Mantes-la-Jolie : "Tais-toi sale négro", la version de l'homme interpellé

Mantes-la-Jolie : "Tais-toi sale négro", la version de l'homme interpellé BAVURE POLICIERE ? Une enquête préliminaire a été ouverte pour "violences par dépositaire de l'autorité publique" : un jeune homme interpellé à Mantes-la-Jolie dit avoir été victime de maltraitances sévères. L'IGPN a été saisie.

[Mis à jour le 13 novembre à 18h40] Me Calvin Job, l'avocat du jeune homme arrêté la semaine dernière dans la cité du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, a déposé plainte contre X pour "violences policières à caractère raciste" samedi. Aux médias, il affirme que son client a été l'objet de sévices de la part des agents de police. Le jeune homme a d'abord été interpellé, mardi, vers 17 heures pour avoir pris à partie une patrouille à pied qui inspectait des véhicules stationnés dans un parking. Alors que l'interpellation fut houleuse - l'homme se serait rebellé et aurait tenté de s'échapper selon le parquet -, c'est dans le camion de police qui le conduisait au commissariat que la situation aurait dégénéré. 

C'est à ce moment-là, selon son avocat, que l'individu aurait subi des violences de la part des policiers. "Une fois dans le fourgon, il est menotté, dans le dos. Une fois qu'il est menotté, on lui donne des coups, en le traitant de 'sale négro'", explique l'avocat à France 3. "On le plaque au sol, on le colle sur le chauffage d'appoint qui était dans le véhicule. Il leur dit 'Ça me brûle, ça me brûle', on lui dit 'tais-toi', 'tais-toi sale négro tu vas payer', c'est les mots qui sont employés. [...] Il est très choqué", poursuit-il.

L'IGPN a été saisie

Le jeune homme a été très sévèrement brûlé aux deux mains, acheminé à l'hôpital de Mantes-la-Jolie où sa garde à vue a pris fin. Après être rentré chez lui, il a finalement regagné de lui-même l'hôpital de Mantes-la-Jolie qui l'a redirigé vers l'hôpital Saint-Louis à Paris, où un service spécialisé est disponible. C'est là que les médecins ont constaté des brûlures "de deuxième et de troisième degrés, aggravées par le diabète" et ont dû mener une opération chirurgicale de greffe sur ses mains. L'homme a été opéré vendredi est devrait rester à l'hôpital toute la semaine. 

Suite à la plainte déposée par l'avocat du jeune homme interpellé la semaine dernière, l'inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie ce lundi 13 novembre. C'est le parquet de Versailles, via le procureur Vincent Lesclous, qui a décidé de faire intervenir la "police des polices" dans le cadre de cette affaire. L'enquête avait été d'abord été confiée au bureau de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP).

A noter que les soeurs de l'individu avaient porté plainte dans un premier temps, le jeudi 9 novembre. "Informé de cette plainte, le parquet de Versailles a immédiatement ouvert le jour-même une enquête confiée au bureau de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique. Ce bureau s'est mis en contact avec les soeurs de l'intéressé et a procédé dès le 10 novembre à divers actes d'enquête", avait indiqué le parquet.

Une version contestée par la police

Une enquête préliminaire a été ouverte pour "violences par dépositaire de l'autorité publique". Selon les dépositions des policiers qui ont procédé à l'interpellation, c'est parce qu'ils ont été insultés par le jeune homme qu'il l'ont arrêté et conduit au poste. Un fois dans le fourgon, il aurait donné "des coups de pied dans la porte latérale" du véhicule. Les agents l'auraient "allongé sur le dos au sol où il continu[ait] à se débattre". Il aurait par ailleurs tenté de "mordre" un fonctionnaire de police. Les agents ont d'ailleurs indiqué que l'interpellé n'aurait pas mentionné qu'il avait été brûlé par le chauffage d'appoint.

Mantes-la-Jolie, habituée des bavures policières ?

Ce n'est pas la première fois que des policiers de Mantes-la-Jolie se retrouvent au coeur d'une polémique. En juillet dernier, BuzzFeed News dévoilait les témoignages de plusieurs femmes assurant avoir subi des violences de leur part. La première rapporte un contrôle routier, lors duquel "les policiers étaient tout de suite très agressifs et nous ont demandé nos papiers", témoigne-t-elle. Les choses se seraient envenimées et les agents de police auraient frappé la jeune femme de 23 ans. "Ils m'ont fait tomber et j'ai reçu un coup de poing au visage", raconte-t-elle. Par ailleurs, deux soeurs de 16 et 19 ans étaient ensemble sur le parvis de la gare de Mantes-la-Jolie quand, témoins d'une interpellation, elles auraient été gazées et frappées. L'un des policiers les aurait insultées de "putes", raconte l'une d'entre elles, toujours à BuzzFeed News, qui ajoute que les deux soeurs se sont vues prescrire deux jours d'interruption de temps de travail (ITT).

Enfin, une femme accuse des policiers du commissariat de Mantes-la-Jolie de non-assistance à personne en danger. Alors qu'elle venait se faire auditionner dans le cadre d'une erreur médicale qu'elle avait subie lors d'une hospitalisation, Naïma A. est prise d'une crise de spasmophilie, alors qu'elle fait face à une officier de police judiciaire "agressive". La femme de 32 ans demande à ce qu'on ouvre la fenêtre et qu'on lui amène un verre d'eau. Les agents auraient refusé, préférant s'amuser de la situation et filmer Naïma. "J'ai entendu une personne dire 'il faut la filmer cette merde' pendant que je faisais ma crise", rapporte-t-elle. Elle finira exclue du commissariat, recueillie et transportée à l'hôpital par des pompiers. Ni le parquet de Versailles, ni le commissariat de Mantes-la-Jolie, contactés par BuzzFeed, n'ont souhaité réagir à ces événements.

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