Prix Nobel : le Nobel de littérature 2018 reporté d'un an sur fond de scandale sexuel

Prix Nobel : le Nobel de littérature 2018 reporté d'un an sur fond de scandale sexuel NOBEL 2018 - Attendu chaque année avec impatience, le Nobel de littérature ne sera pas décerné en 2018. Des explications et toutes les autres infos sur le Prix Nobel.

[Mis à jour le 4 mai 2018 à 16h21] Dans un communiqué ce vendredi matin, l'Académie suédoise a annoncé "Le prix Nobel 2018 de littérature sera désigné et annoncé en même temps que le lauréat 2019". Une acrobatie qui n'est pas due au hasard : l'Académie créée en 1786 et inspirée de l'Académie française a durement souffert des retombées du mouvement #MeToo fin 2017, sur fond de scandale sexuel. Ces dernières semaines, six sages sur 18 ont déclaré qu'ils abandonnaient leur fauteuil, dont la secrétaire perpétuelle Sara Danius.

Le communiqué dit aussi : "Les membres actifs de l'Académie suédoise sont pleinement conscients du fait que la crise de confiance actuelle les oblige à un travail de réforme long et énergique (...). Nous jugeons indispensable de nous donner du temps pour restaurer la confiance avant la désignation du prochain lauréat". Si l'attribution du plus prestigieux prix littéraire au monde a déjà été reportée cinq fois depuis sa naissance en 1901, cela fait 70 ans, depuis 1949, qu'il n'en avait pas été ainsi. Cette année-là, l'Académie suédoise avait argué qu' "aucune des candidatures" ne répondait "aux critères énoncés dans le testament d'Alfred Nobel". Les statuts de l'institution permettent en tout cas de différer le prix sur une année. 

Chaque année, le Prix Nobel récompense 6 disciplines au cours de la première quinzaine d'octobre, de la littérature à la physique en passant par la médecine, la chimie ou encore l'économie. La paix fait figure de catégorie toute spéciale. Qui est le père du Prix Nobel ? Comment l'histoire a-t-elle commencé ? Combien de disciplines comprenait le Prix Nobel à sa création ? Pourquoi les prix sont-ils décernés à la fois par la Suède et la Norvège ? Quels sont les récipiendaires du Prix les plus emblématiques à travers l'histoire ? Pour tout savoir sur le Prix Nobel, consultez notre dossier spécial.

Date du Prix Nobel

Le ou les nom(s) des lauréats des prix Nobel sont connus chaque année dans la première quinzaine d'octobre, annoncés à Stockholm et Oslo ainsi que sur le site internet de la fondation, nobelprize.org. La "date du Prix Nobel" correspond à la communication des identités des lauréats pour chaque discipline et se fait en réalité sur plusieurs jours selon qu'il s'agisse de la physique, de la médecine, de l'économie, de la chimie, de la littérature ou de la paix (en temps voulu, vous pourrez cliquer sur les différents liens pour accéder aux dates et horaires de chaque Prix nobel). Les heures sont chaque année données par le site officiel nobelprize.org en heure locale suédoise, identique à l'heure locale française. Quant à la remise des prix Nobels, elle a lieu mi-décembre.

Nobel de paix

Elie Wiesel, Nobel de la paix et survivant de la Shoah décédé en 2016. © LICHTFELD EREZ / SIPA

Unique Nobel décerné à Oslo, en Norvège, la dernière prestigieuse récompense du prix Nobel de la paix a été attribuée à la campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires ou "ICAN", formée d'ONG issues de plus de 100 pays, qui milite pour le désarmement nucléaire et l'interdiction des armes de ce type. Pas moins de 318 candidats étaient en lice pour prendre la suite du président colombien Juan Manuel Santos, désigné l'an dernier, mais l' 'International campaign to abolish nuclear weapons' l'a emporté. Le jury Nobel a été particulièrement sensible "à une nouvelle direction et une nouvelle vigueur aux efforts pour atteindre un monde sans armes nucléaires" impulsée par la campagne internationale contre la prolifération nucléaire au cours de l'année écoulée. Les acteurs de la lutte nucléaire faisaient partie des grands favoris. Pour autant, cela n'était pas gagné pour la campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires : si l'ICAN a poussé 122 pays à signer un traité d'interdiction de l'arme atomique, les 9 puissances nucléaires n'étaient pas au rendez-vous de ces signatures. La portée symbolique du traité ainsi que le sens du combat de ces militants semble l'avoir emporté, selon le Comité Nobel.

Nobel de médecine

Premier Nobel de la saison précédente à être décerné, le prix Nobel de médecine a été remis à un trio de chercheurs américains, Michael W. Young, Jeffrey C. Hall et Michael Rosbash pour "leurs découvertes des mécanismes moléculaires qui règlent le rythme circadien". Ils ont notamment réussi à expliquer comment la lumière du jour influence la synchronisation des différentes horloges biologiques, dont la circadienne, réglée sur 24 heures (l'équivalent d'une journée sur notre planète). Le rythme circadien rend les êtres vivants adaptables aux temps distincts du jour et de la nuit. Cette horloge interne est restée longtemps mystérieuse. Les travaux des scientifiques américains récipiendaires du prix cette année se révèlent particulièrement importantes à l'heure où de nombreux travailleurs risquent un dérèglement de leur horloge interne (et les désordres métaboliques qui peuvent aller avec) pour cause d'horaires peu naturels. Autre enjeu de leurs recherches à venir : être capable de mesurer de manière plus fine l'impact de la lumière bleue transmise par nos écrans. 

Nobel de littérature

D'origine japonaise et âgé de 62 ans, l'écrivain britannique d'origine japonaise Kazuo Ishiguro a pris la suite du controversé Bob Dylan dans le palmarès des prix Nobel de littérature, lors de la dernière édition en date. Premier musicien récompensé de l'histoire du prix, ce dernier avait, l'an dernier, créé la surprise (et la polémique). Mais pourquoi Kazuo Ishiguro ? Parce que, selon les termes de la secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise Sara Danius, "par des romans d'une puissante force émotionnelle, il a révélé l'abîme sous notre illusoire sentiment de confort dans le monde". Le roman le plus connu de Kazuo Ishiguro est "Les vestiges du jour", publié en 1989 et qui a été adapté au cinéma. Côté pronostics, étaient pressentis l'auteur kényan Ngugi Wa Thiong'o, grand défenseur des cultures et des langues africaine et notamment à l'origine de l'ouvrage "Décoloniser l'esprit" ; Margaret Atwood (Canada) ; Don DeLillo (Etats-Unis) ou encore Haruki Murakami (Japon).

Nobel de physique

Albert Einstein avait prédit l'existence des ondes gravitationnelles en 1916, dans sa théorie de la relativité générale. Depuis, on les traquait sans réussir à les observer. Cette prouesse, trois hommes l'ont réalisé, pionniers de la détection des ondes gravitationnelles : Rainer Weiss, Barry C. Barish et Kip S. Thorne ont reçu le dernier prix Nobel de physique, pour l'observation des ondes gravitationnelles. Les trois scientifiques ont plus précisément été récompensés pour "leurs contributions décisives au fonctionnement du détecteur gravitationnel LIGO et à l'observation des ondes gravitationnelles". "Une nouvelle fenêtre a été ouverte dans notre univers" a commenté l'une des membres du Comité Nobel. On savait indirectement que les ondes gravitationnelles existaient, mais c'est donc la toute première fois qu'on les observe directement. En physique, une onde gravitationnelle correspond à une déformation de l'espace-temps. Elle se propage à une grande distance de son point de naissance. La détection inédite d'ondes gravitationnelles sur Terre a été permise par l'expérience LIGO, initiée par les trois pionniers américains dans les années 70 : deux détecteurs ont dû être construits à 3 000 kilomètres de distance l'un de l'autre. L'onde gravitationnelle qu'a réussi à observer l'instrument américain LIGO a été formée par la fusion de deux trous noirs.

Nobel de chimie

Jacques Dubochet (Suisse), Joachim Frank (Etats-Unis) et Richard Henderson (Royaume-Uni) sont les lauréats du dernier prix Nobel de chimie en date pour leurs travaux sur la cryo-microscopie électronique. Leurs découvertes permettent de voir des protéines à l'échelle de l'atome, grâce au développement de "la cryo-microscopie électronique afin de déterminer en haute résolution des biomolécules en solution". La cryo-microscopie électronique correspond à une technique employant le froid dans la méthode de fixation de ce qu'on observe. L'équipe du professeur Jacques Dubochet a mis au point le procédé en 1978 à Heidelberg en Allemagne. Cette technique a notamment l'avantage de mieux préserver l'échantillon observé lors de sa préparation. En faisant d'eux les récipiendaires du prix de chimie, le jury Nobel a voulu récompenser une découverte ayant révolutionné la biochimie.

Marie Curie a reçu deux prix Nobel dans sa vie ! © LASKI / SIPA

Nobel d'économie
Le dernier "prix Nobel d'économie" ou prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel est revenu à l'Américain Richard H.Thaler, l'un des pères fondateurs de l'économie comportementale, justement "pour sa contribution à l'économie comportementale", ce champs étudiant le comportement humain dans la sphère de l'économie. Les travaux de Richard Thaler ont notamment permis de créer un lien entre "les analyses psychologiques et économiques de la prise de décision". Comment ? En analysant de quelle manière "la rationalité limitée, les préférences sociales et le manque de contrôle de soi affectent les décisions individuelles et l'évolution du marché". En 2014, il avait déjà co-décroché un Global Economy prize. Ester Duflo, économiste de 44 ans ex-conseillère de Barack Obama sur les questions de développement, et au domaine d'étude original récompensé seulement deux fois par un Nobel en 48 ans, "l'économie de la pauvreté et du développement", faisait partie des favoris.

Histoire du Prix Nobel

Testament de l'inventeur suédois Alfred Nobel, père du prix éponyme. © BERTIL STILLING / AP / SIPA

Née en 1896, cette prestigieuse distinction se divisait dès le début en cinq catégories - la paix, la littérature, la physique, la chimie et la médecine - auxquelles est venue s'ajouter plus tard une sixième (l'économie). Le père du Prix Nobel a voulu laisser l'image d'un homme bon après sa mort. Dans ses dernières volontés, via son testament du 27 novembre 1895, qui tenait sur une page (ci-contre), le chimiste suédois Alfred Nobel, inventeur de la dynamite et vu par certains comme "un marchand de mort", a donc fait un voeu de taille : le produit de la succession sera distribué à ceux qui, au cours de l'année écoulée, auront rendu "les plus grands services à l'humanité".
A sa mort en 1896, Alfred Nobel est l'un des hommes les plus riches du monde. 32 millions de couronnes suédoises (plus de 3 millions d'euros) sont ainsi mis au service d'une nouvelle fondation. Cette dernière est chargée de verser chaque année les revenus accumulés via le capital du millionnaire aux détenteurs des cinq prix Nobel, créés par la même occasion. Réservé à certains des meilleurs scientifiques, écrivains et artisans de paix du monde entier, le Prix Nobel a depuis acquis une renommée internationale. Il est même aujourd'hui considéré comme le Prix le plus prestigieux de tous.
Les cinq tout premiers prix de la fondation Nobel ont été décernés le 10 décembre 1901, par le roi de Suède ainsi que le Parlement de Norvège, quand les deux pays partageaient encore la même couronne (depuis 1815). A leur séparation, en 1905, une répartition des prix s'est faite : un prix Nobel de la paix dorénavant remis par la Norvège et des prix Nobel de littérature, physique, chimie et médecine remis par la Suède. Quant au prix Nobel d'économie, il a été créé en 1968 par la banque de Suède. S'il ne s'agit pas à proprement parler d'un prix "Nobel" car Alfred Nobel ne l'a pas couché dans son testament, il est couramment qualifié de "Nobel d'Economie".
Dans la foulée de cette intégration, la Fondation Nobel a décidé de geler la liste des prix pour qu'aucune nouvelle discipline ne soit créée. Il n'y aura donc a priori jamais de Nobel de mathématiques. A ce sujet, la légende veut que le père du Nobel ait voulu se venger d'un rival en amour, un mathématicien du nom de Gosta Mittag-Leffler qui aurait séduit sa maîtresse, en ne créant pas de Nobel de maths. Mais selon deux auteurs suédois publiés dans la revue Mathematical Intelligencer, Lars Garding et Lars Hömander, cette version est contestable. D'après eux, deux raisons coexistent pour expliquer l'absence de cette discipline clé dans le panel du Nobel : A l'époque de la création du Prix Nobel, il existait déjà un prix scandinave de mathématiques ; et Alfred Nobel "n'aimait pas trop" cette discipline, qui heurtait sa nature pratique.
Entre 1901 et 2015, pas moins de 900 prix Nobel ont été attribués, dont 49 à des femmes. La France fait partie des nations les plus récompensées. Tous pays compris, le plus vieux lauréat de l'histoire du prix, Leonid Hurwicz, primé pour son travail en Economie, avait 90 ans le jour de l'annonce. Quant au plus jeune, il, ou plutôt elle, avait 17 ans ! Il s'agit de Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour les droits des femmes récompensée en 2014 du prix Nobel de la paix.

Gain du Prix Nobel

Si la connaissance n'a pas de prix, il existe quand même des distinctions comme le Prix Nobel. Et ce dernier sélectionne des lauréats très variés. Le comité du Nobel récompense chaque automne les auteurs de grandes avancées dans tous les domaines décrits dans cette page spéciale. Mais que reçoivent exactement les lauréats d'un prix Nobel ? Chacun d'entre eux bénéficie d'un diplôme et d'une médaille, mais aussi d'un chèque de 8 millions de couronnes (822 000 euros). Ce montant n'a pas été modifié depuis 2012 (et son rabotage) mais il était grimpé jusqu'à 10 millions de couronnes en 2001 (plus d'un million d'euros), jusque 2011. Au-delà du gain matériel, recevoir un Nobel permet d'acquérir une renommée internationale. Les vainqueurs disposent de trois façons d'utiliser leur prime :

  • 1.Engager des nouvelles recherches
  • 2.Financer une ou des oeuvres de charité
  • 3.Améliorer leur confort de vie (et/ou celui de leurs proches)

Refus du Prix Nobel

Le 22 octobre 1964, l'écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre refuse le prix Nobel de littérature. Il en expliquera les raisons dans une lettre adressée aux journaux de Stockholm. Fidèle à ses valeurs, il continue d'abord de décliner toute distinction officielle (il l'a notamment déjà fait pour la Légion d'honneur), car pour lui "l'écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution, même si cela a lieu sous les formes les plus honorables, comme c'est le cas". Ensuite, il s'appuie sur le contexte idéologique et précise que "le seul combat actuellement possible sur le front de la culture est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celle de l'Est et celle de l'Ouest [en pleine guerre froide, ndlr]" et qu'elle doit "avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions." Si Sartre est le seul écrivain à ce jour à avoir refusé un Nobel, cela reste exceptionnel. Le seul autre lauréat à avoir refusé de son propre chef est le Duc Tho, un responsable politique vietnamien récipiendaire du Nobel de la paix en 1973. Il décline alors  la distinction reçue conjointement avec le diplomate américain Henry Kissinger, pour récompenser des efforts ayant abouti à un accord de paix au Vietnam. Pour le Duc Tho, le travail n'est en effet pas achevé, la paix pas réellement établie. Quant à Mère Thérésa, elle a accepté la distinction en 1979 mais a souhaité l'annulation du banquet de cérémonie. Préférant user des 7 000 dollars qu'il aurait coûté (environ 6 000 euros) pour la préparation d'un dîner à 2 000 sans abris, à Noël. Enfin, le romancier, poète et dramaturge irlandais Samuel Beckett a dit "oui" au Prix mais n'a pas voulu se rendre à Stockholm.

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