Tariq Ramadan : le poignant témoignage de sa seconde victime

Tariq Ramadan : le poignant témoignage de sa seconde victime TARIQ RAMADAN - Accusé de viol par deux femmes, Tariq Ramadan voit depuis quelques semaines ses secrets et ses discours exhumés. Ce mercredi, sa seconde victime présumée a témoigné pour la première fois à la télévision.

[Mis à jour le 22 novembre 2017 à 22h31] L'écrivaine Henda Ayari a accusé Tariq Ramadan de viol dans un témoignage publié sur Facebook le 20 octobre dernier, évoquant des faits qui remonteraient à 2012. Une autre victime présumée de Tariq Ramadan s'est exprimée le 27 octobre, sous couvert d'anonymat cette fois, au sujet d'un viol qui aurait eu lieu en 2009. Les deux récits, diffusés dans la presse, sont particulièrement choquants, rapportant des faits d'une rare violence. Deux plaintes pour viol ont été déposées fin octobre contre Tariq Ramadan, qui a répliqué en engageant des poursuites pour "dénonciation calomnieuse". 

Ce mercredi 22 novembre, la seconde victime de Tariq Ramadan, qui tient toujours à garder son anonymat, s'est exprimée pour la première fois à la télévision sur son viol présumé. "J'ai eu la peur de ma vie", estime celle que l'on appelle Christelle (le nom a été changé ndlr.) aux équipes de Grand Angle, sur BFM TV. "J'avais l'impression d'avoir Docteur Jekyll et M. Hyde", explique-t-elle lorsqu'elle revient sur les faits. Lors de leur première rencontre, le 9 octobre 2009, Tariq Ramadan l'aurait convaincu de monter dans sa chambre d'hôtel. S'en suivra, selon ses dires, un véritable cauchemar.

"Il était dans mon dos et quand je me retourne, ce n'est plus la même personne que j'ai en face de moi", explique-t-elle avant de décrire le "regard de fou, terrifiant" et "la mâchoire serrée" de son agresseur. "C'est des coups, des violences sexuelles, des mots ignobles, d'une vulgarité sans nom. Je hurlais au secours, je hurlais 'non' et plus je hurlais, plus il cognait", témoigne encore celle dont les certificats médicaux évoquent de nombreux hématomes et des lésions au niveau des parties intimes. Une fois l'événement passé, l'homme ne s'en serait pas arrêté là. Menaces, intimidations, "e-mails par centaine de menaces de mort et d'insultes"... Et Christelle de conclure : "Après cette nuit de cauchemar, c'est des années de cauchemar."

EN SAVOIR PLUS


Première accusation de viol contre Tariq Ramadan

C'est l'écrivaine Henda Ayari qui a, la première, accusé Tariq Ramadan de viol, pour des faits remontant en 2012. Auteure en 2016 d'un livre intitulé "J'ai décidé d'être libre", ouvrage dans lequel racontait son passé de jeune femme mariée à un salafiste, elle y racontait avoir été violée dans sa jeunesse, sans donner le nom de son agresseur, de peur de "menaces de sa part" et sur ses enfants. Le nom est finalement tombé le vendredi 20 octobre : poussée par ses proches et par le climat installé par l'affaire Weinstein, Henda Ayari a révélé dans un post sur Facebook que c'est Tariq Ramadan qui l'avait agressée. Elle affirme avoir été menacée après cette agression, et dit avoir été victime de pressions exercées sur elle pour qu'elle ne parle pas. "J'ai gardé le silence depuis plusieurs années par peur des représailles car en le menaçant de porter plainte pour le viol dont j'ai été victime, il n'avait pas hésité à me menacer et à me dire également qu'on pourrait s'en prendre à mes enfants, j'ai eu peur et j'ai gardé le silence tout ce temps", expliquait-elle sur Facebook, ajoutant : "Aujourd'hui je ne peux plus garder ce secret trop lourd à porter, il est temps pour moi de dire la vérité. C'est très dur mais je me sens soulagée, j'ai ressenti le besoin de parler aussi pour toutes les autres victimes".

Au Parisien le lundi 30 octobre, Henda Ayari a raconté dans le détail sa rencontre avec Tariq Ramadan dès 2010. Perdue après sa séparation d'un mari extrémiste et violent, sa répudiation et le retrait de la garde de ses trois enfants, sans travail et sans logement, Henda Ayari raconte qu'elle culpabilisait après avoir retiré son voile pour trouver plus facilement du travail. Ce sont ces questionnements qui la pousseront à chercher conseil auprès de Tariq Ramadan, qui n'aurait pas manqué de lui faire des remontrances sur le sujet. Deux ans plus tard, en mars 2012, elle finit par accepter un rendez-vous dans un hôtel "de l'est de Paris". D'abord sous le charme, elle sera vite sous l'emprise de son agresseur présumé. "Il m’a embrassée, et je me suis laissé faire, je n’ai pas honte de le dire. Puis il s’est littéralement jeté sur moi. Alors le conte de fée s’est transformé en cauchemar, le prince charmant en monstre. Il m’a étranglée très fort, si fort que j’ai pensé que j’allais mourir. Il m’a giflée, car je résistais. Il m’a violée", dit-elle dans le Parisien (lire l'article ici). Après avoir déposé plainte, Henda Ayari a été entendue mardi par les enquêteurs.

Seconde accusation de viol contre Tariq Ramadan

Selon le Parisien et Le Monde, une autre plainte a été déposée contre Tariq Ramadan pour viol au parquet de Paris. Dans deux articles publiés le vendredi 27 octobre, une femme, qui souffre d'un handicap aux jambes, raconte elle-aussi avoir pris contact avec Tariq Ramadan en 2009 pour des conseils religieux. De Facebook, la conversation devait se poursuivre dans un hôtel lyonnais, où l'islamologue aurait donné rendez-vous à sa victime présumée. Le mode opératoire ressemble en de nombreux points à celui qu'aurait subi Henda Ayari, la première à avoir brisé le silence : dans le hall de ce grand hôtel, Tariq Ramadan aurait proposé à sa victime présumée de monter dans sa chambre, pour plus de discrétion, l'homme public se montrant soucieux de sa réputation. Une fois dans la chambre d'hôtel, Tariq Ramadan se serait ensuite jeté sur sa "proie" par derrière, donnant un coup de pied dans ses béquilles de sorte qu'elle perde l'équilibre, puis lui infligeant des gifles au visage, mais aussi aux seins et à d'autres parties du corps.

Des coups de poing dans le ventre sont aussi évoqués. S'en seraient suivis une fellation imposée, "d'une grande brutalité", écrit le Parisien, puis un acte sexuel "particulièrement violent" que le Monde qualifie de "sodomie". Les hurlements provoqués par la douleur n'y feront rien selon le descriptif terrible livré par la victime, qui évoque aussi l'usage d'un objet pour d'autres "contraintes sexuelles". Tariq Ramadan se serait ensuite accroché à ses jambes selon Le Parisien, provoquant "de vives douleurs", avant de "traîner sa victime par les cheveux à travers toute la chambre afin de la conduire dans la baignoire de la salle de bains, où il l'aurait humiliée" en lui urinant dessus. La victime présumée, que Le Parisien surnomme "Christelle", raconte enfin avoir été forcée de passer la nuit dans le lit de son agresseur, qui avait confisqué ses habits, avant de parvenir à s'enfuir le lendemain matin. La plaignante aurait fourni des certificats médicaux à l'appui de son témoignage.

Selon la victime toujours, Tariq Ramadan lui aurait ensuite envoyé des SMS exaltés après ce viol présumé, faisant part de son souhait la revoir. Les messages, s'extasiant d'abord sur cette "nuit d'amour romantique et tendre", deviendront vite plus menaçants. Après ses refus, la victime présumée aurait subi "des mois de harcèlement et de menaces". Elle raconte que des hommes la suivaient dans la rue et que l'un d'eux la menacera de mort. "J'ai dû rester chez une amie pendant presqu'un mois à partir du 18 novembre 2009", détaille-t-elle dans Le Monde (lire l'article ici).

Des témoignages de harcèlement sexuel contre Tariq Ramadan

D'autres femmes se sont exprimées, toujours sous couvert de l'anonymat, sur les agissement de Tariq Ramadan. Samedi 28 octobre, Le Parisien publiait un court article dans lequel une troisième victime confiait avoir été harcelée et menacée par l'islamologue. Selon Libération qui consacre un papier à l'affaire Ramadan, "d'autres témoignages (mais qui n'avaient pas filtré) étaient parvenus, selon les intéressés, à l'essayiste Caroline Fourest et au journaliste Ian Hamel, basé en Suisse, auteurs l'un et l'autre de livres d'enquête sur le théologien. Ils faisaient état de comportements violents de la part de Ramadan".

Dans son post du 20 octobre, l'écrivaine Henda Ayari indiquait qu'elle avait rompu le silence pour inciter d'éventuelles autres victimes à s'exprimer à leur tour. "J'espère vraiment que d'autres femmes victimes, comme moi, oseront parler, et dénoncer ce gourou pervers qui utilise la religion pour manipuler les femmes !", disait-elle. "Je sais qu'il me tombera dessus avec son équipe d'avocats et ces nombreux soutiens, c'est pour cela que je vais vraiment avoir besoin de vous pour me soutenir !". L'avocat de la seconde victime présumée de Tariq Ramadan, Eric Morain, tenterait de son côté de convaincre plusieurs autres femmes de témoigner. Il espère de nouvelles plaintes pour des faits de viols ou d'agression sexuelle.

Tariq Ramadan et les femmes

Après l'affaire Harvey Weinstein aux Etats-Unis et le phénomène #BalanceTonPorc en France, cette nouvelle affaire frappe de plein fouet le monde religieux et en particulier musulman, où Tariq Ramadan dispose d'une influence considérable, comme l'écrit Le Monde. Petit fils du fondateur des frères musulmans, résident britannique et professeur à Oxford, Tariq Ramadan est en effet connu dans le monde entier comme un intellectuel brillant, même s'il suscite par ailleurs la méfiance pour ses déclarations sur le voile, la lapidation, la doctrine religieuse, la naissance d'un islam français ou européen, ou encore sur Charlie Hebdo.

Henda Ayari, première femme à avoir porté plainte contre Tariq Ramadan pour viol, a d'ailleurs fait le rapprochement ce lundi entre les positions de ce dernier sur le plan religieux et politique et sa conception de la femme. Sur France Info, elle relate les justifications que lui aurait fourni Tariq Ramadan après son agression : "Il m'a dit que j'avais ce que je méritais. Le fait que je sois habillée à l'occidentale était une manière de provoquer le désir. Il m'a reproché de ne pas être une femme d'expérience sexuellement" (voir l'interview sur France info ici). Dans Le Parisien, elle dit avoir été insultée au lendemain de son viol : "j’étais venue pour ça, je méritais ça, je l’avais cherché. Je n’avais qu’à porter le voile, sinon j’étais une prostituée". Elle
s'est aussi dite certaine que pour l'islamologue, "soit vous êtes voilée, soit vous êtes violée". "Il y a beaucoup de musulmans qui respectent les femmes et les droits à l'égalité entre hommes et femmes. Ce sont eux qu'il faut valoriser. Pas ceux qui instrumentalisent l'islam pour asservir les femmes", conclut-elle (lire l'interview au Parisien ici).

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