Mardi gras : quel lien entre le carnaval, la fête, les beignets et Jésus ?

Mardi gras : quel lien entre le carnaval, la fête, les beignets et Jésus ? MARDI GRAS 2018 - Pourquoi mange-t-on gras à Mardi gras ? D'où vient cette idée de se déguiser en tout et n'importe quoi ? Et que vient faire le Christ dans cette histoire ? Le point sur la fête la plus grasse de l'année.

[Mis à jour le 13 février 2018 à 19h16] Des oreillettes en Provence, des Merveilles à Bordeaux, des Bugnes du côté de Lyon... A Mardi gras, on mange gras ! Avec modération évidemment, mais il est de coutume de s'en mettre plein la panse en mangeant des beignets, des gaufres ou des crêpes. Que reste-t-il aujourd'hui des traditions du Mardi gras ? Une montagne d'us et de pratiques ancestrales, dont on ignore bien souvent l'origine...

Mais peu importe ! Ce mardi 13 février est l'occasion de profiter d'une nouvelle fête, entre la Chandeleur et la Saint-Valentin, qui ne requiert ni de consacrer sa soirée à son amoureux ou son amoureuse (et de faire des cadeaux...), ni de passer une journée du week-end en famille pour manger des crêpes. Ceux qui célèbrent Mardi gras se font avant tout plaisir ! C'est d'ailleurs l'essence même de cette journée : à Mardi gras, il faut profiter... Il s'agit effectivement du dernier jour de "bombance" avant des jours plus maigres, incarnés par la période de Carême chez les chrétiens.

En réalité, l'origine précise de Mardi gras est assez méconnue. Ce que l'on sait, c'est que cette célébration est passée en quelques siècles de fête païenne marquant la fin de l'hiver à une célébration chrétienne aux alentours du IVe siècle, avant de devenir la journée de tous les excès dans notre société. Pourquoi, par exemple, se régale-t-on de merveilles, bugnes et autres beignets (mais aussi gaufres, crêpes et churros) à Mardi gras ? Dixit Nadine Cretin, historienne des fêtes interrogée par Madame Figaro, manger en abondance est traditionnellement d'usage à la veille du jeûne du Carême, mais aussi du retour du printemps, avec un "festin qui comprenait viandes et bouillons gras et se terminait par des pâtisseries simples à faire : des crêpes ou des beignets, des bugnes lyonnaises, des merveilles d'Aquitaine ou des gaufres". Pour celle qui est aussi l'auteure de "Fêtes de la table et traditions alimentaires" (Ed. Le Pérégrinateur, 2015) et de "Fête des Fous, Saint-Jean et Belles de Mai. Les fêtes du calendrier" (Ed. Seuil, 2008) le Mardi gras "sous-entendait la prospérité, la fertilité, le retour de la lactation dans les étables et les bergeries, le renouveau de la nature".

Les origines italiennes de Mardi gras

Mardi gras est le dernier jour du Carnaval. Le mot italien provient du latin "carnis levare" ("ôter la viande"). Il fait référence aux derniers repas "gras" pris avant le Carême (on parlait au XVIIIe siècle de "Dimanche gras" ou de "Lundi gras" avant Mardi gras). Autrefois, cette saison correspondait, dans une société encore majoritairement agricole, à l'une des périodes les plus critiques. En effet, en février et en mars, les paysans puisaient dans leurs dernières réserves de nourriture stockées avant ou pendant l'hiver : la facilité à stocker œufs et beurre a favorisé - au même titre que pour la Chandeleur - la tradition consistant à préparer crêpes et gaufres pendant cette période.

Des rituels païens existaient dans la période proche de mardi gras : ils annonçaient ou célébraient la renaissance de la nature (durée du jour en progression, début du dégel, puis premiers bourgeons...). C'est cette réalité qui était traduite dans le calendrier romain, où le jour de l'an était fixé au 1er mars... D'ailleurs, il a fallu attendre le XVIe siècle pour le que jour de l'an soit fixé au 1er janvier ! Avec l'avènement de la chrétienté et la mise en place de la tradition du jeûne du Carême (au IVe siècle), la fête se transforme en période d'exubérance précédant les rigueurs de l'avant-Pâques.

Au Moyen Age, le Carême correspondait à une période des plus contraignantes pour la population, privée de danse, de fête, de nourriture copieuse, de sexe et de plaisir, relevait l'historien des religions Odon Vallet sur France 2 en 2014. Avant que cette période ne commence, la fête du Mardi gras et son carnaval permettaient notamment d'élire un "pape des fous" et d'inverser l'ordre du monde rationnel en même temps que l'ordre social (les riches pouvaient se déguiser en pauvres, les hommes en femmes...). 

La dualité de la période est illustrée par le tableau "Le combat de Carnaval et de Carême" de Bruegel (1559). Sur une place marchande se mesurent deux chars. Le premier est paré : un homme ventripotent enjambe un tonneau, entouré de personnages absurdes et de musiciens. Sur l'autre char, une vieille femme, tractée par des moines et des nonnes. Sur une planche en bois, on remarque des poissons, symboles du Carême (période où l'on s'abstient de viande, hors produits de la mer). Côté auberge (Carnaval), on joue au dé et on se gave de gaufres ; côté église (Carême), les personnages voilés se prosternent...

Mardi gras n'a en revanche pas eu le privilège de devenir un jour férié. Il n'y a que onze jours fériés en France qui sont :  Nouvel an ; Lundi de Pâques ; Fête du Travail, Armistice de 1945 et Ascension en mai ; Lundi de Pentecôte en juin ; Fête nationale du 14 juillet ; Assomption en août ; Toussaint ; Armistice du 11 novembre 1918 et Noël.

D'où viennent les déguisements de Mardi gras ?

C'est dans les communes indépendantes d'Italie que serait né le carnaval tel qu'on le connaît aujourd'hui. Notamment à Venise : dès le XIe siècle, la période précédent le Carême donne lieu à des célébrations encouragées par les autorités, qui y voient une occasion de renforcer l'esprit civique. Les masques apparaissent au XIIIe siècle : ils renforcent l'anonymat et permettent les outrances. Les rôles sociaux sont inversés, les jeux et amusements renforcent l'animation des quartiers.

La tradition italienne essaime, notamment en Europe médiane (Suisse, Allemagne de l'Ouest, Belgique, nord de la France) puis aux Amériques. Aujourd'hui, tous les déguisements sont permis. Parmi les plus fréquents, ceux issus de la Commedia dell'arte, un genre de théâtre populaire italien apparu à l'époque moderne. Arlequin, bon vivant, porte un costume rapiécé de multiples couleurs, le vieil obsédé Pantalon se balade lui avec des bas moulants, affirmant sa virilité. Quand au grossier Polichinelle, il se distingue par son ventre proéminent et sa voix de fausset...

Ces costumes, conçus au XVIe siècle, permettaient aux personnages d'être immédiatement reconnaissables pour le public, peu importe la troupe de théâtre ou le lieu de représentation... A cette période de l'année et en mémoire de cette tradition, les magasins proposant des costumes étaient pris d'assaut.

Carême / Apothéose

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