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Vous avez proposé en novembre dernier une loi "relative à la protection contre les dangers du tabagisme passif". Où en est-on aujourd'hui ?
Yves Bur :
Cette proposition a déjà recueilli le soutien de
80 députés de la majorité. De plus en plus de voix s'élèvent désormais pour que la situation actuelle évolue. La balle est maintenant dans le camp de Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, qui estime que "le statu quo n'est plus possible" et s'est engagé à présenter très prochainement des mesures pour lutter contre le tabagisme passif. Je reste confiant dans sa détermination. Je ne peux me résoudre à ce que la France après avoir été une pionnière dans la lutte anti-tabac, avec les lois Veil et Evin, soit maintenant l'une des dernières à prendre cette mesure de santé publique.
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"Le tabagisme passif cause 5 000 morts par an en France."
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Vous avez proposé ce texte parce que la loi Evin n'est pas suffisante ou bien parce qu'elle n'est pas assez appliquée ?
Malheureusement, aujourd'hui la loi Evin ne suffit plus. D'avant-garde en son temps, les nombreux décrets d'application auxquels elle a donné lieu ont totalement dénaturé le texte. Nous connaissons maintenant les risques liés au tabagisme passif qui cause 5 000 morts par an en France. Chaque Français, fumeur ou non-fumeur, doit pouvoir être préservé de la fumée passive lorsqu'il est sur son lieu de travail ou dans un lieu public. Ceci vaut bien entendu également pour les salariés de l'hôtellerie-restauration.
Avez-vous une évaluation chiffrée de l'impact de ce type d'interdiction de fumer en termes de santé publique (baisse du nombre de fumeurs et fumeurs passifs
) ?
Les premiers chiffres sur les expériences menées par nos voisins européens commencent à être publiés par leurs autorités sanitaires et sont extrêmement encourageants : 500 000 Italiens ont arrêté de fumer depuis janvier 2005, date d'entrée en vigueur de l'interdiction et 300 000 Espagnols depuis janvier 2006. Cependant, il est difficile, voire impossible de chiffrer l'impact d'une telle mesure : comment quantifier le drame d'une famille dont l'un des parents décède d'un cancer du poumon ?
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"80 % des Français, et 56 % des fumeurs approuvent l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics."
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Vous revenez d'une mission parlementaire en Italie : d'un point de vue politique, quelles leçons peut-on tirer de l'expérience italienne ?
J'avais déjà effectué cette même mission en Irlande en octobre dernier. A l'époque, les détracteurs de l'interdiction totale avaient prétendu que la culture "latine" des Français empêcherait le respect de ce type de mesure. Pourtant, de ce que j'ai pu constater sur le terrain, les Italiens n'ont pas perdu leur joie de vivre. Les restaurants, discothèques et autres lieux de loisirs n'ont rien perdu en convivialité. 80 % des Français, et 56 % des fumeurs approuvent l'interdiction totale de fumer dans les lieux publics. Au final, je retiens que le ministre irlandais de la Santé est l'homme politique le plus populaire de son pays et que le gouvernement Berlusconi n'hésite pas à aller devant les électeurs à peine plus d'un an après l'entrée en vigueur de la nouvelle législation.
En Italie, même les professionnels du commerce, du tourisme
semblent conquis a posteriori par la loi ? L'interdiction de fumer dans des lieux publics n'aurait donc pas d'impact économique ?
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"Je suis convaincu que tôt ou tard, et quelle que soit la voie adoptée, nous verrons cette loi appliquée en France."
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Nous avons rencontré le président d'un syndicat de Tourisme et d'Hôtellerie italien : très inquiète et farouchement opposée à la mesure, la profession reconnaît maintenant que la catastrophe qu'elle annonçait n'a pas eu lieu. 56 % des restaurateurs notent une stabilité voire une amélioration de leur chiffre d'affaires, 13 % estiment avoir eu une baisse significative de fréquentation. Cependant, cette étude a été réalisée il y a six mois, et les syndicalistes sont certains que depuis les choses se sont améliorées. L'interdiction étant applicable dans tous les lieux, il ne peut donc y avoir de report de concurrence comme cela pourrait être le cas si la loi Evin était appliquée.
Quels sont actuellement en France les principaux adversaires de cette loi ?
Les principaux adversaires restent les cigarettiers, qui distillent insidieusement des arguments fallacieux auprès des restaurateurs afin de les effrayer. Cependant, bon nombre d'entre eux réalisent maintenant qu'il y a une véritable demande de la part des Français de pouvoir dîner en famille ou boire un verre entre amis dans un lieu sans fumée. Je suis convaincu que tôt ou tard, et quelle que soit la voie adoptée, nous verrons cette loi appliquée en France.
Un rendez-vous parlementaire est-il fixé ?
Pas encore, mais je suis confiant dans la volonté de Xavier Bertrand qui a réaffirmé à maintes reprises que nous ne pouvions nous satisfaire de l'actuelle situation.
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