Luc Besson (réalisateur) "Michelle Yeoh en avait marre des arts martiaux"

C'est nouveau ça pour vous parce qu'Isabelle Adjani dans "Subway", Anne Parillaud dans "Nikita", Nathalie Portman dans "Léon"... Elles sont toutes armées, bagarreuses.

Pas toutes. En réalité, lorsqu'on regarde "Subway", on voit une femme qui représente justement la féminité, le côté plus adulte par rapport à ce gamin joué par Christophe Lambert. Elle a du mal, mais elle ne se bat qu'avec sa féminité.
Quand on regarde "Le Grand Bleu", la femme n'a à proposer au héros que son amour. Elle lui dit : "je comprends très bien que tu aies envie d'être un dauphin, mais tu n'y arriveras pas. Moi je suis là, alors pourquoi tu ne m'aimes pas moi, parce que moi je t'aime". Elle se bat avec des armes qui sont très pacifistes.
Si on prend Angel-A, elle est la féminité du personnage masculin. Donc, pour certains de mes personnages je suis d'accord, mais ce n'est pas une constante.

 

N'était-ce pas un peu frustrant de diriger Michelle Yeoh, une spécialiste des arts martiaux, dans un rôle aussi statique ?

Je n'ai pratiquement jamais fait de films d'action. Prenez "Subway" par exemple, ou "Le Grand Bleu", "Angel-A", "Atlantis"... "Jeanne d'Arc", c'est un film historique. J'en ai écrit et produit beaucoup - "Le Transporteur", "Taken" et d'autres -, mais ça ne m'intéresse pas de les réaliser.

Je n'ai pratiquement jamais fait de films d'action

Même dans "Léon", il y a en réalité très peu d'action dans le film si on regarde en minutage. Le rapport entre cette espèce d'analphabète de 110 kilos et cette 2e plante verte qui est à côté de lui, comment ils vont apprendre à se connaître, puis s'aimer l'un l'autre, c'est ça le film, donc pas ce que moi j'appelle un classique film d'action. Je n'ai en réalité jamais filmé de scènes de combat avec un Jet Li.
Michelle, je la connais depuis longtemps et la seule chose qui m'intéressait, c'était bien elle en tant qu'actrice, pas du tout ses aptitudes. C'est une danseuse à la base, donc c'était beaucoup plus facile de lui apprendre les arts martiaux qu'à une actrice. C'est pour cette raison qu'elle a démarré ainsi, mais je pense que ça fait longtemps qu'elle souffre justement de ne pas avoir d'autres types de rôles. Elle en a un peu marre qu'on lui demande tout le temps de faire des arts martiaux. Elle a envie de jouer.

 

michelle yeoh dans la peau d'aung san suu kyi
Michelle Yeoh dans la peau d'Aung San Suu Kyi © Vincent Perez / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Comment expliquez-vous la ressemblance impressionnante entre Aung San Suu Kyi et Michelle Yeoh, actrice malaisienne ?

D'abord parce que c'est une très bonne actrice, et puis, parce qu'elle a beaucoup beaucoup beaucoup travaillé. Pour ressembler à quelqu'un, il faut partir de l'intérieur.
C'est à partir du moment où elle aura placé sa voix avec le même timbre, le même petit accent d'Oxford, où elle aura travaillé sa gestuelle, sa façon de se tenir, sa démarche en longi, la façon dont elle tient sa tête avec les fleurs, qu'elle tiendra le personnage.
C'est ça qui fait qu'on voit Aung San Suu Kyi et après, on arrange l'extérieur, la coiffure, etc. La lumière a été travaillée à l'aide de photos pour que vraiment on soit très très près. J'ai filmé tous les angles qui ressemblent à Aung San Suu Kyi, pas les autres. Il y a des focales qui lui vont et d'autres pas. Mais il faut commencer par l'intérieur, avant ces aspects techniques.