Charlie Hebdo : Riss se paye Plenel, Valls s'en mêle

Charlie Hebdo : Riss se paye Plenel, Valls s'en mêle RISS - Dans un éditorial, Riss, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, s'en prend violemment à Edwy Plenel, qui avait accusé l'hebdomadaire satirique de vouloir faire "la guerre aux musulmans". Manuel Valls a réagi.

[Mis à jour le 15 novembre à 9h53] Les déclarations d'Edwy Plenel selon lesquelles Charlie Hebdo fait "la guerre aux musulmans" ont provoqué colère et indignation à la rédaction de l'hebdomadaire satirique. Par la voix de son directeur de publication, le président de Médiapart est accusé d'avoir procédé à un "appel au meurtre" et de vouloir "finir le boulot des frères Kouachi". Le célèbre journaliste à la moustache avait été amené à réagir le 8 octobre dernier sur la une de Charlie Hebdo mettant en scène l'islamologue Tariq Ramadan, récemment accusé d'agressions sexuelles. Sur franceinfo, il avait jugé cette une comme faisant "partie d'une campagne plus générale que l'actuelle direction de 'Charlie Hebdo' épouse. Monsieur Valls et d'autres, parmi lesquels tous ceux qui suivent Monsieur Valls, une gauche égarée (...), alliée à une droite, voire une extrême droite identitaire, trouvent n'importe quel prétexte (...) pour en revenir à leur obsession : la guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans". A la question de savoir s'il considère Charlie Hebdo comme islamophobe, M. Plenel n'avait pas répondu franchement mais n'avait pour autant pas prétendu le contraire. "Je n'ai pas besoin d'adjectif, tout le monde l'entend", avait-il répondu.

Plenel, le "Rouletabille de l'investigation"

Dans cet éditorial, la colère et l'émotion de Riss sont manifestes. "Cette phrase, 'la une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne générale de guerre aux musulmans', nous ne l'oublierons jamais", annonce-t-il, avant de poursuivre : "En la prononçant, Plenel condamne à mort une deuxième fois 'Charlie Hebdo'. Cette phrase n'est plus une opinion, c'est un appel au meurtre". L'éditorial de l'un des rescapés de l'attaque des frères Kouachi, le 7 janvier 2015, se poursuit en invoquant l'attachement à la laïcité de Charlie Hebdo, un hebdomadaire qui n'a "envie de faire la guerre à quiconque". Riss déplore l'attitude d'Edwy Plenel, "le Rouletabille de l'investigation" comme il le surnomme, et l'accuse d'avoir substitué son rôle de journaliste à celui de procureur, avant de conclure son texte de façon glaçante. "Si demain on nous liquide tous, si demain nous ne sommes plus là, espérons qu'il subsistera quelques courageux qui demanderont justice contre ceux qui nous auront frappés, mais aussi contre les esprits qui les auront armés", écrit-il.

Valls s'en mêle...

L'éditorial de Riss n'est pas passé inaperçu, et encore moins auprès de Manuel Valls. L'ancien Premier ministre, ainsi que tous ses partisans, avaient été inclus dans la réaction d'Edwy Plenel selon laquelle ils étaient en "guerre contre les musulmans". M. Valls n'a pas manqué de réagir, sur Twitter, en écrivant que l'éditorial de Riss était "magnifique". Il en profite également pour condamner Edwy Plenel, dont les propos sont pour lui "impardonnables". Ce mercredi matin, invité de BFM TV, Manuel Valls est revenu sur la polémique. "Quand on reprend la phrase exacte d'Edwy Plenel, où il me cite par ailleurs, où il nous assimile à l'extrême droite, c'est très grave.  C'est très grave. C'est un appel au meurtre. Et on ne joue pas avec ça", a-t-il déclaré.

Ce n'est pas la première fois que l'homme politique et le journaliste partagent leurs désaccords en public. Le 5 novembre dernier, l'ancien ministre de l'Intérieur avait accusé M. Plenel de complicité avec Tariq Ramadan, avant de l'attaquer sur le plateau de Quotidien sur TMC. "Une partie de la gauche ou de l'extrême gauche a été complaisante à l'égard de l'islam politique, de l'islamisme. On le trouve aussi dans la presse. J'ai cité clairement le Bondy Blog, on le trouve avec Edwy Plenel dans son livre 'Pour les musulmans', il enferme les musulmans dans une définition", avait-il déclaré. Et bien avant tout cela, en 2014, Edwy Plenel n'avait pas épargné Manuel Valls sur LCP, le qualifiant de "danger"...

...et Plenel se défend

L'ancien directeur de la rédaction du Monde a fait savoir son droit de réponse à cet édito virulent. Via un tweet, Edwy Plenel condamne et dénonce un caractère manipulatoire du texte de Riss. Il affirme également que la phrase que lui prête le dessinateur - "la une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne générale de guerre aux musulmans" - n'a tout simplement jamais existé. 

Manuel Valls / Hebdomadaire

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