Luc Besson (réalisateur) "Aung San Suu Kyi s'inscrit dans la lignée de Gandhi et Martin Luther King"

aung san suu kyi, apôtre de la non-violence
Aung San Suu Kyi, apôtre de la non-violence © Magali Bragard /2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

A travers ce film, vous rendez également hommage à de nombreux apôtres de la non-violence comme Gandhi, Martin Luther King... Est-ce une manière de rendre le combat d'Aung San Suu Kyi universel ?

C'est ce qui la fait tenir, les mots, ces personnages qui ont tenu, souffert. Elle s'inscrit dans cette lignée-là. C'est elle qui fait passer ce message en fait. C'est vraiment un îlot de résistance. Je sais par exemple que la scène où elle montre une citation à un petit soldat a vraiment eu lieu. Elle faisait ça en permanence.
Il y avait beaucoup de gens qui avaient peur d'aller la garder. Avant qu'elle ne soit en résidence surveillée, on a commencé par la mettre en prison et ça a tenu 3 jours. Personne ne voulait fermer la porte. Les gardiens ont tellement de respect pour elle et pour son père qui est un héros national qu'on ne peut pas mettre cette femme en prison. Les gardiens démissionnaient. On l'a mise dans sa maison parce qu'on ne pouvait pas la garder en prison.

 

Pourquoi ne pas avoir intégré d'images réelles des discours prononcés par Aung San Suu Kyi dans le film comme vous le faites à la fin du film avec les images du mouvement de protestation des moines birmans ?

Parce que moi ce qui m'intéressait c'était d'étudier comment elle est devenue la Aung San Suu Kyi qu'on connaît aujourd'hui. Entre le moment où elle perd son mari et aujourd'hui c'est presque la même femme, elle reste et elle se battra jusqu'au bout pour son pays. Donc il n'y a pas beaucoup d'évolution et j'arrête le film en réalité à la mort de son mari.

On sent que le bouddhisme est passé par là

Dans l'épilogue, j'ai mélangé avec des images d'archive pour servir de transition entre le film et la réalité. On commence à mélanger tout doucement les deux pour revenir à ce que vous savez. Et je pense que la "révolte safran" des moines est un bon épilogue.
C'était en 2007, Aung San Suu Kyi n'a rien à voir avec cette révolte puisqu'elle était enfermée à ce moment-là, mais symboliquement avoir 500 000 moines qui rentrent dans Rangoon et qui se rassemblent devant chez elle, c'était l'occasion de voir comment elle avait survécu à ça. Elle est fatiguée, un peu résignée, mais en même temps elle est là, elle a le sourire et on sent que le bouddhisme est passé par là. On la sent beaucoup plus en paix.

 

michelle yeoh et luc besson en plein tournage
Michelle Yeoh et Luc Besson en plein tournage © Magali Bragard / 2011 EuropaCorp - Left Bank Pictures - France 2 Cinéma

Les personnages principaux de vos films sont souvent des héroïnes. Vous considérez-vous comme un réalisateur féministe ?

Non, pas spécialement. Je trouve que le véritable racisme, c'est quelqu'un qui dit : dans ma société, j'ai 5 noirs. A partir du moment où il le remarque, c'est du racisme. Pour les femmes, c'est pareil. Être féministe, ce serait mettre en valeur une action spéciale. Je ne me force pas.
Indépendamment de ça, les beaux rôles de femmes manquaient dans les années 1980-1990 où il y avait toujours le héros avec plein de muscles et la fille qui pleure derrière en disant "Reviens-vite". Ces films-là, ça va 5 minutes. En même temps, biologiquement, un homme c'est 49 % femme et 51 % homme, alors que les femmes c'est l'inverse.
Ce qui est intéressant sur un tournage, c'est qu'on vous demande d'être guerrier pendant la moitié du temps, c'est-à-dire d'être homme, et l'autre moitié d'être très féminin, par exemple lorsque l'actrice te dit : "Oui, mais avec la phrase-là, tu crois pas que si je fais un tout petit peu plus comme ça..." Et on alterne ainsi toute la journée entre une fonction de Général et une extrême sensibilité. C'est à cause de cette dualité qu'il y a chez un créateur que je ne fais pas vraiment de différence entre un comportement masculin et un comportement féminin. Les deux sont très présents en fait.