L'Internaute > Savoir
Les meilleures universités du monde > Interview de Michel Granet
Michel Granet, vice-président de l'université Louis-Pasteur de Strasbourg. Photo © ULP

L'université Louis-Pasteur de Strasbourg (ULP) décroche la 3e place nationale et la 96e mondiale du classement de Shanghaï. Michel Granet, son vice-président chargé de la recherche et de la formation doctorale, commente les résultats et revient sur les performances de l'ULP.

Selon vous, pourquoi les Français sont-ils si mal placés dans le classement de Shanghaï ?

Michel Granet Ce classement favorise les facs scientifiques. [Parmi les critères pris en compte dans la réalisation de cette étude, on retrouve, par exemple, le nombre d'articles publiés dans les revues scientifiques "Science" et "Nature", NDLR]. Les universités spécialisées en sciences humaines et sociales, très performantes en France, sont donc peu représentées.

Votre université est mieux classée que Normale Sup'. Cela chamboule les idées reçues...
Oui, mais il faut relativiser. Comme je l'ai dit, ce classement donne l'avantage aux universités à vocation scientifique. Ce qui est important en revanche, c'est de remarquer que les classements internationaux positionnent toujours l'ULP parmi les 1ers établissements français.

Les Etats-Unis confortent leur position de leader. Pensez-vous que nous devrions importer le modèle américain en France ?

Ce serait ridicule de vouloir importer un système, quel qu'il soit. Nos universités doivent garder leur dimension européenne. Les universités américaines sont performantes parce qu'elles sont au centre d'un environnement concurrentiel. Elles sont soutenues à la fois par le gouvernement fédéral et par les multinationales, ce qui leur ouvre de grandes possibilités.

L'écart entre les universités françaises et américaines est-il donc simplement dû à une question de budget ?

Non, pas uniquement. Les chercheurs des universités américaines ont l'intelligence de s'adapter en permanence aux besoins sociétaux. Pour preuve : leur "Grand Chelem" lors de la remise des Prix Nobel 2006 !
Mais il est vrai que les universités américaines ont une capacité extraordinaire à attirer des moyens financiers et humains. Elles mettent à la disposition de leurs chercheurs des moyens colossaux. Dans des domaines tels que la chimie, la physique ou les nanotechnologies, les avancées des recherches sont fortement conditionnées par les progrès réalisés en matière d'équipements. En France, malheureusement, le financement de la recherche n'est pas encore à la hauteur des enjeux.

Quels sont les principaux atouts de l'université Louis Pasteur de Strasbourg ?
Nous sommes considérés comme un pôle d'excellence en chimie et en sciences de la vie, mais la force de notre université relève avant tout de la pluridisciplinarité. Nous partons en effet du principe que les grands enjeux scientifiques impliquent une approche pluridisciplinaire : l'ULP est spécialisée en "sciences dures", mais les sciences humaines et sociales ont toutes leur place. Toutes les équipes successives de présidents ont aussi tenu à mettre la recherche au cœur de nos préoccupations. C'est pourquoi notre campus accueille de très grands chercheurs et des laboratoires performants. Nous adoptons au maximum une politique d'attractivité afin de nous renforcer et de nous dynamiser.

Votre établissement semble avoir fait de la recherche sa priorité. Les étudiants y trouvent-ils leur compte ?

La formation est au cœur de notre dispositif. Nous essayons, le plus tôt possible, de mettre les étudiants en contact avec les laboratoires. Ce sont de véritables outils pédagogiques. Malheureusement, par manque de moyens, nous n'y parvenons pas toujours.

Quel est l'impact de ce type de classement ?
Figurer dans un classement tel que celui de Shanghaï permet d'accroître considérablement la réputation et l'attractivité de l'établissement. Celui-ci devient une référence pour les étudiants, mais aussi pour les enseignants-chercheurs du monde entier. Cette année, plus de 20 % de nos étudiants sont étrangers. Mais ces classements font également prendre conscience aux décideurs politiques qu'il existe des failles dans le système universitaire français.

Magazine Savoir Envoyer | Imprimer Haut de page
www.linternaute.com Savoir