Nicolas Cage is a lord
Ce que j'ai aimé:
Il est des films dont on se demande ce qu’il deviendrait sans leurs acteurs principaux. Est-ce que Scarface serait Scarface sans Al Pacino ? Est-ce que Le Parrain demeurerait Le Parrain sans Marlon Brando et – encore ! – Al Pacino ? De la même façon, que resterait-il de Lord of war sans l’interprétation remarquable de Nicolas Cage. D’un film sur le trafic d’armes, le jeu hallucinée de Nicolas Cage fait une œuvre cinématographique qui dépasse son sujet, aussi polémique qu’instructif. La dénonciation d’une injustice ne donne pas toujours de bons films. Bons sentiments, volonté didactique sont rarement compatibles avec cette mécanique de précision et de subtilité qu’est le cinéma. Quand on accompagne le spectateur, quand on lui explique ce qu’il doit penser, on se perd dans le manifeste, on ne raconte plus une histoire. Andrew Niccol évite cet écueil avec brio. Il retrouve la veine de « Bienvenue à Gattaca », perdue dans « Simone », tout en finesse pour raconter un sujet pourtant lourd. Le scénario fourmille de révélations sur un sujet que le grand public connaît peu. Mais, j’y reviens, la grande trouvaille de Niccol, c’est de laisser les clés du film à Nicolas Cage. Il faut l’avouer, depuis quelques productions bâclées, je croyais de moins en moins à cet acteur génial. Mais comme le diable sorti de sa boite, son interprétation nous saute à la figure et nous saisit aux tripes. Aussi cynique, contradictoire, tourmenté que le monde qui l’entoure, Nicolas Cage n’est pas seulement l’acteur principal du film : c’est le film. On en apprend autant à partir des faits historiques relatés (par exemple, l’éclatement de l’URSS fut l’âge d’or du trafic d’armes) qu’à partir d’une expression de Nicolas Cage. Qu’il soit dévoré d’ambition ou qu’il se regarde avec dégoût, Nicolas Cage n’est rien d’autre que l’image d’une société qui sécrète progrès et destruction, guerre et paix, maladies et vaccins, chimère et bellérophon. Lord of war est le film à voir de ce début d’année.
Un avis de Virginie Rabono, 06/03/2006