Attentat à Nice : un an après le drame, quel programme pour les cérémonies d'hommage ?

Il y a un an, jour pour jour, 86 personnes perdaient la vie sur la promenade des Anglais. Ce vendredi, des cérémonies d'hommage sont organisées dans la ville, encore meurtrie.

[Mis à jour le 14 juillet 2017 à 16h23] Ce vendredi 14 juillet 2017, un an après le drame, des cérémonies sont organisées à Nice à l'occasion de ce triste anniversaire. Lors du traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, la fanfare a rendu un premier hommage en musique aux victimes de l'attentat, qui a coûté la vie à 86 personnes et fait des centaines de blessés, en entonnant "Nissa la bella", l'hymne de la ville. Vendredi soir, c'est en présence du président de la République, Emmanuel Macron, mais également de ces deux prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, que se dérouleront les cérémonies d'hommage de la ville de Nice à ses victimes, mais aussi à ses héros. Un défilé aérien et terrestre se tiendra place Masséna. Un hommage municipal sera par la suite rendu. Quelques 2 000 invités assisteront depuis les tribunes aux différentes cérémonies. Pour ceux qui désireraient y assister, deux promenoirs, avenue Félix-Faure et avenue Verdun, seront également mis à disposition. Les 5 000 premiers spectateurs pourront s'y installer. Ceux qui ne parviendront pas à arriver avant ce quota atteint pourront tout de même suivre les cérémonies retransmises "sur deux écrans géants implantés promenade du Paillon", indique Nice-Matin. 

Ce matin, les victimes et leurs familles étaient invitées à participer à une cérémonie interreligieuse à la Villa Masséna. Depuis le début de la journée, sur la promenade des Anglais, ceux qui le souhaitent peuvent déposer un carton bleu, blanc ou rouge parterre, sur lequel sont inscrits les 86 noms des victimes de l'attentat du 14-Juillet. Assemblés d'une certaine manière, ces cartons dessinent une phrase vue du ciel. Dans l'après-midi, si toutes les lettres n'étaient pas encore complètes, on devinait d'ores et déjà qu'il s'agissait de la devise française : liberté, égalité, fraternité. Enfin, pour assurer la sécurité des spectateurs, le centre de la ville est actuellement en état de siège depuis ce matin. Véhicules anti-intrusion, panneaux brise-vue et forces de l'ordre ont été déployés en nombre.

Le numéro de Paris Match, autorisé à rester en kiosque

Paris Match s'est autorisé à diffuser dans son numéro daté de cette semaine des images extraites de la vidéosurveillance de la police niçoise, capturées le soir du 14 juillet 2016, pour les insérer dans une série de reportages. Plusieurs associations de victimes se sont indignées de la publication des ces photos "publiées sans précaution aucune, portant atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches", dénonçant par l'intermédiaire de leur avocat une volonté de "créer une atmosphère morbide et voyeuriste", "pour faire du sensationnel".

Le maire de Nice, Christian Estrosi a jugé que ces images étaient "insoutenables et abjectes". Il a par ailleurs fait savoir qu'il avait écrit à la garde des Sceaux "afin qu'elle se saisisse de cette nouvelle parution qui ne manquera pas de raviver la douleur des familles". Le parquet de Paris a demandé tard mercredi soir l'interdiction de la vente du magazine et de sa diffusion dans sa version numérique. De leur côté, les juges de la première chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris ont rendu leur verdict en début de soirée jeudi. Finalement, le nouveau numéro de Paris Match reste en kiosque. Il a été estimé que les images publiées par l'hebdomadaire ne troublent pas l'ordre public, mais également que "le retrait des kiosques du numéro litigieux ne saurait constituer une mesure efficiente, dès lors que le numéro litigieux est déjà en vente." En revanche, Paris Match a interdiction de publier à nouveau deux photos de l'attentat, que ce soit sur papier ou sur internet. Ces deux clichés porteraient, selon la justice, "atteinte à la dignité humaine". On y aperçoit en effet des silhouettes de victimes de l'attentat de Nice, survenu il y a tout juste un an.

Par ailleurs, s'il avait été annoncé que les kiosquiers niçois avaient retiré le nouveau numéro de Paris Match de la vente, l'hebdomadaire affirme, après avoir interrogé notamment une marchande de journaux, qu'il n'en est rien. "Une personne s'est octroyée le droit de parler au nom de tout le monde, mais cela ne correspond pas à la réalité", a estimé cette dernière, faisant référence au propriétaire de cinq magasins de Nice et Cagnes-sur-Mer qui affirmait avoir retiré de la vente l'hebdomadaire suite à la polémique, et qu'une trentaine de kiosquiers avaient suivi son appel, lancé jeudi matin. Une enquête a également été ouverte pour "violation du secret de l'instruction et recel", pour la mise à disposition du public d'images de vidéosurveillance.

Que montrent les photos de Paris Match ?

Le dossier de Paris Match est composé de deux parties. La première est consacrée à la soirée du drame, intitulée "Soudain le camion kamikaze". De nombreuses photos d'illustration montrent le camion engagé sur la promenade des Anglais. Deux d'entre-elles montrent l'engin en train de percuter plusieurs personnes. Des victimes apparaissent sur les images, sur la calandre ou sous les roues du camion, mais celles-ci sont trop floues pour permettre leur identification. Paris Match publie par ailleurs l'image de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le terroriste, mort dans la cabine, après qu'il a reçu 12 balles tirées par la police. Sur un autre cliché, on découvre les armes retrouvées dans le camion. Certaines de ses images auraient été placées sous scellés par les enquêteurs.

La seconde partie du dossier est consacrée aux témoignages des victimes, avec des photos de ceux qui ont accepté de répondre aux questions de Paris Match. Sur une image, l'une des victimes apparaît dans un fauteuil roulant, le buste et les jambes recouverts d'appareils de maintien.

Dans une interview donnée à Francetvinfo, le directeur de la rédaction de l'hebdomadaire revient sur la publication des images controversées. "On a pris le soin de prendre des vues de loin, des plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité. Le 11 septembre 2001 à New York, deux avions s'abattaient sur les tours du World Trade Center. Le 14 juillet 2016 à Nice, un camion a foncé dans la foule. On ne peut pas supprimer les avions et on ne peut pas supprimer le camion parce que c'est l'arme qui a été utilisée par le terroriste", dit-il. Lorsqu'on lui demande ce que ces images apportent à l'enquête journalistique, il répond : "Elles apportent la vérité. Elles apportent l'absurdité du terrorisme. Un camion qui fonce dans une foule de Nice, c'est absurde. Notre reportage pose en particulier la question du renseignement".

Paris Match évoque un "devoir de mémoire"

Olivier Royant a publié un court texte pour justifier la publication des photos controversées. "Notre rédaction a voulu rendre hommage aux victimes en allant à leur rencontre un an après, dans un devoir de mémoire, pour que la société n'oublie pas". Il considère que les images "largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience", sont "des vues de loin, des plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité. Elles sont publiées dans un souci de compréhension des événements", dit-il. olivier Royant ajoute : "Paris Match entend défendre bec et ongles le droit des citoyens, au premier chef le droit des victimes, de savoir ce qui s'est passé exactement. Il exercera avec responsabilité mais avec fermeté sa liberté d'informer qui est un fondement de la démocratie".

Paris Match a choqué des vendeurs de journaux

L'indignation des associations de victimes a semble-t-il été partagée par certains kiosquiers, qui, avant même l'interdiction de diffusion, refusaient de vendre Paris Match aux clients. France Bleu Azur rapporte la colère d'un marchand de journaux installé sur la promenade des Anglais, qui avait retiré l'hebdomadaire de ses rayons et mis à la place ce mot : "Chers clients, la tristesse d'une ville et des victimes ne se monnayent pas. Pas de Paris Match en vente ici !". Nice Matin révèle également d'autres initiatives prises en ce sens.

La fille d'une des victimes de l'attentat, Hanane Charrihi, interrogée au micro de BFMTV ce jeudi 13 juillet, regrette aussi que ces photos aient été publiées. "Je ne les aies pas vues. Mais ça me choque. Il y a déjà vu assez de choses choquantes lorsque les attentats ont eu lieu, des vidéos, des photos sur les réseaux sociaux. C'est trop", a-t-elle dit.

​​​​Les images de Nice après l'attentat du 14 juillet

Mohamed Lahouaiej Bouhlel : qui est le terroriste de Nice ?

L'auteur de l'attentat, décédé, est Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Niçois de 31 ans, de nationalité tunisienne, père de famille en instance de divorce. Des armes avaient été retrouvées par la police dans le véhicule, dont la majorité s'est avérée factice. Le terroriste a tout de même utilisé une vraie arme automatique pour tirer depuis le fourgon, notamment lorsque les policiers et un passant héroïque ont tenté de l'arrêter.

Le terroriste était chauffeur livreur, marié et père de famille et avait été condamné en 2016 à 6 mois de prison avec sursis pour violence avec arme. Il était en revanche inconnu des services de renseignement et n'avait jamais fait l'objet d'une fiche pour radicalisation. L'AFP avait par ailleurs diffusé des témoignages de voisins qui évoquaient un homme "silencieux" et "solitaire". Selon son père, qui s'est confié à RTL, l'auteur de la tuerie de Nice Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait traversé des "périodes difficiles" et souffrait de troubles psychiatriques qui l'avaient forcé à consulter un psychiatre et à suivre un traitement. Le procureur avait indiqué que le terroriste "s'était rendu à plusieurs reprises sur la Promenade des Anglais" ce que l'on peut interpréter comme une volonté d'effectuer des repérages avant de commettre son forfait.

Bilan de l'attentat de Nice

Selon le ministère de l'Intérieur, qui a adressé un nouveau bilan à la presse le lundi 18 juillet, 86 personnes sont décédées, 434 personnes ont été blessées. Une dizaine d'enfants font partie des victimes. On compte parmi les victimes des Allemands, deux élèves et une professeure de Berlin. Ils étaient venus fêter le baccalauréat lors d'un voyage scolaire. On compte aussi deux Américains selon le porte-parole du département d'Etat, John Kirby. Une étudiante russe du nom de Viktoria Savchenko est aussi décédée selon Reuters. Une Arménienne et un Ukrainien ont également été tués lors de l'attaque, selon un communiqué des ministres respectifs des Affaires étrangères.

​​​​​​Attentat de Nice : ce qu'il s'est passé 

Un camion a foncé sur la foule ce jeudi 14 juillet 2016, en plein feu d'artifice, sur la Promenade des Anglais, à Nice. Un homme, seul, à bord d'un camion de location blanc, a fauché des centaines de personnes pendant une course folle de 45 secondes, avant d'être abattu par la police. Le directeur adjoint de la police niçoise a été tué, comme plusieurs touristes et étrangers allemands, américains, marocains, russes, tunisiens... Lors du raid meurtrier, un passant qualifié d'"héroïque" a alors sauté sur la cabine pour tenter de neutraliser le chauffeur à mains nues. "C'est alors que le tueur à fait usage de son arme, en tirant en direction de l'homme, qui est descendu de la cabine", écrit le Figaro. Un jeune Niçois a également tenté de stopper l'engin à l'aide de son scooter, qu'il a jeté sous les roues du poids lourd. L'homme a finalement été tué par "deux policiers de la sécurité publique qui étaient, eux aussi, visés". Le camion compte au moins une cinquantaine d'impacts de balles.

Daesh revendique l'attentat de Nice

Une revendication de Daesh a été émise au sujet de l'attentat de Nice. L'attentat a été revendiqué près de 30 heures après l'attaque, par l'Etat islamique. Le groupe terroriste a publié sa revendication via son organe de propagande Amaq. Dans son communiqué, l'EI présente le terroriste de Nice comme "un soldat". Pour autant, l'enquête n'a pas permis d'établir la véritable nature des liens entretenus entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et le groupe EI. L'homme est présenté comme un déséquilibré s'étant radicalisé très rapidement avant son passage à l'acte. Les enquêteurs ont par ailleurs trouvé dans son ordinateur des "photos en lien avec l'islam radical, en particulier des combattants arborant le drapeau du groupe terroriste Daech" ainsi que "des couvertures du journal Charlie Hebdo, des photos de Ben Laden".

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Nice / 14 juillet