Hervé Morin a annoncé que la France allait probablement se doter d'un 2e porte-avion, dont le coût est estimé à 2,5 milliards d'euros. Nécessité militaire, rayonnement de la France ou argent jeté par les fenêtres : qu'en pensez-vous ?
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Pour des instruments de défense euro-compatibles
Octave
le 27 juin 2007
Etes-vous pour un contre la construction d'un deuxième porte-avion français ? Pourquoi ?
Dans un cadre purement français et sur les seules bases du rayonnement national ou de la cohérence militaire, cette catégorie de moyens ferait peu de sens aujourd'hui : la petite armée professionnelle que nous avons déjà, couplée à la dissuasion nucléaire, sont suffisantes.
En revanche, pour qu'une Europe politique puisse un jour exister, une constitution ne suffira pas, ni même l'indispensable instauration d'un véritable contrôle démocratique sur les institutions. Il faudra également être en mesure de gérer les crises à nos portes. Certes en fonction de nos intérêts communs, encore à définir, mais aussi des valeurs que nous partageons. Ces dernières sont de plus en plus évidentes : depuis le démantèlement de l'Irak par les Etats-Unis, depuis que la Chine a fait le choix de soutenir activement la campagne de purification ethnique et religieuse du gouvernement soudanais au Darfour, les peuples européens ont réagi comme nulle part ailleurs dans le monde, et ils ont été unanimes. Les gouvernements européens qui ont choisi d'envoyer des troupes en Irak ont fait face à des manifestations sans précédent et pour certains ont ensuite été sanctionnés dans les urnes.
Au niveau des individus, les Européens sont également en première ligne sur le front humanitaire. Par conséquent, il est certain que l'Europe ne sera pas une puissance impérialiste de plus. A cet égard, son propre passé colonial est en quelque sorte un garde-fou.
Mais il faudra que face aux crises allumées par d'autres chez nos voisins, nous puissions réagir rapidement quand ils nous le demanderont. Au stade où une intervention ferme peut encore faire la différence. Qu'un jour, il n'y ait plus de sanctuaire où des janjawids puissent se regrouper et se réarmer tranquillement entre deux massacres.
Ce n'est pas une utopie mais une vraie perspective, dans laquelle l'outil qu'est le porte-avion est irremplaçable. A condition toutefois qu'une permanence soit possible près de la zone de crise. A condition également que d'autres Européens, avec leurs moyens propres, puissent s'appuyer sur sa présence. A cet égard, un deuxième porte-avion, s'il voit le jour, serait déjà plus en cohérence avec cette exigence : compatible avec les aéronefs britanniques, dès sa conception, il marquerait aussi une transition irréversible. Ce serait, comme le Rafale ou le Leclerc, probablement le dernier matériel majeur de ce type conçu et réalisé à un niveau national en Europe.
Cela dit, à l'avenir, la question des coûts et des arbitrages, par exemple, entre politiques sociale et de défense, bien que vouloir les opposer soit très réducteur, sera aussi pertinente qu'aujourd'hui : espérons que ce soient alors effectivement les peuples d'Europe qui apportent des réponses claires.
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