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Isabelle Cauvet le 24 juin 2009
Ce que j'ai aimé : "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, dernièrement en compétition officielle pour la palme d'or au Festival de Cannes, est le dix-septième film du réalisateur espagnol. Parmi les précédents films on peut citer:"Femmes au bord de la crise de nerfs"(1988), "Talons aiguilles"(1992), "Tout sur ma mère"(1999), "Parle avec elle" (2002), "La mauvaise éducation"(2004), "Volver"(2006).Le dernier Almodovar est un drame romantique mais c'est surtout une déclaration d'amour au cinéma.Une grande partie de l'action se passe sur les lieux de tournage, les plateaux de cinéma: techniciens, acteurs, monteurs, narrateurs...y sont mis en avant.Le premier plan du film est surprenant:un oeil occupe tout l'écran, le visage de Mateo(cinéaste aveugle) s'y reflète; en un seul plan le principal est déjà dit.Viseurs, caméras, caméscopes, appareils photo, télévision (extrait de "Voyage en Italie" de Rosselini)donnent des images, beaucoup d'images, qui rendent hommage au cinéma, passion avouée d'Almodovar. On n'oubliera pas la scène émouvante des mains qui découvrent les dernières images de l'être aimé. Le cinéaste aveugle(Luis Homar)écrit, raconte des histoires, fait des scénarios; il y a quatorze ans il a perdu la vue et la femme de sa vie dans un accident de voiture, depuis il est entouré de son ancienne directrice de production, Judit(Blanca Portillo)et du fils de celle-ci, Diego. Un habile jeu de flash-back permet d'introduire Lena(Penelope Cruz)et tel un puzzle l'histoire est reconstituée par le spectateur. Lena pleure, son père est atteint d'un cancer incurable; Lena souffre, elle étouffe chez son amant possessif (un richissime industriel interprété par José Luis Gomez). Elle veut être actrice et tombe follement amoureuse du réalisateur qui la dirige. Elle n'est pas libre d'aimer Mateo; elle est espionnée, traquée, filmée par le fils de l'industriel sur l'ordre de ce dernier: encore des images; des images volées, "sonorisées" en lisant sur les lèvres. Lena est malheureuse, tourmentée, on peut voir dans ses yeux une triste résignation. Pour Almdovar un film est un être vivant qui évolue tout au long du tournage. De plus il souligne la fragilité du cinéma, il suffit que quelqu'un s'interpose entre le film et le réalisateur pour anéantir une oeuvre, d'où l'importance du choix de la bonne prise et d'un montage efficace. Le film compte de nombreuses références cinéphiles, allusions à Bunuel et son "Chien Andalou", aux mélodrames de Douglas Sirk, au roi du suspense Alfred Hitchcock, à Haneke avec "Caché"...et à lui-même avec "Filles et valises" un décalque de "Femmes au bord de la crise de nerfs". Le film dans le film apporte un peu de fraîcheur et de gaieté; Mateo va décider quatorze ans après de monter cette comédie car "les films il faut les terminer même à l'aveugle" pour l'Amour du cinéma.