Thierry Gasquet et Jérôme Bouffard,
avocats
associés au sein du cabinet Morvilliers-Sentenac à Toulouse, ont
analysé la législation fiscale pour 2007 et ses nouveautés.
Quelles sont les grandes nouveautés de la loi fiscale pour 2007 ?
Thierry Gasquet et Jérôme
Bouffard: La loi du 30 décembre 2005, dite loi de finances pour 2006,
a prévu un certain nombre de mesures devant entrer en vigueur en 2007, lors de
l'imposition des revenus perçus en 2006, et ayant pour but d'améliorer la lisibilité
de l'impôt sur le revenu et d'en alléger le montant.
Pour ce faire, le nombre
de tranches d'imposition du barème de calcul de l'impôt est ramené de sept à cinq,
chacune étant majorée de 25 % par rapport aux quatre premières tranches de l'ancien
barème. La simplification est donc notable; surtout si l'on se souvient qu'en
1994, le nombre de tranches était déjà passé de douze à sept.
De même,
les taux d'imposition sont réduits de 20 % et fixés respectivement à 0 % (pour
les revenus n'excédant pas 5.515 euros), 5,5% (pour les revenus compris entre
5.515 euros et 10.846 euros), 14% (pour les revenus compris entre 10.847 euros
et 24.431euros), 30% (pour les revenus compris entre 24.432 euros et 65.558 euros)
et 40 % (au-delà de 65.559 euros de revenus). Le taux marginal (52,75 % en 2002)
est donc en baisse; corrélativement, l'abattement de 20 %, dont bénéficiaient
les salariés et assimilés ainsi que les adhérents des centres de gestion et d'associations
agréés, est supprimé et intégré dans le nouveau barème.
Enfin, un " bouclier
fiscal " est également mis en œuvre, conformément au dispositif de même nature
existant déjà en Suède, Finlande et Espagne.
Les particuliers vont-ils payer moins d'impôts en
2007 que les années précédentes ?
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| Thierry Gasquet, avocat associé au cabinet
Morvilliers-Sentenac |
C'est du moins le souhait
affiché du gouvernement qui, symboliquement, a codifié ce système du bouclier
fiscal à l'article 1er du Code Générale des Impôts.
Concrètement, aucun
contribuable ne pourra, en principe, payer des impôts directs (impôt sur le revenu,
impôt sur la fortune et impôts locaux) supérieurs à 60 % de ses revenus. Dans
le cas contraire, le contribuable pourra obtenir restitution du trop-perçu sur demande expresse formulée avant le 31 décembre de l'année au cours de laquelle
le droit à restitution a été acquis.
Mais il faut préciser que le nouveau
droit à restitution s'exerce sur demande expresse formulée après le paiement des
différents impôts, ce qui suppose que le contribuable fasse une avance de trésorerie
à l'État… Cette restitution ne prive cependant pas l'Administration de son droit
de contrôle qui pourra réclamer au contribuable la restitution du reversement
effectué à son profit même si les revenus rectifiés par elle à la suite de son
contrôle sont issus d'une période atteinte par la prescription.
Quant à
savoir si la réforme d'ensemble de l'impôt sur le revenu va conduire effectivement
à une baisse de l'impôt, conformément à ce qu'annonce le gouvernement, tout dépendra
du montant des revenus et de la tranche d'imposition, donc de la situation de
chaque foyer fiscal ; il n'y a pas, en la matière de règle absolue.
Sur
ce point, Jean-François Copé vient d'annoncer qu'un formulaire ad
hoc sera prochainement disponible sur le site Internet du ministère (www.impots.gouv.fr)
afin d'aider les contribuables à savoir s'ils sont, ou pas, couverts par le dispositif
du bouclier ; selon le ministre, cela concerne potentiellement 100.000 contribuables
dont 90% de contribuables aux revenus modestes.
Ce qui est certain, c'est
que, selon le Conseil Constitutionnel, l'instauration de ce bouclier fiscal "loin
de méconnaître l'égalité devant l'impôt, tend à éviter une rupture de l'égalité
devant les charges publiques".
Par ailleurs, le ministère vient également
d'annoncer, sans plus de précisions, une baisse forfaitaire de l'impôt sur le
revenu et qui devrait, selon lui, bénéficier à tous les contribuables, mensualisés
ou pas. Cette baisse devrait se traduire très concrètement par une diminution
des premiers acomptes ou des premières mensualités acquittées par chaque contribuable
en 2007.
A signaler enfin que les particuliers devraient bénéficier d'une
prime pour l'emploi revalorisée dont le montant passera à 714 euros en 2006 puis
948 euros en 2007.
Quels sont les différents points ou les astuces
que les particuliers pourraient utiliser pour diminuer leur fiscalité ?
Le
premier conseil que l'on peut donner est d'optimiser les conséquences fiscales
de chaque décision prise et, par exemple, de déclarer et de déduire les rémunérations
versées aux femmes de ménage ou aux baby-sitters. En outre, en cas de divorce
ou de séparation, la détermination du foyer fiscal de rattachement des enfants
communs doit être étudiée avec soin.
Quels placements défiscalisants
conseillerez-vous à vos clients pour 2007 ? Borloo ? Immobilier défiscalisant
ou PEA, autres ?
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| Jérôme Bouffard, avocat associé
au cabinet Morvilliers-Sentenac |
La loi portant engagement
national pour le logement, adoptée le 30 juin 2006, a apporté plusieurs aménagements
aux dispositifs applicables aux investissements immobiliers locatifs.
Elle
a réaménagé la loi Robien pour les investissements réalisés à compter du 1er septembre
2006. Si le total des déductions pratiquées au titre de l'amortissement demeure
fixé à 50 % pendant les neuf premières années, sa répartition est différente et
le dispositif ne peut plus être prorogé à l'issue d'une période de 9 ans.
En
outre, deux dispositifs nouveaux ont été créés : le Borloo neuf (appelé aussi
Borloo populaire), qui concerne les investissements réalisés à compter du 1er
septembre 2006, permet aux propriétaires ayant opté pour l'amortissement Robien
de bénéficier, en plus de l'amortissement de 50 %, d'une déduction de 30 % des
revenus bruts et de proroger la déduction au titre de l'amortissement pour une
période de 6 ans maximum. Le propriétaire doit donner son bien location à des
conditions de loyer plus restrictives que celles du Robien (quatre cinquième de
ceux du Robien soit 16 euros m² à Paris et 11.10 euros m² dans les agglomérations
de plus de 250.000 habitants) et à des locataires qui satisfont certaines conditions
de ressources (revenus fiscal de référence maximum : 48.226 euros pour un couple
sans enfants à Paris et 35.198 euros dans une ville de plus de 250.000 habitants).
Enfin, la location à un ascendant ou à un descendant du bailleur est interdite.
Le
Borloo dit ancien permet de bénéficier d'une déduction de 30 % des revenus bruts
portée à 45 % lorsque les logements sont donnés en location dans le cadre d'une
convention avec l'Agence nationale pour l'habitat. Comme dans le Borloo neuf,
le propriétaire doit donner son bien location à des conditions de loyer restrictives
et à des locataires dont le revenu fiscal de référence n'excède pas les plafonds
susmentionnées. Ce dispositif qui concerne les baux conclus à compter du 1er octobre
2006 ne permet pas la location à un ascendant ou un descendant du bailleur.
Le
succès de ces dispositifs est encouragé par la suppression du dispositif Besson
ancien à compter du 1er octobre 2006 et la suppression du dispositif Robien social
(qui n'aura en fait jamais pu s'appliquer).
Tous ces avantages fiscaux ne
doivent pas constituer le seul catalyseur d'un investissement et les contribuables
doivent avant tout se renseigner sur le bien qu'ils achètent et penser à sa revente.
De plus, le prix des logements vendus dans le cadre de ces dispositifs
est bien souvent surévalué et intègre une partie de l'économie d'impôt dont l'acquéreur
entend bénéficier. Compte tenu des prix atteints par l'immobilier, il faut donc
plus que jamais veiller à ne pas surpayer un bien qui ne le mérite pas.
Quelles
sont les mesures mises en place par l'Administration fiscale pour s'adapter à
l'évolution des moyens de communication et à Internet ?
Un site
internet très complet qui comprend, notamment, la documentation administrative,
c'est-à-dire l'interprétation que fait l'Administration des textes fiscaux applicables,
la nouvelle charte du contribuable qui régit les rapports entre l'Administration
et les usagers, ainsi que les conventions fiscales signées avec les Etats étrangers.
Chacun peut en outre s'abonner et recevoir une lettre d'information portant sur
les dernières nouveautés fiscales sélectionnées en fonction de ses centres d'intérêts.
Par
ailleurs, l'Administration encourage la télé-déclaration qui lui permet d'économiser
un certain nombre de tâche de saisie et, par suite, de mobiliser les agents sur
des fonctions à plus forte valeur ajoutée. L'avantage offert en contrepartie aux
contribuables est somme toute modeste puisqu'il s'agit de la possibilité de souscrire
ses déclarations quelques jours après le délai imparti pour la généralité des
contribuables sans pénalité et d'une réduction d'impôts de 20 euros.
Toutefois,
la possibilité de souscrire toutes les déclarations de revenus (et en particulier
les déclarations catégorielles) par internet n'est pas encore offerte, ce qui
réduit quelque peu l'attractivité du système. Ce site permet également à chaque
contribuable de consulter son dossier fiscal, à savoir ses déclarations d'impôt
sur le revenu avec les avis d'imposition correspondants et de calculer le montant
de l'impôt sur le revenu. A partir de janvier 2007, une calculatrice en lige devrait
permettre à chaque contribuable de calculer le montant de la réduction de ses
acomptes ou prélèvements mensuels annoncée par Monsieur COPE.
Enfin l'Administration
teste actuellement dans trois départements pilotes (l'Essonne, le Loiret, et la
Meurthe et Moselle) une adresse internet unique permettant aux contribuables d'effectuer
leurs démarches en ligne comme par exemple déposer une réclamation ou solliciter
un délai de paiement.