Belle sous tous les angles.. Photo déposée par Vincent Giot
A quelle époque remonte votre expérience ?
S'il s'agit du premier intérêt pour cette voiture, cela remonte à 40 ans. Mais pour l'achat c'était il y a trois mois.
Quel est le modèle concerné (901, 930 Turbo, 993...) ?
Porsche 911 3, 2L Turbo Look 1986. Une voiture qui ne passe pas inaperçue.
Relatez-nous ces souvenirs.
Je viens de lire une contribution de Porschiste dont le titre est "Conte de fée". Et je suis frappé par la similitude. En lisant ce témoignage j'ai cru lire ce que j'avais envie d'écrire. La même passion, le même rêve de gosse réalisé bien plus tard. Il n'y a que quelques voitures mythiques pour provoquer une telle adoration quasi-blasphématoire.
Porsche 911 quelle histoire!
Pour moi ça a commencé par un intérêt vers tout ce qui roule. Dès 5 ans j'émettais un docte avis sur la dernière R8, la fabuleuse ds, la rare Mercedes (à l'époque dans les années soixante elles n'étaient pas courantes), la Rolls encore plus exceptionnelle.
Mais les voitures de sport qui ont marqué mon esprit d'enfant ce sont bien les Alpine A310 et les Porsche.
Le déclic c'est peut-être ma première voiture téléguidée offerte par mon parrain: une Porsche 911. C'est "en" Porsche que j'ai appris à tourner autour des chaises, passer sous une table, faire un créneau entre deux boites à chaussure. Pas étonnant ensuite que la ligne reste gravée, que le nom reste présent.
Et puis Porsche c'est les 24h du Mans, les Porsche 917, la quête du Graal automobile: les 400 km/h sur la ligne droite des Hunaudières. Jacky Ickx et sa formidable combativité. Alors quand on a été nourri au flat six depuis la tendre enfance avoir une Porsche devient un objectif obsessionnel. Avec le permis, mais étudiant, donc sans le sous, même une Porsche au rabais (924) reste un rêve inaccessible. Puis un jour un ami un peu plus fortuné vous fait "la" faveur: monter dans une Porsche 911 et même prendre le volant. Pour moi c'était le jour de l'enterrement de ma vie de garçon. Merci à Eric de m'avoir fait toucher le rêve la veille du moment ou j'allais m'engager dans une vie de couple qui me l'interdirait pour longtemps. Joie et frustration mêlées m'ont donné le goût de ne pas abandonner. Puis les années passent. Il faut payer la maison, déménager, les enfants arrivent, la salle de bain est à refaire, la voiture de la famille a besoin d'être changée. A chaque fois c'est le rêve de Porsche qui trinque. Mais le désir est toujours là. Un jour arrive les quarante ans et le rêve n'est toujours pas réalisé et on se dit qu'on ne voudrait pas être un croulant avec d'en posséder une. Pendant tout ce temps jamais un tour chez le concessionnaire Porsche, décidément trop frustrant quand on sait qu'on ne peut pas faire le chèque... Et puis un jour c'est arrivé, une rentrée d'argent un peu inespérée et j'ai décrété que même avec trois enfants à charge j'avais le droit de me faire plaisir. Alors j'ai commencé à lire les annonces. Mais pour acheter cette fois, et ça c'est déjà le début du plaisir. Puis j'ai commencé à appeler et à m'arrêter pour regarder des 911 de plus près. Et un beau jour en surfant de site à site je suis tombé par hasard sur une annonce avec une photo de très mauvaise qualité. Mais la description et le budget correspondaient. Le vendeur s'est fait un peu prier pour envoyer de bonnes photos avec les détails que je voulais. Quand je les ai reçu vers 15h00 un jour de février, je n'y ai plus tenu, j'ai quitté mon bureau sur le champ, j'ai pris le premier train et je suis parti à l'aventure, 400 km tout de même ! J'étais énervé comme jamais: l'argent à mettre sur le compte, l'assurance à prendre en route, personne pour donner un avis éclairé. Est ce bien raisonnable? La réponse est non, bien sûr, mais il y a toujours ce sourire qui ne passe pas et les autres voyageurs dans le train qui doivent se demander pourquoi.
Enfin, après bien des arrêts du dernier omnibus, le lieu de rendez vous est atteint: une gare au milieu de je ne sais où, en pleine nuit. Puis le doute, et si le vendeur ne venait pas? Il se fait attendre le bruit du flatsix. Mais un quart d'heure plus tard il monte ce bruit si caractéristique, il monte et il emplit le quartier et déjà elle est là: La Porsche si longtemps rêvée. Un tour de roue juste pour vérifier que les fonctions essentielles remplissent leurs missions. Le reste correspondait aux photos. Les papiers avaient l'air en règle. Rien de bien grave sur le contrôle technique. Ce n'est pas la direction sans assistance, ni l'embrayage de Berliet qui vont me refroidir. Et me voici en train de signer les papiers dans la gare désertée sur le coin d'une poubelle (seul support éclairé dans la gare). Après l'aventure devient réalité. Mais apprendre à conduire une Porsche en pleine nuit sur un trajet méconnu en hiver - pas évident. Ouvrir le toit ouvrant en cherchant à régler les rétroviseurs - pas simple. Trouver la bonne combinaison des manettes pour avoir un peu de chauffage en passant aux pieds des Pyrénées - plutôt coton ! (Les utilisateurs me comprendront). Mais quelle force ! Quelle réserve de puissance! Quel coup de pied au c... En sortant des virages. La réalité vaut bien le mythe. Cette voiture est envoûtante. Maintenant c'est à mon tour d'accorder "la" faveur: faire un tour en Porsche et l'ultime étape: prendre le volant. Un ami admiratif a déclaré: "la barre est haute ! ". Lui il voudrait acheter une Ferrari, mais il n'a pas franchi le rubicon. Eh oui, elle est haute la barre car trouver mieux que cette 911 au caractère bien trempé ce n'est pas si facile. Vous en connaissez beaucoup vous des voitures de sport qu'un enfant de 5 ans ou un papy de 80 reconnaissent du premier coup d'œil ? Et puis il y a le plaisir la conduite, pardon, du pilotage. Et là il faut essayer pour savoir...