Levothyrox : nouvelle, ancienne formule, alternatives... Le point

Levothyrox : nouvelle, ancienne formule, alternatives... Le point LEVOTHYROX - Ce lundi 16 octobre 2017, une nouvelle alternative au Levothyrox de Merck a été commercialisée par le laboratoire Sanofi. Désormais, les patients disposent de tout un panel de solutions médicales.

[Mis à jour le 16 octobre 2017 à 12h04] Près d'un mois et demi après les promesses de la ministre de la santé, au sujet de la mise à disposition d'alternatives à la nouvelle formule du Levothyrox de Merck, les patients ont désormais la possibilité de choisir entre 4 médicaments. Le laboratoire allemand Sanofi vient de mettre en vente, sur le marché français, le L-Thyroxin Henning, qui se présente sous forme de comprimé sécable, tout comme l'ancienne formule du Levothyrox.

Le laboratoire a publié un communiqué pour bien préciser que le nouveau L-Thyroxin Henning "n'est pas un médicament générique de Levothyrox",  mais bien "un nouveau médicament en France, qui sera délivré sur présentation d'une ordonnance précisant L-Thyroxin Henning et son dosage". S'il est disponible en pharmacie dès ce lundi 16 octobre, il faudra attendre le lundi 23 octobre pour se le procurer dans les Dom-Tom.

Levothyrox : ancienne formule et "alternatives"

Désormais donc, les patients malades de la thyroïde ont le choix entre la nouvelle formule du Levothyrox, le L-Thyroxine Serb, le L-Thyroxin Henning et l'Euthyrox (ancienne formule du Levothyrox). Voici le tableau récapitulatif effectué par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) :

ANSM © ANSM

Début septembre, sur France Inter, la ministre Agnès Buzyn avait précisé qu'un retour à l'ancienne formule, lorsque la nouvelle était encore annoncée comme responsable des effets indésirables, allait également s'accompagner de la mise sur le marché d'autres médicaments similaires. "Nous aurons des alternatives, c'est-à-dire d'autres marques, d'autres médicaments, qui permettront progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux", avait-elle indiqué.

Levothyrox : des témoignages alarmants

Les effets indésirables signalés depuis l'arrivée du nouveau Levothyrox seraient dus à "un déséquilibre thyroïdien" causé par le changement de traitement et non à la nouvelle formule elle-même, selon les premiers résultats de l'enquête de pharmacovigilance publiés début octobre par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Les autorités sanitaires expliquent ainsi qu'"aucun effet indésirable d'un type nouveau, qui serait spécifique de la seule nouvelle formule, n'a été retrouvé. Tout changement de spécialité ou de formule peut modifier l'équilibre hormonal et nécessiter un réajustement du dosage". Sur les 5062 cas recensés comme étant les plus grave par l'ANSM, quatre sont des décès, mais "le lien avec Levothyrox n'est pas établi", est-il précisé dans le rapport de l'enquête.

Reste que depuis des semaines, les témoignages de malades de la thyroïde qui utilisent la nouvelle formule du Levothyrox se succèdent et se ressemblent : fatigue intense, douleurs musculaires, malaises, insomnies, désordres intestinaux... L'inquiétude des patients est elle que certains d'entre eux ont décidé d'arrêter leur traitement, pourtant indispensable. Plus de 9000 ont signalé des effets secondaires terribles depuis la commercialisation de la nouvelle formule du médicament. Si les médecins se veulent rassurants sur son utilisation, les patients faisant un usage régulier ou quotidien du levothyrox sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter. Une pétition a même été lancée et signée par plus de 200 000 personnes. Mercredi 5 septembre, c'est au tour de la comédienne Anny Duperey de monter au créneau. L'actrice française, qui utilise la nouvelle formule du lévothyrox, a adressé une lettre à la ministre de la Santé publiée par Le Parisien, pour dénoncer les effets secondaires du médicament. "Rendez-nous l'ancienne formule du Levothyrox ! Ou tout du moins, laissez-nous le choix entre l'ancienne ou la nouvelle formule", a-t-elle demandée. La réponse du fabricant ne s'est pas fait attendre.  "Nous comprenons la détresse des patients, mais il n'y a pas de solution miracle. Il faut voir avec son médecin s'il y a un besoin de nouveau dosage, et si ce n'est pas le cas, il faut attendre que le corps s'habitue", a répondu la porte-parole du laboratoire Serono. En tout, 3 millions de patients sont concernés par la prise du levothyrox en France.

Contactés par les médias, les patients souffrant d'effets secondaires rendent compte des troubles qu'ils estiment être causés par le médicament. Ainsi, Laëticia, 36 ans, interrogée par Le Monde, constate une "fatigue soudaine et brutale rendant le moindre effort insurmontable", Laurence 55 ans, des "coups de pompe intenses et des insomnies ". Hélène, 59 ans, elle aussi interrogée par le journal du soir évoque une "baisse de la libido". Elisa, 58 ans, décrit quant à elle de terribles douleurs musculaires : "Quand je me lève, je suis ankylosée, comme si je venais de faire les 100 km de Millau. J'éprouve une difficulté à monter et descendre les escaliers. Même mes os me semblent douloureux. Une simple sortie, de quelques pas, devient l'ascension du mont Blanc", dit-elle.

"Perte de cheveux, langue enflée..."

Marie, 43 ans, opérée de la thyroïde en 2012, explique à LObs qu'après le changement de composition du levothyrox, elle s'est sentie très fatiguée. Perte de cheveux, migraines, langue enflée, perte de poids, problèmes intestinaux... Elle avait d'abord du mal à penser que tout cela puisse venir du médicament, avant de découvrir sur Internet que d'autres malades de la thyroïde souffraient de mêmes maux. "Je suis indignée. Je ne comprends pas. Nous sommes les premiers concernés, mais personne ne nous a prévenus qu'il y aurait une nouvelle version du médicament et qu'elle allait nous mettre dans cet état", dit-elle.

Autre témoignage, celui de Jean-Claude, 59 ans, dans les colonnes du Parisien. Ce malade de 59 ans explique avoir eu une terrible sensation de raideur dans les jambes, "comme si elles étaient tétanisées", avant que son état empire : "Je me levais le matin avec des crampes au cou. Elles se sont accentuées au point de devenir invalidantes, raconte le quinquagénaire. Ce qui m'a le plus fait peur, c'est quand ma vue s'est troublée et que j'ai eu des pertes de mémoire. J'oubliais des mots, des phrases", dit-il.

"Douleurs aux bras, vertiges..."

"J'ai pris du poids et mes chevilles étaient gonflées", constate de son côté Armelle. Interrogée par 20 Minutes, cette patiente qui prend du Levothyrox depuis 26 ans affirme ne pas avoir été mise au courant que la formule de son médicament changeait. "Je ne suis pas quelqu'un qui s'écoute, mais ces symptômes-là, je ne les avais jamais vus", déclare-t-elle. Armelle a commencé à prendre la nouvelle formule du Levothyrox en mars dernier. Outre sa prise de poids et ses chevilles gonflées, cette habitante du Gers a constaté d'autres troubles. "En juin sont venues les migraines et les nausées. J'ai commencé à perdre mes cheveux et avoir les yeux très secs le matin. En juillet, j'avais des douleurs aux bras auxquelles s'ajoutaient de légers vertiges et surtout une grosse fatigue", détaille-t-elle.

Inquiète, elle se renseigne et découvre avec son mari qu'elle n'est pas la seule à rencontrer ces problèmes. Elle décide alors de fouiller dans sa pharmacie et retrouve une vieille boîte de comprimés. Le constat est sans appel : "Au bout d'une semaine, miracle, sans rien faire de plus, tous mes symptômes avaient disparu. J'ai perdu 3 kilos, j'ai pu remettre mes ballerines, les douleurs et la fatigue se sont envolées. Mais je n'avais de ces comprimés que pour trois semaines. Alors, depuis samedi, je suis repassée à la nouvelle formule et tout est revenu."

Changement de la composition du Levothyrox

La formule du Levothyrox a changé en mars 2017 à la demande de l'ANSM, l'Agence nationale de la sécurité du médicament. Jean-Michel Race, directeur des médicaments en endocrinologie, explique que "l'objectif était de garantir une teneur en lévothyroxine plus constante dans le médicament". Sylvie Chabac mentionne une autre modification dans la composition : "on a supprimé le lactose. On l'a remplacé par de l'acide citrique, un excipient qu'on retrouve partout dans l'alimentation, et par du mannitol, à toutes petites doses." Cette nouvelle formule était donc censée être plus stable et mieux tolérée.

Suite aux témoignages, l'ANSM conseille aux patients de faire une prise de sang "quatre à huit semaines après le début de la prise de la nouvelle formule et de procéder à un signalement en cas d'effets indésirables", mais assure que "les modifications du Levothyrox ne changent ni l'efficacité ni le profil de tolérance du médicament". Le ministère de la Santé indique quant à lui que : "les études de pharmacovigilance […] ne permettent pas, en l'état actuel des choses, de remettre en cause la nouvelle formule du Levothyrox, à bien des égards meilleure que l'ancienne". Comme le rapporte Marine Brossard sur le plateau du 19/20, selon les autorités, "le vrai danger serait d'arrêter son traitement". Et la journaliste de France 3 d'indiquer qu'en cas d'effets secondaires "vous pouvez aussi vous rendre sur le site du ministère de la Santé pour signaler les effets secondaires. Les témoignages recueillis vont permettre de mener une enquête de pharmacovigilance."

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