Tariq Ramadan : une caution en échange de sa remise en liberté ?

Tariq Ramadan : une caution en échange de sa remise en liberté ? TARIQ RAMADAN - La cour d'appel de Paris a décidé de laisser Tariq Ramadan incarcéré. Mais ses avocats ne désespèrent pas de le voir remis en liberté en échange d'une caution de 50 000 euros.

[Mis à jour le 15 février 2018 à 18h14] Tariq Ramadan, mis en examen pour viol, va pour l'instant rester incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. La cour d'appel de Paris, en charge du dossier, n'a pas décidé de statuer sur la remise en liberté qu'il réclame, notamment pour raisons médicales. L'islamologue souffre en effet d'une sclérose en plaques et serait très affaibli, à tel point qu'il est arrivé en ambulance à l'audience de ce 15 février. Son état de santé ne serait pas, selon ses avocats, "compatible avec un maintien en détention" au regard d'un examen médical effectué quelques jours auparavant. 

Pour renforcer cette requête de remise en liberté de leur client, les avocats de M. Radaman ont décidé de proposer aux juges la confiscation de son passeport ainsi que le versement d'une caution de 50 000 euros. S'ajoutent à cela l'obligation de pointer quotidiennement au commissariat, l'interdiction de rentrer en contact avec les deux plaignantes et de quitter la France. Ce recours, qui n'a donc pas été examiné ce jeudi, le sera normalement le 22 février prochain.

Première accusation de viol contre Tariq Ramadan

C'est l'écrivaine Henda Ayari qui a, la première, accusé Tariq Ramadan de viol, pour des faits remontant en 2012. Auteure en 2016 d'un livre intitulé "J'ai décidé d'être libre", ouvrage dans lequel racontait son passé de jeune femme mariée à un salafiste, elle y expliquait avoir été violée dans sa jeunesse, sans donner le nom de son agresseur, de peur de "menaces de sa part" et sur ses enfants. Le nom est finalement tombé le vendredi 20 octobre 2017 : poussée par ses proches et par le climat installé par l'affaire Weinstein, Henda Ayari a révélé dans un post sur Facebook que c'est Tariq Ramadan qui l'avait agressée. Elle affirme avoir été menacée après cette agression, et dit avoir été victime de pressions exercées sur elle pour qu'elle ne parle pas. "J'ai gardé le silence depuis plusieurs années par peur des représailles car en le menaçant de porter plainte pour le viol dont j'ai été victime, il n'avait pas hésité à me menacer et à me dire également qu'on pourrait s'en prendre à mes enfants, j'ai eu peur et j'ai gardé le silence tout ce temps", expliquait-elle sur Facebook, ajoutant : "Aujourd'hui je ne peux plus garder ce secret trop lourd à porter, il est temps pour moi de dire la vérité. C'est très dur mais je me sens soulagée, j'ai ressenti le besoin de parler aussi pour toutes les autres victimes".

Au Parisien le lundi 30 octobre, Henda Ayari a raconté dans le détail sa rencontre avec Tariq Ramadan dès 2010. Perdue après sa séparation d'un mari extrémiste et violent, sa répudiation et le retrait de la garde de ses trois enfants, Henda Ayari, au chômage et sans logement, raconte qu'elle culpabilisait après avoir retiré son voile pour trouver plus facilement du travail. Ce sont ces questionnements qui la pousseront à chercher conseil auprès de Tariq Ramadan, qui n'aurait pas manqué de lui faire des remontrances sur le sujet. Deux ans plus tard, en mars 2012, elle finit par accepter un rendez-vous dans un hôtel "de l'est de Paris". D'abord sous le charme, elle sera vite sous l'emprise de son agresseur présumé. "Il m’a embrassée, et je me suis laissé faire, je n’ai pas honte de le dire. Puis il s’est littéralement jeté sur moi. Alors le conte de fée s’est transformé en cauchemar, le prince charmant en monstre. Il m’a étranglée très fort, si fort que j’ai pensé que j’allais mourir. Il m’a giflée, car je résistais. Il m’a violée", dit-elle dans le Parisien (lire l'article ici).

Sur France Info, Henda Ayari a aussi relaté les justifications que lui aurait fourni Tariq Ramadan après son agression : "Il m'a dit que j'avais ce que je méritais. Le fait que je sois habillée à l'occidentale était une manière de provoquer le désir. Il m'a reproché de ne pas être une femme d'expérience sexuellement" (voir l'interview sur France info ici). Dans Le Parisien, elle encore dit avoir été insultée au lendemain de son viol : "J'étais venue pour ça, je méritais ça, je l'avais cherché. Je n'avais qu'à porter le voile, sinon j'étais une prostituée". Elle s'est aussi dite certaine que pour l'islamologue, "soit vous êtes voilée, soit vous êtes violée". "Il y a beaucoup de musulmans qui respectent les femmes et les droits à l'égalité entre hommes et femmes. Ce sont eux qu'il faut valoriser. Pas ceux qui instrumentalisent l'islam pour asservir les femmes", conclut-elle.

Seconde accusation de viol contre Tariq Ramadan

Une autre plainte a été déposée contre Tariq Ramadan pour viol au parquet de Paris. Dans deux articles du Parisien et du Monde, publiés cette fois le vendredi 27 octobre 2017, une femme, qui souffre d'un handicap aux jambes, raconte elle-aussi avoir pris contact avec Tariq Ramadan en 2009 pour des conseils religieux. De Facebook, la conversation devait se poursuivre dans un hôtel lyonnais, où l'islamologue aurait donné rendez-vous à sa victime présumée. Le mode opératoire ressemble en de nombreux points à celui qu'aurait subi Henda Ayari, la première à avoir brisé le silence : dans le hall de ce grand hôtel, Tariq Ramadan aurait proposé à sa victime présumée de monter dans sa chambre, pour plus de discrétion, l'homme public se montrant soucieux de sa réputation. Une fois dans la chambre d'hôtel, Tariq Ramadan se serait ensuite jeté sur sa "proie" par derrière, donnant un coup de pied dans ses béquilles de sorte qu'elle perde l'équilibre, puis lui infligeant des gifles au visage, mais aussi aux seins et à d'autres parties du corps.

Des coups de poing dans le ventre sont aussi évoqués. S'en seraient suivis une fellation imposée, "d'une grande brutalité", écrit le Parisien, puis un acte sexuel "particulièrement violent" que le Monde qualifie de "sodomie". Les hurlements provoqués par la douleur n'y feront rien, selon le descriptif terrible livré par la victime, qui évoque aussi l'usage d'un objet pour d'autres "contraintes sexuelles". Tariq Ramadan se serait ensuite accroché à ses jambes selon Le Parisien, provoquant "de vives douleurs", avant de "traîner sa victime par les cheveux à travers toute la chambre afin de la conduire dans la baignoire de la salle de bains, où il l'aurait humiliée" en lui urinant dessus. La victime présumée, que Le Parisien surnomme "Christelle", raconte enfin avoir été forcée de passer la nuit dans le lit de son agresseur, qui avait confisqué ses habits, avant de parvenir à s'enfuir le lendemain matin. La plaignante aurait fourni des certificats médicaux à l'appui de son témoignage.

Selon la victime toujours, Tariq Ramadan lui aurait ensuite envoyé des SMS exaltés après ce viol présumé, faisant part de son souhait la revoir. Les messages, s'extasiant d'abord sur cette "nuit d'amour romantique et tendre", deviendront vite plus menaçants. Après ses refus, la victime présumée aurait subi "des mois de harcèlement et de menaces". Elle raconte que des hommes la suivaient dans la rue et que l'un d'eux la menacera de mort. "J'ai dû rester chez une amie pendant presqu'un mois à partir du 18 novembre 2009", détaille-t-elle dans Le Monde (lire l'article ici).

Lors de sa garde à vue ce jeudi, Tariq Ramadan a été confronté à son accusatrice selon Le Parisien. La confrontation aurait débuté vers 16h30. "Handicapée des jambes, cette femme de 40 ans qui tient à conserver l'anonymat a accepté d'être confrontée à celui qu'elle accuse de viol", écrit ainsi le quotidien.  Les enquêteurs auraient aussi interrogé le personnel de l'hôtel où les faits se seraient déroulés à Lyon, "sans recueillir d'éléments déterminants".

D'autres témoignages contre Tariq Ramadan ?

D'autres femmes se sont exprimées, toujours sous couvert de l'anonymat, sur les agissement de Tariq Ramadan. Samedi 28 octobre, Le Parisien publiait un court article dans lequel une troisième victime confiait avoir été harcelée et menacée par l'islamologue. Selon Libération qui a consacré un papier à l'affaire Ramadan, "d'autres témoignages" ont été transmis à l'essayiste Caroline Fourest et au journaliste Ian Hamel, basé en Suisse, auteurs l'un et l'autre de livres d'enquête sur le théologien. "Ils faisaient état de comportements violents de la part de Ramadan". Caroline Fourest, vieille ennemie de Tariq Ramadan, a d'ailleurs été auditionnée en marge de la garde à vue de ce dernier et a indiqué avoir remis des documents aux enquêteurs. 

Dans son post du 20 octobre, l'écrivaine Henda Ayari indiquait qu'elle avait rompu le silence pour inciter d'éventuelles autres victimes à s'exprimer à leur tour. "J'espère vraiment que d'autres femmes victimes, comme moi, oseront parler, et dénoncer ce gourou pervers qui utilise la religion pour manipuler les femmes !", disait-elle. "Je sais qu'il me tombera dessus avec son équipe d'avocats et ces nombreux soutiens, c'est pour cela que je vais vraiment avoir besoin de vous pour me soutenir !". L'avocat de la seconde victime présumée de Tariq Ramadan, Eric Morain, aurait tenté de son côté de convaincre plusieurs autres femmes de témoigner. Aucune autre plainte pour des faits de viols ou d'agression sexuelle n'a pourtant été déposée à ce stade. 

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