Mur des cons : une manipulation des journalistes ?

On sait désormais qui a mis au jour le "mur des cons" du Syndicat de la Magistrature. Alors que l'affaire prend une dimension politique, le journaliste qui a tourné les images est soupçonné d'avoir manipulé sa rédaction.

C'est bien un journaliste de France 3, Clément Weill-Raynal, qui a filmé le "mur des cons" du Syndicat de la magistrature. C'est lui qui est l'auteur de la vidéo diffusée sur Atlantico. Dans une interview accordée à ce site d'informations, le journaliste, qui avait dans un premier temps nié, assume son acte, affirmant "en être fier". "Je suis tombé sur le "Mur des cons" [...] alors que je réalisais une interview de la présidente du Syndicat de la magistrature, Françoise Martres. Ce qui au départ a attiré mon attention, c'est qu'elle ne voulait pas que l'on tourne dans cette pièce. J'ai insisté pour des raisons de luminosité avant de remarquer le "Mur des cons"" affirme Clément Weill-Raynal.

Le journaliste de France Télévision est parti avec une équipe de sa rédaction dans les locaux du Syndicat de la magistrature et quelques heures plus tard, c'est sur le site Atlantico que le scandale éclate. La vidéo diffusée sur Internet et dans les journaux télévisés n'a alors rien à voir avec le travail effectué par l'équipe de France 3. C'est bien la vidéo de Clément Weill-Raynal, prise avec son propre téléphone portable, qui est sur tous les écrans. Pourquoi ne pas avoir réalisé de document pour France 3 ? Certains de ses collègues ont d'abord exprimé leur sentiment d'avoir été lésés, voire "manipulés". "Cette histoire est intéressante, parce qu'elle permet de voir comment on instrumentalise une info à des fins politiques" confie un reporter de la chaîne publique à Libération. "Le JRI a l'impression d'avoir été complètement manipulé" confie un autre confrère au journal, un autre parle de "manipulation politique" de la part d'un journaliste "engagé à droite de manière assez claire".

De France 3 à Atlantico

Accusé d'avoir manqué de déontologie par plusieurs journalistes pour avoir capturé des images sans autorisation dans un lieu privé, Clément Weill-Raynal se défend dans Atlantico : "Je n'ai fait que mon travail. [...] En outre, ils se montrent incohérents dans leurs accusations puisqu'ils me reprochent à la fois d'avoir volé les images et de ne pas les avoir communiquées à ma chaîne". Sur ce point, qui alimente toutes les suspicions, le journaliste insiste sur sa bonne foi : "Au début, je me demandais ce que ces images valaient vraiment. [...] C'est pourquoi, je les ai montrées à un magistrat. Celui-ci m'en a demandé une copie. J'ai appris ensuite qu'il les avait transmises à Atlantico".

Le Syndicat des journalistes-CGT a demandé que Clément Weill-Raynal passe devant le conseil de discipline de France 3. France Télévision apparaît bien embarrassé après toute cette affaire qui a suscité nombre de commentaires politiques et entraîné la saisine du Conseil supérieur de la magistrature par Christiane Taubira. D'après Libération, Clément Weill-Raynal est un journaliste judiciaire déjà controversé à France Télévision. Il aurait "mené la campagne contre Charles Enderlin", un correspondant accusé "d'avoir truqué les images d'un sujet sur la mort d'un enfant palestinien en 2000".

Pour Clément Weill-Raynal, le syndicat des journalistes veut absolument "l'abattre". Preuve en est, selon lui, le manque d'objectivité de la CGT qui ne défend pas tous les journalistes de la même manière en fonction des scandales ou des litiges : "Lorsque des journalistes de France 3 avaient volé et diffusé des images du off de Nicolas Sarkozy appartenant à la chaîne, le SNJ-CGT avait pris leur défense" explique le journaliste mis en question.

EN VIDEO : La garde des Sceaux Christiane Taubira a réagi à la révélation du "mur des cons", en condamnant l'action du Syndicat de la magistrature :

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