+0
Thibaut Renesson Philipon le 9 octobre 2007
Ce que j'ai aimé : Désespérés le matin, voulant fuir ce qu’ils ont vécu la veille, le médecin désabusé, le paumé estropié et l’abandonnée sur le déclin ne peuvent s’empêcher de se retrouver, le soir, pour fuir encore une fois les maux de leur journée. C’est la rencontre de trois individus que tout distingue au moment sordide où ils échouent. Ils sont passés de l’autre côté. Pierre et Irène se cherchent un peu, Seb le boulet-canne est là quand il faut et le reste du temps. L’avenir n’est pas à eux. Un film parfois dénigré par la critique et souvent mal perçu par le spectateur. Et pour cause, Á Boire est un film léger, avec un scénario un peu absent, un déroulement événementiel sans trop d’intérêt. C’est un film gênant, qui nous transmet son vertige nauséeux. Et le produit final, pourtant, est étonnamment désopilant. Le jeu d’acteurs est irréprochable, fin, subtil, sans fausses notes. Le verbe est inattendu, la maîtrise du détail est déconcertante. Emmanuelle Béart qui joue le rôle de la manipulatrice inexpérimentée la rend parfaitement séduisante, Édouard Baer saisit les traits infects d’un corrupteur sans scrupule à qui l’on pardonnerait tout, Atmen Kélif, enfin, qui ne pourrait pas être plus crédible dans le rôle du loser attachant, contourne habilement la caricature et dresse l’authentique portrait psychologique du malaise du tocard. Un film qui vous fout une effrontée gueule de bois, vous enivre et vous demande ensuite qu’elles étaient vos limites. À voir et à revoir, pour rire en déprimant et se rappeler les improbables répliques d’un drame comique parfaitement achevé.