Luc Besson (réalisateur) "Sur ce film, j'avais un devoir d'humilité"

luc besson sur le tournage de 'the lady'
Luc Besson sur le tournage de "The Lady" © Vincent Perez / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Par rapport à des personnages de fiction comme Nikita, est-ce plus difficile de mettre en scène des personnages ayant réellement existé ?

Ce n'est pas plus difficile, c'est particulier parce qu'Aung San Suu Kyi est non seulement vivante, mais elle continue de se battre. Quand on a commencé le film, elle était assignée à résidence depuis 11 ans, alors on a un devoir d'humilité, de courtoisie. On ne peut pas faire n'importe quoi. C'est trop risqué pour elle d'abord, et, là où ça se complique, c'est qu'en plus on n'a pas les infos. Ses proches, sa famille ne l'ont pas vue depuis son assignation, donc ils ont un souvenir d'elle d'il y a 11 ans. Tous ses amis politiques sont en prison, invisibles, et on n'a pas le droit d'aller en Birmanie.
C'était vraiment compliqué parce que la dernière chose que je voulais, c'était la trahir et parfois en imaginant faire du bien, on fait peut-être faire du mal. J'ai été beaucoup aidé par 200 Birmans. On est allé faire un casting dans le Nord de la Thaïlande, dans une réserve de réfugiés birmans, et ils sont restés avec nous tout le temps sur le tournage. Ils ont joué de petits rôles, les assistants, les traducteurs. Ce sont donc eux mes garants parce qu'ils sont capables de vous dire si le film est en accord avec la sensibilité du pays et peuvent vous corriger. Et moi, je leur posais la question toutes les 4 secondes.

 

michelle yeoh, the lady
Michelle Yeoh, The Lady © Vincent Perez / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Avez-vous été en contact avec Aung San Suu Kyi avant et pendant le tournage du film ?

Avant le tournage, on lui a passé un petit message, qui a mis 3 - 4 mois à lui parvenir, où je voulais juste la prévenir, qu'elle sache qu'on faisait un film sur elle. Elle n'a pas demandé ce film, elle n'y a pas participé, ni lu le scénario, mais je ne voulais pas qu'elle apprenne par les autorités ou par les Birmans qu'un film se faisait sur elle.

 

Son histoire est exceptionnelle. Comment expliquez-vous qu'elle n'ait pas déjà été portée à l'écran ?

Je ne sais pas. Moi, je connaissais un peu son histoire, mais très peu. Elle apparaissait surtout comme une femme très forte, très dure. La société aujourd'hui est tellement cynique que quand une femme est forte, c'est qu'elle est forcément dure. Non, si on est fort, c'est qu'on a des armes, qu'on est puissant.
Dans les articles que j'ai pu lire, elle donnait l'impression d'avoir une espèce de poigne de fer, mais quand on lit son histoire, on s'aperçoit que sa force, c'est l'amour, rien d'autre. Et ce message-là, c'est celui qui m'a guidé dès le départ. Aujourd'hui, dans ce monde cynique où on pense que la seule façon d'être fort, c'est d'avoir des armes et de l'argent, on s'aperçoit qu'une femme de 50 kilos, seule, peut tenir tête à 200 000 militaires juste avec l'amour de son pays, de son mari et de ses enfants. C'est la seule chose qui la fait tenir.
En plus, elle prône la non-violence, donc elle désarme son adversaire.