comme cela a été fait pour les maladies rares, ne serait-il pas possible d'envisager une carte d'information pour chaque malade dont l'autonomie est altérée ? Cette carte permettrait aux membres de la famille, aux personnels de l'hôpital ou de la maison de retraite d'avoir un accès immédiat à l'information nécessaire face à une situation de crise. Il ne s'agit pas de stigmatiser les malades. Il s'agit, sur le principe du volontariat, d'éviter les erreurs et les gestes dangereux auxquels leurs troubles du comportement les exposent. Cette carte aurait d'abord vocation à protéger. Je souhaite que la commission, avec France Alzheimer, examine sa faisabilité.
Le parcours des malades, c'est un parcours auprès de professionnels : médecins, infirmières, aides-soignantes, agents de services, assistantes sociales, aides médico-psychologiques, psychologues, psychomotriciennes, orthophonistes, ergothérapeutes, auxiliaires de vie sociale, j'en oublie sûrement et je vous prie de m'en excuser.
L'aide-soignante a un rôle crucial pour la personne malade en établissement. Il faut que ce rôle soit reconnu. Je ne veux pas imposer aux gestionnaires d'établissements des mesures salariales brutales qui les fragiliseraient. Des réévaluations sont possibles dans certains secteurs plus que dans d'autres. Elles devront être assorties de contreparties, par exemple sur la gestion des horaires de travail, et programmées dans le temps. Mais ce n'est que justice pour celles et ceux qui sont sur le front du vieillissement. L'attractivité dépend également de l'effort de formation. Il est normal que les établissements offrent une formation régulière à leur personnel sur la maladie d'Alzheimer.
Nous avons tout à gagner au décloisonnement des filières. Il faut que l'ascenseur social fonctionne de nouveau pour tous. Je ne dis pas qu'il faut aligner tout le monde vers le statut le plus élevé, cela n'aurait pas de sens. Je dis que les meilleurs doivent pouvoir évoluer, dans l'intérêt des métiers eux-mêmes et de leur dynamisme, et dans l'intérêt des malades pour maintenir un niveau élevé de prise en charge. La prise en charge de la maladie d'Alzheimer appelle sans doute de nouvelles compétences. Il nous manque des compétences de coordination, à la frontière du médical et du social. La coordination de l'ensemble des acteurs de la prise en charge, en particulier pour la personne malade à domicile, est une piste à investiguer.
Les malades et leur famille ont souvent besoin de soutien en matière de logement et de transport. C'est une pièce essentielle du parcours du malade. Beaucoup de choses sont dites sur le sujet, qui sont parfois contradictoires. Il faut être clair. La priorité pour moi, je l'ai dit le 3 septembre en installant la commission, c'est le libre choix des malades et des familles. Dans certains cas, pour des malades graves, l'hébergement dans un établissement est inévitable. Ne nous leurrons pas : il y a des situations où il n'est plus possible de rester au domicile. Quand le maintien à domicile devient dangereux, notre devoir, c'est de protéger la personne. Mais il y a les personnes dont la maladie est compatible avec une vie organisée dans un cadre familier, avec l'aide appropriée. Le souhait que les malades expriment dans leur grande majorité est alors de rester à domicile.
Par ailleurs, j'ai la conviction que toutes les potentialités de la recherche en sciences sociales et de la recherche en domotique n'ont pas encore été exploitées. Nous pouvons aller plus loin dans l'adaptation des logements aux besoins de la personne malade. Le besoin de confort et de simplicité doit être mieux pris en compte au domicile du malade. D'autres questions se posent si l'on pousse plus loin l'analyse. Quelles devraient être les priorités de la politique de l'hébergement en institution ? Est-ce d'augmenter le nombre de places ou d'améliorer la qualité de prise en charge pour les places existantes, compte tenu de la sévérité croissante des cas ? Et, dans le domaine plus particulier de la qualité de la prise en charge, faut-il mettre l'accent sur le personnel, sur les équipements ou sur l'architecture ? La mise en place des équipements nécessaires à la sécurité des personnes et à l'accessibilité des lieux a-t-elle été réalisée dans tous les établissements ?
Combien y-a-t-il de malades jeunes en France ? On ne le sait pas précisément. Autour de 10 000 personnes vraisemblablement, malades et âgées de moins de 60 ans. Leur situation est terrible puisqu'ils sont de plain-pied dans l'indicible. C'est la maladie du vieillissement par excellence qui touche des femmes et des hommes qui travaillent, ont parfois des enfants en bas âge. C'est le choc de deux modèles de la vie que notre société ne peut accepter : la perte de la mémoire en plein cœur de la vie active ! Les soignants disent bien le drame absolu que vivent ces personnes et leurs familles : le refus voire l'impossibilité du diagnostic, l'exclusion progressive du monde du travail sans pour autant mettre un nom sur la maladie, l'incompréhension qui garrotte les proches.
Je veux qu'on tende la main aux malades jeunes.
Au travers de leur maladie, qui bien souvent n'est pas associée à d'autres pathologies, nous diagnostiquerons mieux et comprendrons mieux les formes les plus fréquentes qui surviennent parallèlement à l'âge.
Le défi que nous lancent les malades jeunes est aussi celui de la prise en charge. La manière de pallier leurs souffrances personnelles et familiales n'est pas la même que celle destinée aux personnes âgées. L'évaluation de la perte progressive d'autonomie de ces personnes en pleine activité familiale et professionnelle s'organise elle aussi de façon différente. Les malades jeunes ont une forme de maladie qui, au fond, n'a pas grand-chose à voir avec celle qui frappe nos aînés. C'est pour cela que je veux assimiler les formes à survenue précoce de la maladie aux maladies rares.
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