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| | Xavier
Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la
Solidarité © Ministère du travail | |
| "Le principe de l'allongement de la durée
de cotisation n'est pas une nouveauté en France : c'est un choix que nous
avons fait depuis 1993" |
Les réactions et messages des internautes,
vos réactions ici sur le site linternaute.com, expriment bien ce que ressentent
les Français, ce qu'ils nous disent au quotidien sur le terrain : vous êtes
très attachés à notre système de retraite par répartition, mais une majorité
d'entre vous se pose des questions quant à la pérennité de ce système Vos questions
sont légitimes, et je remercie linternaute.com qui me permet aujourd'hui d'y apporter
des réponses.
Le rendez-vous de 2008
Beaucoup
d'entre vous s'interrogent sur le passage à 41 ans de cotisation. Certains
témoignages, comme celui de Jean-Pierre, de Donzenac, ou celui de Claude, de Paris,
soulignent que si l'on vit de plus en plus longtemps, ce qui est une chance, il
est " logique " d'équilibrer les temps de vie entre le temps passé au travail
et temps passé à la retraite. Il est vrai que l'espérance de vie, et donc
le temps passé à la retraite, sont de plus en plus longs.
La réforme de
2003 a donc tiré les conséquences de cette évolution démographique, en fixant,
pour le rendez-vous 2008, le principe d'un passage de 40 à 41 ans d'ici 2012,
sauf élément nouveau. L'INSEE a constaté l'augmentation de l'espérance de vie
; la Commission de garantie des retraites, qui est indépendante, a confirmé
fin 2007 que le passage à 41 ans était cohérent avec cette augmentation. C'est
pourquoi le Gouvernement a confirmé aux partenaires sociaux l'application de la
loi de 2003, avec le passage progressif à 41 ans de cotisation d'ici à 2012 pour
une retraite à taux plein.
Le principe de l'allongement de la durée de
cotisation n'est d'ailleurs pas une nouveauté en France : c'est un choix que nous
avons fait depuis 1993. La plupart de nos voisins européens ont fait ce choix
; ce serait donc revenir en arrière que de ne pas aller dans ce sens aujourd'hui.
Mais les choses sont claires, et je tiens à répondre sur ce point aux témoignages
qui vont dans le sens de celui de Chantal, de Montpellier : il n'est pas question
d'allonger sans fin la durée de cotisation. C'est une garantie fixée par la
loi : la durée de cotisation n'augmentera que si l'espérance de vie continue de
progresser. D'ailleurs, prenant en compte dans ses projections l'évolution de
l'espérance de vie, le COR fait aujourd'hui l'hypothèse d'une durée de cotisation
de 41,5 ans en 2020 alors que c'était plutôt 42 ans que l'on prévoyait en 2003.
du niveau des pensions de tous.
Emploi des seniors,
pénibilité ...
De nombreux témoignages reviennent également sur les enjeux
fondamentaux de ce rendez-vous 2008 : beaucoup d'entre vous abordent l'emploi
des seniors, la pénibilité, le financement, ou encore les carrières longues. L'emploi
des seniors, que vous abordez presque tous, est l'un des enjeux essentiels du
rendez-vous 2008 sur les retraites. Vous avez raison : la France est quasiment
la lanterne rouge de l'Europe en matière d'emploi des seniors. C'est un gâchis
humain, un gâchis social et un gâchis économique. C'est la raison pour laquelle
l'allongement de la durée de cotisation devra aller de pair avec des progrès significatifs
sur l'emploi des seniors. Je tiens à le souligner : ce n'est pas l'un ou l'autre,
c'est l'un et l'autre.
| "Emploi
des seniors : c'est un gâchis humain, un gâchis social et un gâchis économique." |
Pour garantir l'avenir de nos retraites et de celles de nos enfants,
il faut à la fois augmenter la durée de cotisation et améliorer l'emploi des seniors.
Certes des progrès ont été enregistrés. Mais on sait aujourd'hui qu'il y a des
entreprises qui refusent de jouer le jeu de l'emploi des seniors, qui refusent
de garder les salariés de plus de 55 ans, ou d'en recruter. Le témoignage de
Jean-Jacques, de Bondues, ou celui de Guy, sont édifiants ; comme vous le
soulignez, nous voulons d'abord faire en sorte que l'âge réel de retrait du marché
du travail rejoigne l'âge légal de départ à la retraite. C'est pourquoi nous n'avons
d'ailleurs pas attendu le rendez-vous 2008 pour agir.
Dispositif
interministériel
Avec Eric Woerth, Ministre du Budget, des Comptes
publics et de la Fonction publique, nous avons mis en place dès l'automne dernier,
lors du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, la taxation
des préretraites et des mises à la retraite d'office. Nous voulons désormais
aller plus loin, comme le suggère par exemple Bertrand, de Triel sur Seine,
et faire changer les comportements du côté des employeurs comme du côté des salariés.
Nous allons donc encourager les entreprises qui font le maximum pour garder
les salariés âgés dans l'emploi, et sanctionner celles qui ne jouent pas le
jeu.
Nous allons travailler, avec Laurent Wauquiez, Secrétaire d'Etat à
l'Emploi et les partenaires sociaux pour trouver des solutions concrètes pour
favoriser l'emploi des seniors (tutorat, cumul emploi-retraite, temps partiel…).
Les entreprises doivent évoluer ; et celles qui ne le feraient pas seront sanctionnées,
à partir de 2010 ; c'est d'ailleurs leur intérêt puisque la situation sur le marché
du travail fait qu'elles devront conserver leurs compétences pour répondre aux
besoins de leurs marchés ; mais les mentalités des salariés doivent évoluer aussi.
Chacun doit jouer le jeu pour que demain, le taux d'emploi des seniors dans notre
pays atteigne les objectifs européens en la matière.
Les
carrières longues ou pénibles
Beaucoup d'entre vous évoquent
aussi les carrières longues, comme Martine, de Granville. Dans ce domaine, les
choses sont claires : il est normal et juste que ceux qui ont commencé à travailler
très tôt, souvent dans des conditions difficiles, et qui ont cotisé deux ans de
plus que ce qui est nécessaire puissent s'ils le souhaitent partir avant 60 ans.
C'est pourquoi nous avons souhaité reconduire le dispositif carrières longues
: ce dispositif coûte 2 milliards d'euros et concerne environ 100 000 personnes
par an, des personnes qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans. Mais nous
offrirons aussi le choix à ceux qui le souhaitent de continuer à travailler pour
améliorer leur retraite grâce à la surcote. Nous allons d'ailleurs mettre
en place une surcote incitative, en donnant 5 % de pension de retraite de
plus par année de plus cotisée. Concrètement, si vous avez aujourd'hui 60 ans,
que vous avez déjà cotisé 40 ans, et que vous acceptez de travailler une année
de plus, votre pension sera augmentée de 5 % jusqu'à la fin de vos jours.
| "Nous avons souhaité reconduire le dispositif
carrières longues" |
Comme le dit également Martine, les carrières
longues ont souvent été des carrières pénibles. Vous êtes d'ailleurs nombreux
à évoquer la pénibilité dans vos témoignages, à nous demander des précisions,
comme Michel, de Dijon. Vous le savez, les partenaires sociaux sont en train
de discuter sur le sujet et nous respectons ce temps du dialogue social. Il
reste une réunion pour aboutir, et j'espère que ce sera le cas à la fin du mois.
Néanmoins, si les partenaires sociaux n'aboutissaient pas à un accord sur la pénibilité
d'ici à la fin du mois, nous ne laisserons pas ce dossier s'enliser, nous n'en
resterons pas au statu quo : nous prendrons nos responsabilités, en proposant
des mesures concrètes pour ceux dont l'espérance de vie est réduite du fait d'une
exposition prolongée à la pénibilité. Mais la solidarité nationale ne prendra
pas en charge seule le coût de ces dispositifs ; les entreprises seront mises
à contribution.
Pouvoir d'achat et du montant
des pensions
Vous êtes également nombreux à vous exprimer, comme Isabelle,
de Paris, sur le cumul emploi-retraite, en demandant qu'il soit rendu possible.
Nous allons le libéraliser, et permettre à ceux qui le souhaitent de reprendre
ou poursuivre une activité une fois à la retraite sans aucune restriction.
| "Il faut que le jeune qui débute sa carrière
à 23 ans voit sa retraite et son pouvoir d'achat garantis après toute une vie
de travail" |
Enfin, un dernier point, qui revient dans la
quasi-totalité de vos témoignages : la question du pouvoir d'achat et du montant
des pensions, et notamment des revalorisations. L'enjeu central du rendez-vous
2008 sur les retraites est de garantir durablement le pouvoir d'achat et la retraite
de nos retraités, mais aussi de leurs enfants, et de leurs petits-enfants.
Vous parlez souvent dans vos messages des jeunes, qui entrent aujourd'hui plus
tard que leurs parents sur le marché du travail, parce qu'ils font des études
longues. Il faut que le jeune qui débute sa carrière à 23 ans voit sa retraite
et son pouvoir d'achat garantis après toute une vie de travail. Et pour cela,
il nous faut prendre des mesures courageuses.
Si nous ne faisons rien,
même avec le passage à 41 ans de cotisations, le déficit atteindra plus de 11
milliards d'euros pour le seul régime général en 2012. Nous sommes donc la
dernière génération qui a le choix d'être courageuse, pour pouvoir garantir l'avenir
de nos retraites, de celles de nos enfants, et pour garantir le montant des pensions,
et les revaloriser. Sur ce dernier point, nous sommes d'ailleurs au
rendez-vous des revalorisations attendues et annoncées pendant la campagne présidentielle
par le Président de la République : + 25 % pour le minimum vieillesse sur
le quinquennat, la revalorisation des retraites agricoles les plus faibles, l'augmentation
des pensions de réversion, de 54 à 56 % dès le 1er janvier 2009 pour atteindre
60 % en 2011, la revalorisation de l'ensemble des pensions de retraite
au 1er septembre 2008 pour tenir compte de l'inflation plus importante que prévue.
Dialoguer
avec le gouvernement
Je suis donc convaincu que chacun saura jouer le
jeu de la réforme, et comprendra que si nous prenons des mesures généreuses,
il faudra aussi des mesures courageuses pour les financer. Nous pouvons et nous
devons collectivement redonner confiance dans notre système par répartition, et
le consolider.
Je remercie le site linternaute.com pour m'avoir donné la
possibilité de répondre à vos questions. Avec Laurent Wauquiez, Secrétaire d'Etat
à l'Emploi, et André Santini, Secrétaire d'Etat à la Fonction publique, nous avons
en outre décidé de développer l'interactivité, et de vous donner la possibilité
de vous exprimer sur les retraites sur Internet, sur le forum
gouvernemental, où nous répondrons régulièrement aux questions les plus fréquemment
posées. C'est un devoir de transparence et d'explication que nous avons envers
vous. Merci à l'ensemble des internautes qui font vivre ce débat en ligne.
Paris,
mai 2008
Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales,
de la Famille et de la Solidarité