Attentat de Paris : ce qu'il s'est passé

Attentat de Paris : ce qu'il s'est passé ATTENTAT PARIS - Les attentats qui ont frappé et frappent encore Paris et le reste de la France depuis janvier 2015 constituent une nouvelle vague d'événements pourtant plus anciens. En réalité, la menace pèse sur Paris depuis plus de quarante ans...

[Mis à jour le 3 octobre 2017 à  13h05] La menace d'un attentat à Paris vient de se rappeler au souvenir des habitants de la capitale, ce mardi, après la découverte de bonbonnes de gaz équipées d'un dispositif de mise à feu devant un immeuble du XVIe arrondissement. Selon les premières informations dévoilées lundi soir par Le Point et confirmées par les autorités ce matin, les quatre bonbonnes, deux à l'intérieur de l'immeuble et deux à l'extérieur, ont été découvertes par un habitant, intrigué par les bruits et la forte odeur d'essence dans la nuit de vendredi à samedi. 

Cinq personnes ont été interpellées par les services antiterroristes dans l'Essonne, à Arpajon, Bretigny-sur-Orge et Draveil. Ils étaient toujours en garde à vue mardi matin, selon une source proche de l'enquête. Parmi elles, "certaines sont connues des services spécialisés pour leur appartenance à la mouvance radicale", a-t-elle précisé à l'AFP. "L'un était fiché au fichier FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, ndlr), ça veut dire radicalisé", a déclaré le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb sur France Inter.

Depuis plus de quarante ans, la France et sa capitale sont ainsi régulièrement visées. Dans les années 70, c'est le terroriste Carlos qui sème la panique avec une série d'attentats à Paris, perpétrée au nom du Front populaire de libération de la Palestine. Puis dans les années 80, l'Hexagone connaît deux attaques antisémites, rue Copernic et rue des Rosiers, toujours à Paris. Lors de la décennie suivante, les Français doivent faire face à une vague d'attentats que l'on attribue cette fois au Groupe Islamique Armé. Depuis les années 2000, c'est maintenant Daesh et Al-Qaeda qui menacent la France. Retour sur les principaux attentats de ces dernières décennies à Paris.

Attentat des Champs-Elysées

Jeudi 20 avril 2017 - Xavier Jugelé, policier de 37 ans, en service sur les Champs-Elysées, est tué de deux balles dans la tête et deux autres sont blessés par un repris de justice français de 39 ans, Karim Cheurfi, qui est aussitôt abattu. L'attentat est revendiqué peu après par le groupe jihadiste Etat islamique (EI). En pleine campagne présidentielle, cet attentat qui frappe de nouveau Paris, sur son avenue la plus emblématique soulève une vague d'émotion et de solidarité envers les forces de l'ordre en première ligne face à la menace terroriste. Un hommage national sera rendu le mardi suivant, à la préfecture de police de Paris, notamment en présence des deux candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, du chef de l'Etat François Hollande, de l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, des anciens Premier ministres Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, ou encore Jean-Pierre Raffarin. Le compagnon de Xavier Jugelé, a témoigné de sa "douleur extrême", et dit souffrir "sans haine", dans un discours vibrant.
 

Attentat à Paris, Champs-Elysées
Les Champs-Elysées bouclés le soir de l'attentat à Paris. © AP/SIPA

Attentat du musée du Louvre

Vendredi 3 février 2017 - Peu avant 10 heures, un individu a agressé un militaire dans un couloir d'accès à la galerie marchande du Carousel du Louvre. La patrouille de quatre hommes sur place ont riposté en ouvrant le feu, le blessant grièvement par balles. Les motivations de l'individu ne sont pas connues, mais lors de l'agression, ce dernier a crié "Allaouh Akbar", selon les informations de la préfecture de police. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, et François Hollande ont qualifié cette attaque survenue en plein coeur de Paris d'"acte terroriste".

Attentats du 13 novembre 2015

Vendredi 13 novembre 2015 - En quelques minutes, l'horreur a saisi la capitale dans la soirée. Trois attaques simultanées sèment la terreur à Paris : trois terroristes se font exploser au stade de France, une autre équipe attaque des terrasses de bars dans les 10e et 11e arrondissements alors que trois autres djihadistes pénètrent dans le Bataclan, où ils tirent sur le public venu assister au concert des Eagles of Death Metal. 130 personnes ont été tuées lors de ces attaques. Il s'agit des attentats les plus meurtriers en France depuis la Seconde guerre mondiale. C'est aussi la première fois que des kamikazes se font exploser dans l'Hexagone. Les attaques coordonnées sont revendiquées par l'organisation Etat Islamique. Le 18 novembre, le RAID mène un assaut dans un appartement de Saint-Denis : Abdelhamid Abaaoud, présenté comme le cerveau des attentats (il n'en fut sans doute qu'un des logisticiens), ainsi que deux complices sont tués. Après des mois de cavale, Salah Abdeslam est finalement arrêté le 18 mars à Moleenbek, en Belgique.

EN VIDEO - Du Stade de France au Bataclan, récit d'une nuit d'horreur :

Attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher

Mercredi 7 janvier 2015 - Un cauchemar de trois jours débute, en fin de matinée. Deux hommes identifiés par la suite comme Chérif et Saïd Kouachi, pénètrent dans la rédaction de Charlie Hebdo, dans le 11e arrondissement de Paris et ouvrent le feu alors qu'une conférence de rédaction est en cours. Ils tuent onze personnes : un agent de maintenance ainsi que dix journalistes ou collaborateurs du journal dont les dessinateurs Cabu, Charb et Wolinski. Après la tuerie, les frères Kouachi prennent la fuite, blessent plusieurs personnes et abattent même un policier déjà à terre, Ahmed Merabet. Deux jours plus tard, ils se retranchent dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, où ils prennent en otage le gérant de l'entreprise et, sans le savoir, un employé caché dans les locaux. Les frères Kouachi sont finalement abattus au cours de l'assaut mené par le GIGN. L'attaque de Charlie Hebdo a été revendiquée par Al-Qaïda au Yémen.

Alors que les frères Kouachi sont en cavale, un de leurs proches, Amedy Coulibaly, tue une policière par balle à Montrouge, Clarissa Jean-Philippe, et blesse grièvement un agent de voirie. Le lendemain, il se rend porte de Vincennes et pénètre dans la supérette Hypercacher, lourdement armé. Amedy Coulibaly prend alors en otage les clients, de confession juive. A l'intérieur du magasin, il tue quatre personnes : Yohav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham et François-Michel Saada. Amedy Coulibaly est tué durant l'assaut du RAID et de la BRI. Il avait appelé BFMTV dans l'après-midi pour se réclamer de l'organisation Etat islamique et avait affirmé s'être "synchronisé" avec les frères Kouachi.

Attentats à Paris, Charlie Hebdo
Les deux terroristes après l'attaque de Charlie Hebdo.  © AP/SIPA

Attentat du RER Saint-Michel (1995)

25 juillet 1995 - La France connait une vague d'attentats perpétrée par le Groupe Islamique Armé (GIA). C'est notamment l'explosion à Paris d'une bombe dans un RER B à la gare Saint-Michel, ce jour là, qui va marquer la capitale à jamais. Vers 17h30,  l'engin, une bonbonne de gaz de camping remplie de clous et boulons, a explosé faisant 8 morts et 117 blessés. L'attentat n'est pas revendiqué, mais une empreinte permet aux enquêteurs de retrouver Khaled Kelkal, un petit délinquant, tué par les gendarmes après qu'il a tenté de prendre la fuite. Le jour de son enterrement, une bombe explose métro Maison-Blanche, à Paris. Cette fois, l'attaque est revendiquée par le GIA qui affirme se venger du soutien de la France au gouvernement algérien.

Attentat dans un avion Air France (1994)

24 décembre 1994 - Un commando de quatre hommes parvient à prendre le contrôle de l'Airbus de 220 passagers utilisé pour le vol AD 8969 entre Alger et Paris. Alors qu'ils sont encore stationnés sur le tarmac de l'aéroport d'Alger, ils exigent la libération de deux chefs du Front islamique du Salut, emprisonnés en Algérie, ainsi que le départ de l'appareil vers la France, bloqué par une passerelle. Suite au refus des autorités algériennes, trois otages sont exécutés : un commissaire de police algérien, un diplomate vietnamien et un cuisinier de l'ambassade de France. Lors des négociations avec les autorités, 63 otages, essentiellement des femmes et des enfants, ont été libérés.

Sous la pression du gouvernement français, l'autorisation de décollage est finalement accordée le lundi 26 décembre, vers 2h du matin. Le GIGN profite d'une escale de ravitaillement à Marseille pour donner l'assaut contre l'appareil. Il essuie un feu nourri durant les 16 minutes de l'opération. Les terroristes sont tués. L'ensemble des otages s'en sortent sains et saufs bien que 13 passagers ont été blessés comme 3 membres de l'équipage et 9 membres du GIGN. Par la suite, l'enquête a déterminé que les terroristes appartenant au Groupe Islamique Armé (GIA) avaient comme plan de faire exploser l'avion en vol sur la Tour Eiffel. 54 heures : c'est le temps qu'a duré la prise d'otage.

L'assaut du GIGN à l'aéroport de Marseille. © Chatard/SIPA

Attentat de la rue de Rennes (1986)

17 septembre 1986 - Un engin explose rue de Rennes, à 17 heures, et fait sept morts et 55 blessés. Il a été déposé au numéro 140 de la rue, devant un magasin mitoyen de la grande enseigne Tati, dans une poubelle municipale fixée au sol. L'attentat de la rue de Rennes est le dernier d'une série de 14 (dont trois ont été manqués) perpétrés entre décembre 1985 et septembre 1986. Il a été revendiqué par le "Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient", une faction pro-Iran du Hezbollah libanais, qui réclamait la libération de terroristes incarcérés en France. Le chef du groupe, Fouad Ali Salah, a été arrêté en mars 1987 puis condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assorti d'une peine de sûreté de 18 ans en avril 1992.

Attentat à Paris, rue de Rennes
Les secours après l'attentat rue de Rennes © ALIX PASCALCHICHEPORTICHE/SIPA

Attentat de la rue des Rosiers (1982)

9 août 1982 - Un attentat frappe le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers, en plein cœur du Marais à Paris, connu pour être un quartier juif. A 13h15, une voiture s'arrête devant l'établissement, plein d'une cinquantaine de clients venus profiter de leur pause déjeuner. Plusieurs hommes en descendent (leur nombre varie selon les témoignages) et l'un d'eux lance une grenade à l'intérieur du restaurant. Ils ouvrent ensuite le feu sur les clients avant de prendre la fuite tout en continuant à tirer sur les passants à proximité. 6 personnes ont été tuées et 22 blessées.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais elle a été attribuée par les enquêteurs de l'époque au groupe palestinien d'Abou Nidal, le Fatah-Conseil révolutionnaire, dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). En 2011, le juge antiterroriste annonce avoir identifié les deux auteurs principaux de l'attentat, des Palestiniens réfugiés en Jordanie. En juin 2015, celui qui est présenté comme l'instigateur de l'attaque, Zouhair Mouhamad Hassan Khalid Al-Abassi, est arrêté en Jordanie. Il a été relâché sous caution en attendant que la justice se prononce sur son extradition vers la France. Ce qu'elle a finalement refusé arguant qu'un accord entre la France et la Jordanie n'était pas entré en vigueur au moment de la comparution du suspect.

Attentat à Paris, Goldenberg
Devant le restaurant Goldenberg peu de temps après l'attentat.  © Robert Patrick/SIPA

Attentat de la synagogue de la rue Copernic (1980)

3 octobre 1980 - Un attentat antisémite a fait quatre morts et 46 blessés à Paris. Une bombe, placée dans les sacoches d'une moto garée proche de la synagogue de la rue Copernic à Paris, a explosé peu après 18h30. Le temple était alors plein de fidèles – plus de 300 personnes - puisqu'il s'agissait d'un soir de shabbat et que plusieurs bar mitzvah étaient célébrées. Un groupuscule d'extrême-droite a immédiatement revendiqué l'attentat. Il s'agissait en réalité d'une fausse déclaration. Le principal suspect n'a été identifié que 27 ans plus tard : Hassan Diab, membre du Front pour la Libération de la Palestine (FPLP), aurait été le chef d'un commando de plusieurs personnes. Vivant au Canada, il a été extradé vers la France en novembre 2014 puis incarcéré en région parisienne. Il a toujours clamé son innocence. Hassan Diab est sorti de prison le 14 mai 2016 pour un placement sous bracelet électronique sur décision d'un juge des libertés et de la détention. Ce dernier a considéré qu'il existait un "doute" sur le fait qu'il était en France au moment de l'attentat. Le parquet de Paris a fait appel de cette décision.

Le soir de l'attentat, Raymond Barre, alors Premier ministre, a pris la parole sur TF1 et a prononcé une phrase qui a choqué l'opinion et est restée dans les mémoires tant elle opposait la communauté juive aux "Français innocents" : "Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic".

Attentat à Paris rue Copernic
Les dégâts causés par la bombe rue Copernic.  © De Keerle/SIPA

Attentat du Drugstore Publicis de Saint-Germain (1974)

15 septembre 1974 - En plein dimanche après-midi, deux grenades explosent au Drugstore Publicis du boulevard Saint-Germain à Paris. Deux hommes âgés de 27 et 34 ans sont tués, 34 personnes sont blessées. L'attentat est imputé à Carlos, Ilich Ramirez Sanchez de son vrai nom, alors membre du Front populaire de Libération de la Palestine. Il a revendiqué l'attaque cinq ans plus tard dans une interview donnée au journal Al Watann (il niera ensuite ses propos). L'enquête a dans un premier temps été conclue par un non-lieu avant d'être rouverte plus tard, après l'arrestation de Carlos, capturé au Soudan en 1994. Le terroriste vénézuélien a déjà été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans d'autres affaires : le meurtre de trois hommes à Paris en 1975 et quatre autres attentats à l'explosif entre 1982 et 1983.

Attentat à Paris, drugstore
Le drugstore Publicis après l'explosion.  © OUSSOV_SIPA

Musée du Louvre / Attentat de Nice