Levothyrox : comment se procurer l'ancienne formule ?

Levothyrox : comment se procurer l'ancienne formule ? LEVOTHYROX - Si la ministre de la Santé a promis que l'ancien Levothyrox allait être de nouveau disponible, les stocks de l'ancienne formule sont très limités...

[Mis à jour le 18 septembre 2017 à 11h44] La ministre a promis le retour à l'ancienne formule du Levothyrox pour très bientôt, d'ici la fin du mois de septembre, prenant la mesure de l'inquiétude des malades de la thyroïde se plaignant de la nouvelle formule. Mais attention, il s'agit d'un retour temporaire du médicament du laboratoire Merck - qui reste convaincu que son nouveau médicament est plus efficient -, et tous les patients n'y auront pas accès. Et ce pour une raison très simple : le retour au médicament original ne sera possible que "sur prescription médicale", a fait savoir Thierry Hulot, responsable des activités Biopharma de Merck en France.

Pour le laboratoire qui fabrique le Levothyrox, la requête des pouvoirs publics représente un vrai défi logistique. Selon Les Echos, le laboratoire Meck devrait prévoir une mise sur le marché de son ancienne formule pour moins de 10 000 patients - le nombre de signalements d'effets secondaires. Or, en France, près de 3 millions de personnes souffrent de maladie de la thyroïde. Merck n'a pas prévu de relancer la fabrication du Levothyrox ancienne formule, mais compte s'appuyer sur les stocks des pays voisins, quitte à introduire dans l'Hexagone des variétés de dosage moindres et des boîtes avec des notices rédigées en langue étrangère.

Vendredi dernier, sur France Inter, la ministre Agnès Buzyn a précisé que ce retour à l'ancienne formule allait également s'accompagner de la mise sur le marché d'autres médicaments similaires. "Dans un mois, nous aurons des alternatives, c'est-à-dire d'autres marques, d'autres médicaments, qui permettront progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux", a-t-elle indiqué.

Une plainte contre X va être déposée très prochainement pour "non-assistance à personne en danger", "tromperie sur les qualités substantielles du produit", "mise en danger de la vie d'autrui" et "atteinte à l'intégrité de la personne" a fait savoir Marie-Odile Bertella-Geffroy, avocate de plusieurs malades. Au total, c'est une cinquantaine de personnes qui déposent cette plainte, en lien avec l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Tous s'insurgent contre la nouvelle formule du Levothyrox.

Levothyrox : des témoignages alarmants

Depuis des semaines, les témoignages de malades de la thyroïde qui utilisent la nouvelle formule du Levothyrox se succèdent et se ressemblent : fatigue intense, douleurs musculaires, malaises, insomnies, désordres intestinaux... L'inquiétude des patients est elle que certains d'entre eux ont décidé d'arrêter leur traitement, pourtant indispensable. Plus de 9000 ont signalé des effets secondaires terribles depuis la commercialisation de la nouvelle formule du médicament. Si les médecins se veulent rassurants sur son utilisation, les patients faisant un usage régulier ou quotidien du levothyrox sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter. Une pétition a même été lancée et signée par plus de 200 000 personnes. Mercredi 5 septembre, c'est au tour de la comédienne Anny Duperey de monter au créneau. L'actrice française, qui utilise la nouvelle formule du lévothyrox, a adressé une lettre à la ministre de la Santé publiée par Le Parisien, pour dénoncer les effets secondaires du médicament. "Rendez-nous l'ancienne formule du Levothyrox ! Ou tout du moins, laissez-nous le choix entre l'ancienne ou la nouvelle formule", a-t-elle demandée. La réponse du fabricant ne s'est pas fait attendre.  "Nous comprenons la détresse des patients, mais il n'y a pas de solution miracle. Il faut voir avec son médecin s'il y a un besoin de nouveau dosage, et si ce n'est pas le cas, il faut attendre que le corps s'habitue", a répondu la porte-parole du laboratoire Serono. En tout, 3 millions de patients sont concernés par la prise du levothyrox en France.

Contactés par les médias, les patients souffrant d'effets secondaires rendent compte des troubles qu'ils estiment être causés par le médicament. Ainsi, Laëticia, 36 ans, interrogée par Le Monde, constate une "fatigue soudaine et brutale rendant le moindre effort insurmontable", Laurence 55 ans, des "coups de pompe intenses et des insomnies ". Hélène, 59 ans, elle aussi interrogée par le journal du soir évoque une "baisse de la libido". Elisa, 58 ans, décrit quant à elle de terribles douleurs musculaires : "Quand je me lève, je suis ankylosée, comme si je venais de faire les 100 km de Millau. J'éprouve une difficulté à monter et descendre les escaliers. Même mes os me semblent douloureux. Une simple sortie, de quelques pas, devient l'ascension du mont Blanc", dit-elle.

"Perte de cheveux, langue enflée..."

Marie, 43 ans, opérée de la thyroïde en 2012, explique à LObs qu'après le changement de composition du levothyrox, elle s'est sentie très fatiguée. Perte de cheveux, migraines, langue enflée, perte de poids, problèmes intestinaux... Elle avait d'abord du mal à penser que tout cela puisse venir du médicament, avant de découvrir sur Internet que d'autres malades de la thyroïde souffraient de mêmes maux. "Je suis indignée. Je ne comprends pas. Nous sommes les premiers concernés, mais personne ne nous a prévenus qu'il y aurait une nouvelle version du médicament et qu'elle allait nous mettre dans cet état", dit-elle.

Autre témoignage, celui de Jean-Claude, 59 ans, dans les colonnes du Parisien. Ce malade de 59 ans explique avoir eu une terrible sensation de raideur dans les jambes, "comme si elles étaient tétanisées", avant que son état empire : "Je me levais le matin avec des crampes au cou. Elles se sont accentuées au point de devenir invalidantes, raconte le quinquagénaire. Ce qui m'a le plus fait peur, c'est quand ma vue s'est troublée et que j'ai eu des pertes de mémoire. J'oubliais des mots, des phrases", dit-il.

"Douleurs aux bras, vertiges..."

"J'ai pris du poids et mes chevilles étaient gonflées", constate de son côté Armelle. Interrogée par 20 Minutes, cette patiente qui prend du Levothyrox depuis 26 ans affirme ne pas avoir été mise au courant que la formule de son médicament changeait. "Je ne suis pas quelqu'un qui s'écoute, mais ces symptômes-là, je ne les avais jamais vus", déclare-t-elle. Armelle a commencé à prendre la nouvelle formule du Levothyrox en mars dernier. Outre sa prise de poids et ses chevilles gonflées, cette habitante du Gers a constaté d'autres troubles. "En juin sont venues les migraines et les nausées. J'ai commencé à perdre mes cheveux et avoir les yeux très secs le matin. En juillet, j'avais des douleurs aux bras auxquelles s'ajoutaient de légers vertiges et surtout une grosse fatigue", détaille-t-elle.

Inquiète, elle se renseigne et découvre avec son mari qu'elle n'est pas la seule à rencontrer ces problèmes. Elle décide alors de fouiller dans sa pharmacie et retrouve une vieille boîte de comprimés. Le constat est sans appel : "Au bout d'une semaine, miracle, sans rien faire de plus, tous mes symptômes avaient disparu. J'ai perdu 3 kilos, j'ai pu remettre mes ballerines, les douleurs et la fatigue se sont envolées. Mais je n'avais de ces comprimés que pour trois semaines. Alors, depuis samedi, je suis repassée à la nouvelle formule et tout est revenu."

Changement de la composition du Levothyrox

La formule du Levothyrox a changé en mars 2017 à la demande de l'ANSM, l'Agence nationale de la sécurité du médicament. Jean-Michel Race, directeur des médicaments en endocrinologie, explique que "l'objectif était de garantir une teneur en lévothyroxine plus constante dans le médicament". Sylvie Chabac mentionne une autre modification dans la composition : "on a supprimé le lactose. On l'a remplacé par de l'acide citrique, un excipient qu'on retrouve partout dans l'alimentation, et par du mannitol, à toutes petites doses." Cette nouvelle formule était donc censée être plus stable et mieux tolérée.

Suite aux témoignages, l'ANSM conseille aux patients de faire une prise de sang "quatre à huit semaines après le début de la prise de la nouvelle formule et de procéder à un signalement en cas d'effets indésirables", mais assure que "les modifications du Levothyrox ne changent ni l'efficacité ni le profil de tolérance du médicament". Le ministère de la Santé indique quant à lui que : "les études de pharmacovigilance […] ne permettent pas, en l'état actuel des choses, de remettre en cause la nouvelle formule du Levothyrox, à bien des égards meilleure que l'ancienne". Comme le rapporte Marine Brossard sur le plateau du 19/20, selon les autorités, "le vrai danger serait d'arrêter son traitement". Et la journaliste de France 3 d'indiquer qu'en cas d'effets secondaires "vous pouvez aussi vous rendre sur le site du ministère de la Santé pour signaler les effets secondaires. Les témoignages recueillis vont permettre de mener une enquête de pharmacovigilance."

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