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Les meilleures universités du monde > Interview de Jean-Robert Pitte
Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne. Photo © Paris IV

Jean-Robert Pitte, président de l'université Paris-IV Sorbonne est l'auteur de "Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l'université" (Editions Fayard, 2006). Egalement membre de la Commission des relations extérieures de la Conférence des Présidents d'Université (CPU), il revient sur les réformes à apporter au système universitaire français.

Quel diagnostic portez-vous sur les universités françaises ?

Jean-Robert Pitte L'enseignement supérieur, en France, est en train de se "tiers-mondiser" ! Les universités françaises sont sous-dotées, aussi bien en équipements qu'en investissements. On fonctionne avec des bouts de ficelle. La Sorbonne a un budget de 3 500 euros par an et par étudiant. Alors que celui de l'université de Chicago avoisine les 65 000 euros !

Quelles sont les réformes les plus urgentes à appliquer au système universitaire français ?
Je ne vois pas d'autre solution que de remettre en cause les acquis de mai 68. Selon moi, il faudrait instaurer une sélection à l'entrée des universités, établir des droits d'inscription en fonction des revenus et remanier la gouvernance universitaire.

Instaurer une sélection à l'entrée des universités ne risque-t-il pas de déclencher les foudres des étudiants ?

J'ai déjà fait des propositions dans ce sens. On ne peut pas continuer à laisser n'importe quel étudiant faire n'importe quelles études. C'est totalement absurde et démagogique. Cela va à l'encontre de l'intérêt des étudiants. On ne peut pas non plus abaisser le niveau simplement pour leur faire plaisir.

Cette solution permettra-t-elle de lutter efficacement contre les échecs, fréquents durant les deux premières années d'études ?
Pour lutter contre l'échec universitaire, il faut certes instaurer une sélection, mais il faut aussi proposer des solutions intermédiaires. Comme ouvrir davantage de filières professionnalisantes courtes, par exemple. Il ne faut pas oublier que l'objectif final des études n'est pas d'obtenir un diplôme, mais de réussir son insertion professionnelle. En fac de médecine par exemple, le taux d'échec en première année est de 90 % ! Sans parler de tous ces étudiants en psychologie qui ne trouveront probablement jamais de débouchés, alors qu'à la rentrée 2006, il y avait encore 16 000 places disponibles pour préparer des DUT et des BTS.

Pourquoi réclamez-vous une réforme de la gouvernance universitaire ?

Parce que les présidents d'université n'ont pas assez de champs libre ! Sur 120 personnes qui siègent aux conseils universitaires, 25 sont des étudiants syndiqués et ultra-politisés, élus par seulement 3 % des étudiants. Il est inadmissible qu'ils prennent des décisions telles que ce qui doit ou non figurer au programme. C'est l'affaire de professeurs et de professionnels de la vie active, pas celle d'étudiants de première année.

Que pensez-vous des PRES (Pôles de recherche et d'enseignement supérieur) ?

Si des universités et des écoles ont envie de se réunir et de mener des projets communs, pourquoi pas ? Mais si les 3 réformes que j'ai évoquées ne sont pas mises en place avant, les PRES n'auront absolument aucun intérêt. Si l'on réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ce que l'on obtient, ce n'est pas un pays riche : c'est juste un grand pays pauvre. Eh bien, c'est la même chose pour les PRES. Le ministère a beau les présenter comme la panacée, leur seul avantage, c'est de faire gagner quelques places à la France dans le classement de Shanghaï.

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