Qu’est-ce vous appréciez ou n’appréciez pas dans la corrida ?
Contrairement aux croyances héritées de traditions philosophiques séculaires, l'intellect et la "conscience" des mammifères ne se distinguent pas de ceux des hommes par des variation à caractère qualitatives mais quantitatives. Il n'y a pas un seul mammifère sur terre qui ait besoin de sortir de polytechnique pour comprendre qu'on l'assassine. Quant à la douleur ou la peur, il est très probable qu'elles soient communes à tous le règne animal pluricellulaire, donc y compris toutes sortes d'invertébrés. C'est dire si le vécu d'un animal très évolué torturé à mort doit être totalement identique à ce que nous vivrions à sa place. La question serait plutôt d'étudier s'il y a un gène de la cruauté qui inhiberait chez certains toute sensibilité ou empathie - faculté de se mettre à la place de l'autre. Quant aux valeurs véhiculées, nous ne tarderons pas à comprendre qu'elles sont totalement contraires à tout ce que nous avons désormais urgemment besoin de mettre en œuvre pour nous survivre à nous-mêmes.
Le fait que ce soit une tradition culturelle justifie-il ce loisir ?
Rien au monde ne peut justifier de commettre ce qui est légalement reconnu, et pour cause, comme un crime. Je pense que cette dérogation est inconstitutionnelle, et sinon, c'est invraisemblable.
Pourrait-on, selon vous, remplacer la corrida avec mise à mort du taureau par une corrida sans mise à mort ?
A vrai dire, je pense que même dans les fêtes camargaises ou landaises ou on semble jouer avec l'animal sans lui faire de mal, il y a lieu de penser que lui ne vit que stress. Mais ce n'est pas sûr, peut-être est-il aussi capable de pulsions ludiques. Dans tous les cas, bien sûr, s'il faut choisir, c'est préférable. Mais ce n'est pas la question posée. Peut-on torturer pourvu qu'on n'achève pas, c'est impensable. De très nombreux très grands auteurs et penseurs ont écrit - en substance, c'est-à-dire un équivalent - que tant qu'on est capable de se la poser, les humains s'entretueront.