Greffes d'organes : quand la médecine défie la nature

Greffes d'organes : quand la médecine défie la nature Cornée en 1905, rein en 1959, foie et poumon en 1963, cœur en 1967... Aux premières greffes réussies ont succédé des opérations de transplantation toutes plus audacieuses les unes que les autres. Retour en images sur ces miracles toujours plus incroyables de la médecine.

C'est une discipline qui a déjà réalisé des miracles, mais qui réserve encore bien des surprises et des progrès encore inconcevables aujourd'hui. En pleine évolution, le monde de la greffe a pourtant commencé petit : d’abord l’auto-transplantation, la greffe dite "végétale", la greffe animale… avant de passer à l’homme. Les premières tentatives de transplantation sur nos semblables, au début du XXe siècle, ont toutes échoué. Mais à partir des années 1950, les progrès réalisés en immunologie, puis en génétique (avec la découverte des groupes tissulaires) et enfin en neurologie (avec les recherches sur la "mort encéphalique") ont permis à des malades de voir leurs organes déficients remplacés et des greffes toujours plus impressionnantes réalisées. 
Découvrez quelques-unes de ces greffes marquantes de l'histoire, mais aussi les plus novatrices réalisées ces dernières années (attention, certaines de ces images peuvent choquer). 

Dates clés de la greffe d'organe (et de cellules souches)

  • XIXe siècle : un médecin suisse, Jacques Reverdin, répare une plaie à l'aide de parcelles d'épiderme.
  • 1886 : première greffe de cornée, par le docteur Arthur Von Hippel
  • 1905 : première greffe de cornée réussie, par le docteur Eduard Zirm
  • Première moitié du XXe siècle : premières greffes d’organes sur l'homme, se soldant toutes par des échecs. Premières tentatives d'implanter des reins de porcs ou de chèvres sur des femmes par Mathieu Jaboulay et Alexis Carrel
  • 1952 : première greffe d'un rein "vivant" par les équipe de Jean Hamburger et Louis Michon à l'Hôpital Necker, à Paris. Mort du patient 21 jours plus tard
  • 1954 : première greffe d'un rein réussie (réalisée entre des frères jumeaux), par le Pr. Joseph E. Murray (Etats-Unis)
  • 1957 : première greffe de moelle, par Edward Donnall Thomas (Etats-Unis)
  • 1958-1962 : découverte des groupes tissulaires HLA par Jean Dausset
  • 1959 : première greffe de rein réussie entre des non-jumeaux
  • 1959 : découverte du "coma dépassé", devenu depuis la "mort encéphalique" ou mort cérébrale, permettant la conservation d'organes
  • 1963 : première greffe de foie par le Pr. Thomas Starzl
  • 1963 : première greffe de poumon réussie par le Dr. James D. Hardy (USA) 
  • 1967 : première greffe de cœur, par Christiaan Barnard (Afrique du Sud)
  • 1968 : première greffe de cœur en France et en Europe par le Pr. Christian Cabrol
  • 1968 : première greffe du foie en France, par Jean Paul Clot et Henri Garnier
  • 1976 : loi dite Caillavet, introduisant la notion de "consentement présumé" pour les donneurs
  • 1979 : première greffe de trachée
  • 1998 : première greffe de larynx, par le Pr Marshall Strome (Etats-Unis)
  • 2000 : première double greffe de mains, par le Pr Dubernard
  • 2003 : première greffe de langue (Autriche)
  • 2005 : première greffe partielle de visage par les équipes de Bernard Devauchelle et Jean-Michel Dubernard, au CHU d’Amiens
  • 2007 : première greffe de pénis par l'équipe du docteur Weilie Hu (Chine)
  • 2008 : première greffe de deux bras entiers par Christoph Hijhnke et Edgar Biemer (Allemagne)
  • 2009 : première greffe simultanée du visage et des mains par Laurent Lantiéri, Jean-Paul Méningaud et Christian Dumontier à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil
  • 2009 : première greffe totale de visage par le professeur Lantiéri du CHU Henri-Mondor de Créteil
  • 2013 : première greffe de coeur artificiel autonome Carmat, 100 % français
  • 2014 : première greffe d'utérus permettant la naissance d'un enfant (Suède)
  • 2015 :  première greffe de cellules souches modifiées sur 80 % de peau (Allemagne)

Un seul obstacle : le rejet

Alors que la médecine sait depuis longtemps recoudre n'importe quelle partie de la peau, connecter des centaines de vaisseaux ou réparer presque n'importe quel os, un seul obstacle se dresse depuis l'origine contre les progrès en matière de transplantation : le rejet. D'où la déclaration du chirurgien sud-africain Christiaan Barnard en 1970, trois ans après avoir réalisé la première transplantation cardiaque opérationnelle de l’Histoire : "Je savais que la grande lutte (...) n'était pas de placer un organe neuf chez un être humain, mais de parvenir à ce qu'il y demeurât". Le problème, principalement immunologique, a été rapidement identifié. Les médecins ont d'abord procédé par irradiations des patients receveurs pour que ces derniers acceptent mieux les greffons. Le hic ? Leur système immunologique, détruit, avait du mal à reprendre le dessus. 

En 1980, un échantillon de molécule oublié sur une étagère fait office de premier traitement anti-rejet efficace. Découverte par hasard, la ciclosporine A protège alors les patients de nouvelles infections.  Résultat : certains greffés modernes vivent avec des organes d'emprunt depuis trente, quarante ans.  Joseph Le Goff , 82 ans, témoignait récemment dans le quotidien Ouest-France de la longévité du greffon dont il a hérité. C’était quarante ans auparavant, au CHU de Rennes : "On m'a greffé le rein d'une personne décédée. Ça fait 40 ans que je vis avec et je pense tous les jours à la famille qui a fait ce beau don. J'ai quatre enfants, huit petits-enfants et deux arrière-petits-enfants. Je ne les aurais pas connus sans ce don". En 2014, en France, 54 659 personnes étaient porteuses d’un greffon fonctionnel.  La même année, plus de 20 000 Français étaient en attente de greffe. Un plan greffe 2012-2016 gouvernemental a été mis en place pour changer la donne. Tic, tac… 

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