EN BREF Sicile, XIXe siècle. Le Prince Salina, un riche propriétaire, ne peut que constater la déchéance de son pouvoir après l'unification italienne. Et alors que les bourgeois de la péninsule tentent d'ignorer tous les mouvements nationalistes qui agitent le pays, le prince ne sait comment réagir face à cette situation...
La restauration du film "Le Guépard" permet de voir ou de revoir, et surtout de conserver ce chef-d’œuvre cinématographique italien signé Luchino Visconti. "Le Guépard" est l'adaptation du célèbre et unique roman de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa (1958); vaste fresque de la fin d'une époque et du début d'une autre.
L'action se situe en Sicile en 1860, date de l'unification de l'Italie et du débarquement de Garibaldi sur l'île. Le prince Fabrizio di Salina (Burt Lancaster) comprend qu'un nouveau monde arrive, il favorise le mariage de son cher neveu Tancrède (Alain Delon) avec Angelica (Claudia Cardinale), fille du maire de Donafugata, bourgeois arriviste et fortuné. "Il faut que tout change pour que tout se conserve", telle est la devise du prince. La très longue scène du bal (50 minutes) avec l'entrée d'Angelica dans le monde des aristocrates montre cette mutation.
Visconti a su filmer à la perfection la splendeur des palais et la manière de vivre de ses occupants; aristocrate lui-même, il y a un côté autobiographique dans son film, il a poussé le raffinement très loin: propriétés restaurées, meubles authentiques, fleurs naturelles dans tous les vases, costumes à l'identique avec port du corset pour les femmes...Maniaque, Visconti veut ainsi restituer l'ambiance réelle d'alors. Tout est très beau mais la fin de ce monde est perceptible: jeu de miroir où l'image de Tancrède vient remplacer celle du prince, plan remarquable sur les visages poudrés de poussière des membres de la famille Salina à leur arrivée à Donafugata, isolement du prince parmi la foule des danseurs...
Les couleurs, l'éclairage soigné (lors du bal de vraies bougies allumées donnent une ambiance unique), la musique de Nino Rota, la valse écrite par Verdi, tout contribue à la beauté du film.
Les acteurs sont excellemment dirigés par Visconti, réalisateur très exigeant. Burt Lancaster fait oublier totalement le cow-boy américain, il est d'une distinction parfaite ; à ses côtés Alain Delon, plein de fougue et de jeunesse, et, Claudia Cardinale, bellissima, forment un couple inoubliable. Visconti avait déjà fait tourner ensemble Delon et Cardinale en 1960 dans "Rocco et ses frères", il fera à nouveau appel à Burt Lancaster pour jouer dans "Violence et passion" en 1975. Palme d'or à Cannes en 1963 "Le guépard" va devenir un succès mondial qu'il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie.
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