Jacqueline Salenson
"Or tous les médecins le disent, la médecine aujourd'hui est parfaitement capable de soulager toutes les formes de souffrances physiques. "
ceux qui le disent sont des menteurs, ils sont loin de l'affirmer tous !
Et il suffit de regarder autour de soi, le grand nombre de personnes qui continuent de souffrir malgré les médecins et les pharmaciens, la douleur physique ne menant pas forcément d'ailleurs à un désir de fin de vie, même si dans certains cas, où elle devient intolérable, cela peut arriver... Ne racontez pas n'importe quoi, allez faire un tour dans les hôpitaux, les maisons de retraite, et simplement, ouvrez les yeux autour de vous...
"Reste la souffrance morale.
Là encore, si le débat ne se place qu'au niveau de l'émotionnel, l'euthanasie apparaît comme la réponse, à tort :
les soins palliatifs apportent une réponse magnifique à cette souffrance: le malade qui se sent compris, soutenu, accompagné, entouré d'affection, est capable de vivre avec sa maladie."
Formidable en théorie, cela peut convenir à certains, mais l'affection donnée même au mieux par une équipe médicale, n'est pas forcément celle que souhaite les gens, qui préféreraient souvent l'affection de leurs proches, dont ils peuvent être priver, ne serait-ce que par la distance physique
et est-ce si merveilleux de vivre avec sa maladie, lorsqu'on sait qu'elle est un prémice à la mort, qui apparaît alors comme une délivrance.
La maladie n'est pas forcément la compagne dont on rêve.
Et les soins palliatifs donnés à domicile sont rares, et pas forcément efficaces (j'en ai un témoignage récent, où la personne, en soins palliatifs à domicile, est morte dans d'affreuses souffrances...)
Quelle joie en effet pour les malades de finir leur vie à l'hôpital loin de chez eux, de leurs repères, et loin de leur famille ! Vous rêvez un peu trop, Redescendez sur terre et regardez autour de vous.
Ensuite, l'euthanasie n'est pas la réponse à tout non plus, et certains n'en veulent pas. La demande de l'admd est seulement que chacun puisse choisir et que rien ne soit imposé, comme c'est le cas actuellement, par des médecins que j'appellerai des sadiques tout puissants, qui veulent d'abord garder le pouvoir, et qui ont pris le pouvoir sur nos vies, ce qui est scandaleux !
Ce n'est pas au médecin de décider de ma vie, c'est à moi de le faire, je le revendique.
Et que ceux qui se remettent dans les mains des médecins continuent de le faire, si cela leur convient, ce sera alors, non pas contraint et forcé comme maintenant, mais en toute liberté de choix
Stéphane Pétrot
Merci pour ce témoignage magnifique qui donne une vraie vision de l'intérieur, indépendamment d'un débat malheureusement souvent décalé et médiatisé à l'extrême dans l'émotionnel. Et bravo pour votre travail si important dans notre société
Jp Costa
Je suis bénévole d'accompagnement en soins palliatifs et mon expérience ne me rend pas du tout favorable à l'euthanasie. Le paradoxe est que la fin de vie, ce n'est ni préparer ni attendre la mort, mais c'est vivre ses derniers moments qui valent tout autant que les premiers moments de l'existence. Ce peut être l'occasion d'accepter la vie que l'on a eu, de lui trouver un sens indépendamment de toutes considérations religieuses ou morales et, peut-être de réparer ce qui n'a jamais marché. Un malade m'a dit un jour: « La mort, c'est une lumière que l'on éteint parce que le jour se lève. ». Il faut évidemment donner aux malades un vrai souci du soin des personnes, apporter une écoute bienveillante et dénuée de tout jugement, dénuée aussi de projets pour eux: c'est au mourant de décider de ce qu'il veut, de juger ce qui est bien pour lui, d'affirmer les valeurs auxquelles il croit. Une majorité de malades ne demande plus la mort si l'on crée autour d'eux les conditions de confort physique et moral qui leur permettront d'accomplir ce dernier chemin. Je crains que la demande d'euthanasie soit avant tout liée à l'angoisse de ne plus être aimé avec le visage de la maladie ou de ne pas se croire capable de traverser l'ultime étape. En fait, c'est ridicule, parce que l'on n'échappe pas à la mort en se suicidant ou en se "faisant suicider": on ne fait que (tré)passer de suite au point d'arrivée et cela n'a aucun sens. Enfin, il faut cesser de voir la maladie et la mort comme des instants diaboliques : ils sont nécessaires, naturels et ils arriveront. L'attente de ces passages est violente pour le malade et ses proches: comment pouvoir penser à l'après et au deuil, s'y préparer, et en même temps être culpabilisé d'avoir envie que tout cela finisse ? En soins palliatifs, nous pouvons dédramatiser tout cela parce que nous prenons en compte la réalité des personnes avec leurs souffrances physiques, morales, sociales et spirituelles. Cette démarche me paraît plus humaine que celle de l'admd qui consiste à proposer aux intéressés d'aller directement vers la sortie, bien sûr considérée comme un "trou noir". Un peu comme si on poussait sous les roues de la locomotive le désespéré qui crie "Je veux me suicider ! "
Stéphane Pétrot
Lorsque je parle de la souffrance morale et des moyens d'y remédier par des attentions au malade, je n'évoque pas que les proches mais bien le personnel des services de soins palliatifs. Je connais des maisons de soins palliatifs dans lesquels le personnel est d'une attention de chaque instant pour ceux qui souffrent, ce qui est un réconfort réel.
La notion de "liberté suprême" est bien floue et facile... Se donner la mort n'est-ce pas plutôt l'échec ultime, quelques en soient les raisons ?
Christiane Loisel
Je ne suis pas d'accord avec vous: même au plan des souffrances physiques, les responsables des soins palliatifs disent qu'il y a 5% de souffrance contre les quels on ne peut rien. Au plan de la souffrance morale, l'image idéale de la Mama d'Aznavour qui meurt entourée des siens est complètement obsolète, on peut d'abord ne plus avoir personne, et même si on a des enfants aimants, je détesterais attendre la mort avec eux ; sans projet, sans avenir et avec toute leur peine. Donner la mort parce qu'on l'a demandée expressément parce que l'intéressé n'est plus capable de se l'administrer, c'est la liberté suprême donc la dignité dernière. Personne ne sera obligé d'en user !