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Novembre 2007
Discours de Nicolas Sarkozy sur le téléchargement
Mesdames, Messieurs,
Depuis trois ans, j'ai répondu présent chaque fois qu'il a fallu faire prévaloir le droit légitime des auteurs et de ceux qui contribuent à leur expression, sur l'illusion et même sur le mensonge de la gratuité.
Musique, cinéma, édition, presse, arts graphiques et visuels… tout est aujourd'hui disponible et accessible partout, sur la toile de l'internet, chez soi, au bureau, en voyage. C'est bien sûr une richesse, une chance pour la diffusion de la culture. Pour autant, jamais nous n'avons été aussi proches d'un "trou noir", capable d'engloutir et d'assécher cette richesse et ce foisonnement créatif.
Aujourd'hui, un accord est signé, et je veux saluer ce moment décisif pour l'avènement d'un internet civilisé. Internet, c'est une "nouvelle frontière", un territoire à conquérir. Mais Internet ne doit pas être un "Far Ouest" high-tech, une zone de non droit où des "hors-la-loi" peuvent piller sans réserve les créations, voire pire, en faire commerce sur le dos des artistes.
Si tout le monde vole la musique et le cinéma, on ne va pas légaliser le vol. Et en même temps, nous savons tous qu'on ne va pas non plus mettre tous les jeunes en prison.
Il nous fallait chercher des moyens intelligents et astucieux pour en appeler à la conscience du citoyen, lui donner la possibilité de rentrer dans le droit chemin. Il fallait aussi essayer de comprendre pourquoi le citoyen ordinaire, habituellement respectueux de la loi, préférait s'approvisionner dans des entrepôts clandestins plutôt que de faire ses achats dans un supermarché en ligne : n'était-ce pas aussi un problème d'attractivité de l'offre légale ?
Il y a deux mois et demi, Madame la Ministre, vous avez demandé à Denis Olivennes de conduire une mission permettant de déboucher rapidement sur des solutions opérationnelles visant à lutter fermement contre le piratage tout en tenant compte des potentialités d'Internet et de la demande des consommateurs.
Vous y êtes parvenus. Je veux vous en féliciter, vous, chère Christine, vous Denis, qui avez été l'artisan de cet accord, et vous tous qui êtes là aujourd'hui, acteurs du cinéma, de la musique, de l'audiovisuel, de l'Internet. Sans votre engagement, rien n'aurait été possible.
Le contenu de cet accord est solide et équilibré. Il comporte des stipulations nouvelles et fortes.
Cette démarche pédagogique sera bien sûr réservée aux pirates de "bonne foi", pour reprendre une expression propre à la politique fiscale. Les "pirates professionnels", ceux qui font sciemment du trafic et du commerce illicite de DVD et de fichiers contrefaits, resteront soumis au droit commun de la contrefaçon, et traités au sein de juridictions spécialisées.
De plus, les fournisseurs d'accès s'engagent, et c'est important, à mettre en œuvre des dispositifs de filtrage, tels que ceux développés par l'Institut national de l'audiovisuel. Le filtrage consiste à retirer automatiquement les fichiers "pirates" des réseaux ou des plateformes d'hébergement au fur et à mesure de leur apparition.
D'un autre côté, cet effort des fournisseurs d'accès s'accompagnera d'un effort tout aussi important des ayants droit. Les professionnels de la musique, du cinéma et de l'audiovisuel s'engagent à mettre plus complètement et plus rapidement leurs œuvres en ligne, et à supprimer tous les verrous techniques qui empêchent de copier et de transporter la musique.
Ce sont deux améliorations majeures qui profiteront pleinement aux consommateurs.
Fini, les musiques achetées sur une plateforme A et qu'on n'arrive pas à lire sur un lecteur B ou sur son téléphone portable, alors qu'on pouvait le faire sans problème pour un fichier piraté.
Fini, les sept mois et demi d'attente entre le film qui sort en salle et son apparition en vidéo à la demande.
Je sais que les exploitants de cinéma sont attentifs et soucieux de ces discussions. Aussi, je souhaite être clair. Le cinéma, je ne dirai jamais autre chose, c'est avant tout une rencontre dans une salle obscure, sur un grand écran, entre un public et une œuvre. C'est dans la salle que nous avons éprouvé nos plus grandes émotions de cinéma. Et les exploitants ne ménagent pas leurs efforts pour atteindre la perfection : après le son multicanal, la projection numérique va envahir les salles dès l'année prochaine, sans même parler du cinéma en relief, qui sera la prochaine révolution. Le cinéma en salle, c'est donc le passé, le présent, mais c'est aussi l'avenir.
Dans le même temps, la carrière des films en salle s'est fortement raccourcie, le "home cinéma" est devenu une réalité, et il faut tenir compte des nouvelles habitudes de consommation. Ce serait absurde que le spectateur français soit obligé de regarder des films américains, simplement parce que les films français seraient bloqués par des délais ou des exclusivités trop contraignantes ! Je sais pouvoir compter sur le bon sens pour que soient trouvées rapidement les clés d'une chronologie des médias adaptée au XXIè siècle.
Grâce à vous et à cet accord, la France va retrouver une position de pays "leader" dans la campagne de "civilisation" des nouveaux réseaux. La musique, le cinéma, mais aussi la presse et l'édition, vont pouvoir être mieux protégés.
La mise en œuvre de cet accord, épuise-t-elle le sujet de la création et de l'avenir de nos industries culturelles ? Non, bien sûr.
Nous devons veiller à réformer un système de régulation et de financement de l'audiovisuel dont les fondements reposent sur l'univers de la télévision hertzienne, et mieux prendre en compte les nouveaux réseaux. La nouvelle directive européenne sur les médias audiovisuels, qui vient d'être adoptée à Bruxelles, nous en offre le cadre et la possibilité.
Il faut y travailler avec pragmatisme, de manière globale, en se donnant le temps de la réflexion. La transposition de notre régulation audiovisuelle est une entreprise progressive, tout comme l'obtention du taux de TVA réduit sur l'ensemble des biens culturels.
Il y a également des mesures d'urgence à prendre, pour permettre à l'industrie musicale de survivre et lui donner le temps de s'adapter au nouveau modèle qui se dessine. Un crédit d'impôt applicable aux productions phonographiques a été voté l'an dernier, mais sa mise en œuvre est limitée par des critères trop contraignants. Je souhaite donc que le régime de ce crédit d'impôt soit amélioré, et notifié à la Commission européenne dans les plus brefs délais pour pouvoir être applicable aux investissements consentis en 2007.
Enfin, je suis attentif au souhait exprimé en faveur d'une révision du crédit d'impôt aux productions cinématographiques, pour l'étendre aux sociétés étrangères désireuses de réaliser d'importantes productions en France. Cette mesure doit être expertisée, sachant que la priorité est la préservation et la consolidation du régime des SOFICA.
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