Fête du travail, muguet, Jeanne d'Arc, FN... D'ou vient le 1er mai ?

Fête du travail, muguet, Jeanne d'Arc, FN... D'ou vient le 1er mai ? FÊTE DU TRAVAIL 2017 - Le 1er mai célèbre le travail, le muguet, mais est aussi l'occasion d'un hommage à Jeanne d'Arc pour le FN notamment. Quel rapport et surtout quelles origines pour ces traditions ? Eléments de réponse...

[Mis à jour le 1er mai 2017 à 14h04] C'est le jour de la fête du travail ! Le 1er mai est depuis 1947 un jour férié qui célèbre la fête du travail. Mais ce 1er mai 2017 est particulier avec un goût très politique à moins d'une semaine du second tour de l'élection présidentielle. Les deux candidats encore en course à l'Élysée tiennent tous les deux des meetings en ce 1er mai. Marine Le Pen était à Villepinte à 12h alors qu'Emmanuel Macron lui répondra à partir de 17h. Le Front national de son côté avec Jean-Marie Le Pen a tenu sa traditionnelle manifestation près de la statue de Jeanne d'Arc. Le fondateur du parti d'extrême droite, y a tenu son discours du 1er mai avec un ton très incisif contre Emmanuel Macron et à appeler à voter pour sa fille.

Les syndicats aussi vont faire parler d'eux puisque tout le long de la journée de la fête du travail, ils vont défiler chacun de leur côté, puisqu'ils n'ont pas réussi à s'unir autour d'un candidat ou tout au moins une position commune à l'élection présidentielle. Et puis, il ne faut pas oublier le muguet, la star de cette fête du travail. Plus de 75 millions de brins de muguets seront vendus dans toute la France en ce 1er mai, si les chiffres des précédents années se confirmaient en 2017.

Cette célébration du 1er mai possède en tout cas plusieurs visages. Qu'elle soit l'occasion d'acheter un brin de muguet, de fêter le retour du printemps, de partir en week-end prolongé suivant les années (pour les amateurs de congés) ou de participer à des manifestations politiques. Mais d'où vient cette association baroque de toutes ces festivités ? Aussi, pourquoi l'on offre du muguet ce jour-là ou comment on célèbre le 1er mai dans d'autres pays ? Dans ce dossier, Linternaute.com vous explique tout sur l'histoire, les origines et les traditions du 1er mai. 

En vidéo - Les récoltes de muguet ont toute leur importance

Un 1er mai férié depuis 1947

Le 1er mai représente d'abord un jour férié chômé et payé depuis 1947 en France, soit 61 ans après la naissance d'un mouvement syndical à Chicago, le 1er mai 1886, pour revendiquer une journée de travail de 8 heures. C'est de cette mobilisation que la fête du travail 2017 tire sa source, en France comme dans d'autres pays. La célébration fait apparaître dans les rues force muguet. Une fleur qui s'est retrouvée à la boutonnière des ceux qui ont manifesté pour une vie de travailleur plus équilibrée depuis 1976. Quant au Front national, il a repris le 1er mai comme jour de rassemblement depuis 1988 (voir les explications ici).

La fête du travail 2017 a cette année lieu à quelques jours du second tour de la présidentielle, au scrutin fébrile en raison de la confrontation Macron / Le Pen.  En 2002, les organisations syndicales avaient fait bloc en France le 1er mai, face à la présence de Jean-Marie Le Pen en "finale" de la présidentielle. Plus d'un million de personnes avaient alors défilé dans toute la France pour "faire barrage par leur vote à Jean-Marie Le Pen". Qu'en sera-t-il cette année, à l'heure où les syndicats n'invitent pas tous ouvertement à voter pour le candidat d'"En Marche !" ?.

Les Etats-Unis en premier lieu sont la "patrie du 1er mai" : c'est là qu'est née la tradition, qui s'y célèbre en revanche le 1er septembre aujourd'hui. La grève générale de Chicago en mai 1886 a laissé des traces. Alors suivie par 400 000 salariés, le mouvement avait paralysé le pays pendant 4 jours et causé la mort de 10 manifestants. Les grévistes ont toutefois été entendus dans leurs revendications. En France, il a fallu attendre avril 1919 pour que soit officialisée la journée de 8 heures au sein du monde du travail.

Origines du 1er mai

Avant même l'avènement du monde ouvrier ou la célébration du muguet, le 1er mai était une date de rituels. Pour les Celtes, cette date marquait la fête de Beltaine : elle marquait le passage de la saison sombre à la saison claire, la reprise de la chasse, de la guerre. Cette "renaissance" est liée à Belenos (incarnation en lumière du dieu Lug). Selon les textes, des druides allumaient des feux, chargés de protéger symboliquement le bétail des épidémies. Cette fête s'opposait donc à Samain - ancêtre de notre Toussaint – qui marquait le retour aux ténèbres. Des traces de ces pratiques subsistent lors de la nuit de Walpurgis, une célébration païenne christianisée : de grands feux étaient allumés en Allemagne, en Suède ou en Europe centrale.

Les esprits sont omniprésents dans ces traditions. En Moselle-est et en Basse-Alsace, on parle de "nuit des sorcières" (Hexennacht, en Platt, le francique lorrain). Les enfants patrouillaient le soir – il y a vingt ans encore – afin de subtiliser tous les objets trouvés dans les jardins pour les regrouper au centre du village, faisant penser à une intervention surnaturelle. Aujourd'hui, la principale trace de ces célébrations est l'Arbre de mai – le Maibaum - particulièrement présent dans le sud de l'Allemagne. Dans les villages de Bavière, de Souabe ou de Rhénanie, la tradition veut que l'on dresse un mât en bois orné d'une girouette ou de blasons. C'est l'occasion d'organiser des réjouissances arrosées aux sons des fanfares. L'un des attraits de la fête consiste à subtiliser nuitamment l'arbre du village voisin.

Un "Maibaum" aux couleurs de la Bavière. © belamy - Fotolia

1er mai fête du Travail

1632847 1er mai les origines de la fete du muguet et du travail2

Le 1er mai, Fête du travail, tire ses origines dans l'histoire du monde ouvrier. Le point de départ est le samedi 1er mai 1886. Ce jour-là, à Chicago, un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heures est lancé par les syndicats américains, alors en plein développement. Une grève, suivie par 400 000 salariés paralyse de nombreuses usines. La date du 1er mai n'est pas choisie au hasard : il s'agit du "moving day", le jour où traditionnellement, les entreprises américaines réalisent les calculs de leur année comptable. Le mouvement se poursuit et le 4 mai, lors d'une manifestation, une bombe est jetée sur les policiers qui ripostent. Bilan : une dizaine de morts, dont 7 policiers. S'en suivra la condamnation à mort de cinq anarchistes.

Trois ans plus tard, le congrès de la IIe Internationale socialiste réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française, décide de faire du 1er mai une "journée internationale des travailleurs" avec pour objectif, d'imposer la journée de huit heures. Cette date fut choisie en mémoire du mouvement du 1er mai 1886 de Chicago. Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Cette marque est progressivement remplacée par une fleur d'églantine, en 1891, lorsqu'une manifestation à Fourmies, dans le nord de la France dégénère, les forces de l'ordre tirant sur la foule. Ce jour-là, une jeune femme portant une églantine est tuée. Cette fleur devient le symbole du 1er mai (le muguet ne reviendra que plus tard).

1er mai et muguet

Il semble que le muguet aussi appelé lys des vallées, une plante originaire du Japon, soit présente en Europe depuis le Moyen-Age. La plante à clochettes a toujours symbolisé le printemps et les Celtes lui accordaient des vertus porte-bonheur. Le 1er mai 1561, le roi Charles IX officialisa les choses : ayant reçu à cette date un brin de muguet en guise de porte-bonheur, il décida d'en offrir chaque année aux dames de la cour. La tradition était née.
La fleur est aussi celle des rencontres amoureuses. Longtemps, furent organisés en Europe des "bals du muguet". C'était d'ailleurs l'un des seuls bals de l'année où les parents n'avaient pas le droit de cité. Ce jour-là, les jeunes filles s'habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière d'un brin de muguet. A Paris, au début du siècle, les couturiers en offrent trois brins aux ouvrières et petites mains. Mais il faut attendre 1976 pour qu'il soit associé à la fête du 1er mai. Sur la boutonnière des manifestants, il remplace alors l'églantine et le triangle rouge qui symbolisaient la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs.

C'est l'exception qui est la règle. Habituellement, la vente de fleurs sur la voie publique est interdite (en dehors des étals des fleuristes, évidemment). Cependant, le 1er mai, la vente du muguet sauvage est autorisée pour les particuliers "à titre exceptionnel conformément à une longue tradition". Il convient néanmoins de respecter les règles fixées par la commune. Ainsi, à Paris, il est interdit de s'établir à moins de 40 mètres d'un fleuriste et commerces. D'autres communes prohibent l'installation de comptoirs en bois ou le fait d'attirer l'attention des clients à voix-haute.

1er mai jour férié

Il faudra attendre près de 30 ans que les ouvriers français soient entendus. Le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la loi instaurant la journée de huit heures. Exceptionnellement, pour célébrer cette avancée, la haute Assemblée déclare le 1er mai 1919 journée chômée. Dans les années qui suivent, le 1er mai s'impose peu à peu comme un rendez-vous ouvrier, un jour de cortèges. Les manifestations du 1er mai 1936 marquent durablement l'imaginaire français. La journée se déroule entre les deux tours des élections législatives. Le 3 mai 1936, la coalition des gauches (SFIO, PCF, radicaux et divers gauche) remporte le scrutin : c'est le début de la période de pouvoir du Front Populaire. Présidé par le socialiste Léon Blum, ce gouvernement ne tarde pas à adopter des mesures historiques pour les travailleurs, la semaine de 40 heures, les deux premières semaines de congés payés ou la reconnaissance du droit syndical.
C'est le régime de Vichy qui rend officiellement férié le 1er mai. Avec cette mesure, le Maréchal Pétain et son ministre du Travail, René Belin - un ancien membre éminent de l'aile socialiste de la CGT converti à la Révolution nationale - tentent d'obtenir le soutien des ouvriers. Le jour, institué le 24 avril 1941, est nommé : "Fête du Travail et de la Concorde sociale". Une appellation qui souligne la volonté de Vichy d'unir patrons et ouvriers selon un esprit corporatiste et de mettre fin à la lutte des classes. C'est le régime de Vichy et seulement lui qui, dans l'histoire de France, désignera officiellement le 1er mai comme "fête du travail". Le terme n'est pas repris ensuite par le gouvernement de la Libération. En avril 1947, le gouvernement issu de la Libération confirme que le 1er mai demeurera un jour férié et payé.

Aujourd'hui, la Fête du Travail est commémorée par un jour chômé dans la plupart des pays d'Europe à l'exception notamment de la Suisse et des Pays-Bas. Le 1er mai est aussi fêté en Afrique du Sud, en Amérique Latine, en Russie, au Japon. Au Royaume-Uni, c'est le premier lundi de mai qui est fêté. Aux Etats-Unis, le "Labor Day" est célébré le premier lundi de septembre. Ce jour d'hommage au mouvement ouvrier est né en 1887, à la demande des syndicats, après la tuerie de Chicago. Mais, à la demande du président américain Grover Cleveland, il n'a pas été fixé au 1er mai afin de ne pas rappeler ce moment dramatique.

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1er mai, fête du travail © Jocelyne FONLUPT-KILIC

Le 1er mai et Front national

En hommage au mouvement ouvrier, les principaux syndicats français (CGT, CFDT, FO, CFTC...) organisent traditionnellement des défilés le 1er mai. Certains partis politiques comme le Parti Communiste Français participent aux cortèges tandis que de nombreux militants vendent du muguet au bénéfice de l'organisation.
Le rassemblement du Front national dans le quartier de l'Opéra à Paris est de tradition beaucoup plus récente. La fête de Jeanne-d'Arc était classiquement organisée le 8 mai (ce jour-là, en 1429, elle participa à la libération d'Orléans des Anglais) par l'Action française et regroupait des groupuscules d'extrême droite. La tradition est reprise par le Front National à la fin des années 1970 et déplacée au 1er mai en 1988. En effet, cette année-là, Jean-Marie Le Pen espère profiter du rassemblement des militants de son parti pour peser sur le second tour de l'élection présidentielle, organisé le 8 mai. Cette modification permettait aussi au parti de se distinguer d'autres groupes d'extrême droite, qui, eux, continuent d'organiser leur propre marche courant mai.

Front national / 1er mai