|
Jean-Marie Barbier est directeur général de Forêt Privée Française, un organisme qui fédère les syndicats professionnels de forestiers et des organismes de développement forestier et de gestion en commun des forêts privées françaises.
Les forêts s'échangent peu et s'héritent beaucoup : comment expliquez-vous ce phénomène ?
Jean-Marie Barbier C'est avant tout lié à un attachement familial. Les forêts sont en quelque sorte ce qui rattache l'urbain à la terre : il subira toutes les avanies de la vie, mais ne se séparera pas de sa forêt. Elle représente souvent les racines familiales.
|
"Dans les forêts, on peut perdre sa fortune très vite, en faisant seulement quelques erreurs."
|
Observe-t-on une flambée des prix comme sur le marché immobilier classique ?
On ne rencontre pas la même flambée, mais on constate une hausse des prix dans le foncier forestier. C'est un marché très difficile, car curieusement (et pour les forestier c'est même contradictoire !), plus une propriété est petite, plus elle se vend cher ! En effet, le prix des grosses propriétés est indexé sur plusieurs paramètres dont le prix du bois qui plafonne actuellement, voire a tendance à reculer. Alors que les petits terrains sont davantage des jardins, des "surfaces d'agrément" : leurs prix se rapprochent donc de ceux de l'immobilier classique.
Quel est le prix moyen d'un hectare ? Quels sont les critères qui influent sur ce prix ?
Je ne peux pas vous répondre, car l'essentiel de la valeur d'un terrain provient de la valeur du bois qu'il y a dessus : un terrain peut valoir 1 000 euros l'hectare mais le bois récolté dessus peut être vendu 15 000 euros l'hectare. Les prix varient aussi, bien sûr, d'une région à une autre : c'est en Provence où la valeur d'agrément est maximale et la valeur forestière nulle qu'ils sont les plus hauts. Ils sont au plus bas dans le Massif central où on est loin de tout et où la forêt est naissante.
Est-ce une bonne idée d'investir dans une parcelle de forêt ?
Quand on n'est pas forestier, il faut faire très attention ou bien confier la gestion de ses forêts à des spécialistes. Car dans les forêts, on peut perdre sa fortune très vite, en faisant seulement quelques erreurs : augmenter la révolution, c'est-à-dire le temps entre la plantation et la coupe, est très mauvais, par exemple, car en matière de bois le temps c'est de l'argent. Laisser trop vieillir sa forêt la fragilise aussi et si une tempête se produit, on peut tout perdre d'un seul coup. On peut également choisir une essence mal adaptée au milieu... Et on paie de telles erreurs en monnaie sonnante et trébuchante.
| "Le rendement du bois est relativement faible."
|
De quelles aides peuvent bénéficier les propriétaires privés pour gérer leur forêt ?
Selon les départements, il existe des surfaces minimales pour bénéficier d'aides au boisement. Les aides de l'Etat et de Bruxelles représentent environ 40 % de la valeur de l'investissement. Il existe aussi des Centres régionaux de la propriété forestière (CRPF), où des techniciens et des ingénieurs peuvent conseiller les propriétaires sur certaines opérations. Mais pour les effectuer, il faut s'adresser à des coopératives ou à des experts forestiers susceptibles d'offrir un service complet et qui sont équipés d'engins permettant d'effectuer les travaux lourds nécessaires.
Où peut-on se renseigner pour connaître l'offre ?
Il y a quelques annonces mais c'est rarement intéressant. Les notaires peuvent vous renseigner en cas de succession, quand une famille ne veut pas reprendre une forêt. Le mieux est de s'adresser aux "hommes de l'art" : à des coopératives ou à des experts forestiers qui sauront vous conseiller.
Comment peut-on rentabiliser un tel investissement ?
Il est difficile de répondre, car il y a tout un débat sur la meilleure manière de maximiser le rendement d'une exploitation forestière. Certains producteurs veulent avant tout que leur forêt "crache" un maximum et ils visent donc un taux de placement financier et une production la plus rapide et la plus forte possible. D'autres font un calcul purement fiscal : pour eux, la forêt est un patrimoine familial et donc ils font le maximum pour que ses bois soient aussi importants que possible afin de léguer à leur famille le plus d'argent possible. D'autres, enfin, essaient d'obtenir une rentabilité maximale au moment de la coupe en vendant le plus cher possible en une fois. D'autres, au contraire, étalent le rendement sur toute l'année, avec des révolutions très courtes.
| "Certains bois se vendent 1 500 voire 4 000 euros au mètre cube"
|
Existe-t-il des forêts plus rentables que d'autres ?
La rentabilité se mesure sur le temps et sur le volume de bois que l'on est susceptible d'offrir. Mais pour le bois, il faut savoir que le rendement est relativement faible, de l'ordre de quelques pourcents seulement. Sur les petites surfaces, tout dépend des essences : des taillis de chênes ou de charmes n'ont aucun intérêt d'un point de vue économique. Ceux qui les gardent le font par habitude ou pas attachement familial. Sur ce type de surface, où le propriétaire peut faire un travail précis, il faut jouer la carte de la qualité et choisir une essence précieuse, des feuillus de haute qualité comme le merisier par exemple, et l'entretenir très régulièrement. Certains de ces bois se vendent 1 500 voire 4 000 euros au mètre cube. Par contre, si la surface est suffisante, avec des résineux comme le Douglas, dont une bonne catégorie ne se vend pas plus de 70 euros le mètre cube, on peut atteindre des taux de rendement similaires.
Pour en savoir plus : le site de Forêt Privée Française
|