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 DOSSIER 
Septembre 2005

"Ce n'est pas tant le nombre de cyclones qui augmente que leur puissance"

Une étude, publiée dans la revue "Science", confirme le lien entre le réchauffement climatique et cyclones. Le météorologue Michel Desbois explique à L'Internaute les enjeux de cette découverte.
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Michel Desbois est directeur de recherche au laboratoire de météorologie du CNRS-Polytechnique.

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Une étude met en lumière le lien entre le réchauffement climatique et les cyclones : est-ce vraiment nouveauté ?
C'est une avancée mais cela confirme des intuitions que nous avions déjà : on sait bien que les cyclones tropicaux se développent au-dessus des endroits où la température est chaude, et précisément dans les régions tropicales où on observe le développement d'anomalies au niveau de la température de la mer, depuis une trentaine d'années : dans certaines zones, comme Cuba, la température a augmenté d'un degré.

Quelle influence a le réchauffement climatique sur ces cyclones ?
La plupart des études que nous connaissons montrent qu'avec le réchauffement de la planète ce n'est pas le nombre de cyclones qui augmente, mais leur puissance. Le cyclone s'alimente de l'humidité qui est très forte là où la mer est chaude. Or le réchauffement climatique humidifie et réchauffe encore davantage les basses couches de l'atmosphère et refroidit la haute région des nuages. On a donc un plus grand contraste entre surface et l'altitude, ce qui augmente l'énergie qui peut potentiellement se libérer du cyclone. Mais il est encore difficile d'évaluer l'impact réel de ce réchauffement car la force et le nombre des cyclones oscillent naturellement tous les 20-30 ans. Dans cette étude, les deux effets se superposent. Il faudrait pouvoir faire une étude sur une plus longue période.

Ces zones cycloniques pourraient-elles se déplacer et toucher un jour l'Europe ?
Non, on n'en est pas là, même dans les cinquante prochaines années… En France, c'est complètement exclu. Au nord, les cyclones remontent au maximum au niveau du Japon et de la Caroline du Nord aux Etats-Unis. Au sud, ils touchent surtout Madagascar, la Réunion, l'océan indien, la baie du Bengale.

"En France, on observe un assèchement en région Méditerranée lié au réchauffement climatique"

En matière de prévision de la formation et de la trajectoire des cyclones, où en est la recherche ?
Depuis longtemps des efforts sont faits grâce aux satellites pour étudier les endroits où se forment les cyclones. Mais aujourd'hui encore, il existe plusieurs modèles concurrents pour essayer de prévoir leur trajectoire. A mon avis, nous pouvons faire des progrès de précision en incluant plus d'informations provenant des satellites. Dans le cas d'Ophélia, par exemple, le cyclone longeait la côte relativement au Nord, au large de la Caroline du Nord, mais il y a une erreur de 10 ou 20 kilomètres dans l'estimation de la trajectoire. Cette erreur était due à une divergence entre les différents modèles.

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Le réchauffement climatique peut-il causer des tempêtes comme celle de 1999 en France ?

En France, la température a augmenté d'un degré par rapport au siècle dernier. Mais on ne peut pas affirmer que la tempête de 1999 soit liée au réchauffement climatique. En revanche, on observe un assèchement en région Méditerranée. Et tous les ans, à l'automne, des pluies très fortes provoquent des inondations dans les Cévennes. Selon les modèles de notre laboratoire et de Météo France, ces deux phénomènes s'accentuent en France et pourraient être directement liés au réchauffement climatique.


 
 Claire PLANCHARD, L'Internaute
 
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