Luc Besson (réalisateur) "Les militaires vont avoir le film en travers pendant dix ans"

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"Aung San Suu Kyi  a besoin de lumière pour que la démocratie birmane voit le jour" © Vincent Perez / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Aung San Suu Kyi a été libérée en novembre 2010, en plein tournage. Y avait-il une volonté avec ce film de contribuer à sa libération ? Quel rôle peut encore jouer le film dans son combat ?

Bien sûr, j'avais envie de l'aider. D'abord en transmettant un message qu'elle avait donné il y a quelques années et qui est à la fin du film : utiliser votre liberté pour parler de la nôtre, puisque les Birmans eux n'ont pas cette liberté. Ce qu'il y a de pire dans sa situation, c'est d'être dans le noir. Son histoire a besoin de lumière pour que cette démocratie voie le jour.
Il est beaucoup plus facile pour les militaires de passer des lois terribles, de mettre des milliers de personnes en prison, lorsqu'ils sont dans l'ombre.
Par contre, quand vous êtes dans la lumière, vous vous tenez un petit peu mieux. Or, depuis 2-3 ans, cette lumière baissait. Le prix Nobel a eu un effet magistral pendant quelques années, mais ça s'effrite. Toutes les ONG (Amnesty International, Human Rights Watch...) font un travail formidable, mais elles s'épuisent au bout d'un moment et, malgré leurs efforts, la lumière descend tout doucement.
L'un des avantages des artistes, c'est d'amener d'un seul coup une lumière émotionnelle très forte, parce que le film va sortir dans une centaine de pays, puis en DVD et après à la télé dans 120 pays. Donc ils vont avoir le film en travers pendant dix ans. Ceux qui font vraiment le travail sont les ONG, mais c'est un outil supplémentaire.

 

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Aung San Suu Kyi a été assignée à résidence pendant 15 ans © Magali Bragard / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Pendant une grande partie du film, 15 ans dans la réalité, Aung San Suu Kyi est assignée à résidence, seule, dans sa maison. Comment avez-vous fait pour rendre cela cinématographique ?

Ça aurait pu devenir ennuyeux assez vite si je ne m'étais penché que sur cette partie, mais en fait il se passe toujours quelque chose. Déjà les militaires font un peu n'importe quoi puisque, pendant ces 20 années, ils n'ont jamais pris une seule décision sans avoir consulté une voyante. Le mari d'Aung San Suu Kyi, lui, se bat en permanence. Il a été à l'ONU, voir les Américains, les Français. Et puis, il y a le suspense dû au fait qu'on se demande comment ils vont faire pour qu'elle sorte, comment ils vont y arriver. Et quand on pense que ça s'améliore...
Il y a une scène que j'aime vraiment beaucoup, c'est cette émotion qu'ils ont quand la Ligue nationale pour la démocratie gagne les élections.  Tu te dis : ils ne se sont pas battus pour rien, ça a été d'une dureté, d'une cruauté, mais ça y est, ils ont gagné... et les militaires annulent ça en une minute. Toutes ces années de souffrance, d'efforts disparaissent en un claquement de doigts.
En plus, Michelle joue très bien cette scène. On sent toute sa frustration, mais elle reste sur sa ligne de non-violence et on se demande comment elle fait.