Experts en limitation de vitesse
Didier Gourvat
, Domont
le 02 juillet 2007
Vous êtes pour la suppression des panneaux indiquant les radars fixes
Après avoir lu un certain nombre de témoignages, je tiens à apporter quelques précisions à la personne qui pense que les limitations de vitesse sont déterminées par des experts.
A - Lors de la construction d'une route, la topologie et la géologie imposent de faire des choix technico-économiques pour différents tracés. Ce choix s'appuie d'une part sur des études statistiques qui lient des caractéristiques telles que les pentes, les dévers et les rayons de courbures à un risque d'accident. Il s'appuie d'autre part sur une valeur chiffrée de la vie humaine.
Pratiquement cela peut se traduire dans l'exemple suivant dont les valeurs sont parfaitement fantaisistes.
La route droite coute un milliard.
La route courbe coute 200 millions avec le risque d'un accident tous les deux ans.
Le prix de l'accident, vie humaine comprise, coute 100 millions.
Il faut ajouter le concept de budget et celui de frais financiers et hop, la route courbe est construite.
Ceci est pure réalité et son fondement est la primauté du groupe sur l'individu.
Pour y pallier, les zones dangereuses pourraient être celles pourvues de panneaux puis de radars. Il est loin d'être sûr que cela corresponde toujours à la réalité.
B - Les limitations de vitesse sont fixées, selon le type de route, par différents intervenants.
Tout d'abord, la loi, et c'est le code de la route qui indique des vitesses limitées dans les cas généraux. Ensuite, le gestionnaire de la route peut, sous certaines réserves, fixer une limite plus basse.
Comme chaque maire des quelques 55 000 communes de France peut intervenir dans ce choix, cela signifie qu'il y a au moins 55 000 experts de la limitation de vitesse. Sans compter les nationales, traitées par la DDE département par département, les Conseils Généraux.... Cela fait beaucoup d'experts es-vitesse en France.
A noter que les 30 km/h en ville sont normalement encadrées par la loi. A savoir qu'il faut justifier l'intérêt particulier, proximité d'école, virages très dangereux, absence de trottoirs.... face à l'intérêt collectif d'une circulation libre et fluide. C'est rarement le cas. Les abus existent (encore de la démagogie) et ne sont jamais, ni sanctionnés, ni annulés. Ils servent par contre souvent à verbaliser.
C - Lorsque la vitesse limitée en ville est passée de 60 à 50 km/h, le directeur des Routes de l'époque (personnage s'appuyant réellement sur des experts) a annoncé ceci sur France Inter. "Nous avons remarqué que les gens roulaient en moyenne 10 km/h au-dessus de la vitesse limite, soit 70 km/h. Or, les études statistiques prouvent que la dangerosité est acceptable à 60 km/h. Nous avons donc diminué la vitesse à 50 km/h de façon à ce que les gens roulent à 60 km/h".
Ceci relativise l'expertise, valide le A de ce mail et pointe la tolérance.
D - Il existe une norme française, qui comme toute norme a force de loi, qui dit que, pour déterminer les variations sur une valeur, il faut multiplier par deux l'incertitude constatée sur l'étude.
Cela signifie que, lorsque vous avez un PV qui déduit 5 km/h par rapport à la vitesse relevée, il y a plusieurs fautes de l'état.
En effet, il est irréaliste de dire que l'incertitude de lecture ajoutée à l'incertitude du tachymètre ne dépasse pas 2.5 km/h.
La seule taille du conducteur suffit à apporter une imprécision de plus de 1.5 km/h du fait du parallaxe. Il n'en reste qu'un pour le tachymètre.
Ceci ne concerne que la lecture et non la difficulté d'avoir une vitesse réellement constante. Impossibilité, même, et qui devrait être intégré dans l'hypothétique étude.
Demandez aux représentants de la loi (forces de l'ordre ou Tribunal), où est l'étude. Ils le savent si peu qu'il est probable que, si elle existe, elle est enfouie, volontairement ou non.
Ensuite, cette tolérance ne doit pas être déduite de la vitesse relevée, mais ajoutée à la vitesse admise. C'est à dire que la vitesse autorisée est de 100 km/h avec une variation de + 10% (par exemple). Mais ce n'est pas une vitesse autorisée de 110 k:h considérée comme étant de 100.
D'une part, cela semble de la clémence de l'état quand c'est le contraire et d'autre part, une valeur fixe n'est pas statistiquement réaliste, sauf pour déterminer une limite basse.
Supposons qu'une étude trouve une variation de 10%, sur une vitesse de 30 km/h, cela n'est pas significatif. Il faudrait donc une tolérance de 10% avec un minimum de 10 km/h. Ce sont encore des chiffres d'exemple pour mieux comprendre le mécanisme.
La déduction de 5 km/h est hors la loi.
Pire, laissée à l'appréciation de la Police (ou de qui que ce soit sans fondement statistique) elle remet en cause un acquis fondamental de la Révolution Française en matière d'égalité. Il y a 36 poids et 36 mesures.
E - Encore un mot pour rappeler que, quand un très grand nombre de citoyens contreviennent à la loi, c'est que la loi n'est pas bonne.
C'est pour cela qu'il nous est rappelé qu'une très grande majorité d'automobiliste possèdent encore douze points sur leurs permis.
Mais quelle corrélation nous est donnée entre le nombre concerné et celui des kilomètres parcourus ?
D'ailleurs, cela devrait évoluer puisqu'il parait qu'il existe maintenant un trafic de points. Les gens, souvent âgés, qui n'utilisent pas de voiture donnent ou vendent leurs points en acceptant de se déclarer auteurs du dépassement de la vitesse autorisée (c'est volontairement que je n'ai pas écrit, excès de vitesse, les deux concepts étant fort différents).
Faute d'information, la conclusion est évidente, "les experts" mentent par omission.
En conclusion, il est normal qu'une société fasse passer l'intérêt collectif avant l'intérêt de l'individu.
En revanche, est-il normal qu'elle ne l'affirme pas haut clair et fort en disant pourquoi et comment ?
Certainement puisque cela permet de faire avaler n'importe quelle couleuvre.
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