Décès de Danielle Darrieux : elle était "terrorisée" par la mort

Décès de Danielle Darrieux : elle était "terrorisée" par la mort MORT DE DANIELLE DARRIEUX - Quelques années avant son décès, la comédienne évoquait au micro d'Europe 1 sa peur de partir. Aujourd'hui, les hommages se multiplient pour saluer sa mémoire.

[Mis à jour le 19 octobre 2017 à 15h14] Quelques jours après l'annonce de la mort de Jean Rochefort, le 7e art est de nouveau en deuil. Jacques Jenvrin, compagnon de Danielle Darrieux, a annoncé que l'actrice qui avait fêté son centenaire le 1er mai dernier, est décédée ce mercredi 18 octobre dans la ville de Bois Le Roy, située dans l'Eure en Normandie. D'après Jenvrin, l'état de santé de la comédienne s'était dégradé suite à une chute. Voilà ce qu'il a déclaré à l'AFP : "Elle s'est endormie, on peut dire. A 100 ans passés, c'était une personne un peu diminuée, mais malgré sa cécité, elle était très attachée à la vie. On a encore eu une visite le 4 octobre, elle était très bien." Danielle Darrieux laisse derrière elle une carrière incroyable, longue de 80 ans. Il y a dix ans, sur l'antenne d'Europe 1, la comédienne expliquait avoir peur de la mort : "Oui bien sûr je suis terrorisée. Mais ce qui est merveilleux, c'est que je disais en boutade quand j'étais plus plus jeune que je ne ferai jamais ce métier tard car il y a un truc qui me dégoûterait, c'est de mourir en scène. Et me voilà, j'ai 90 ans, on me propose toujours des choses et je ne dis pas non". A l'époque, elle précisait aussi ne pas avoir de regrets : "C'est complètement négatif. Je n'ai pas de regrets. Je me pose des questions, mais les regrets je ne connais pas. Mais j'ai dit souvent qu'il serait bien dans la vie d'en avoir deux. On vit sa vie et, au bout de la première on se dit, 'il faudrait pas que je fasse ça et il faudrait que je ne fasse pas ça'".

"L'anti-star" aux trois maris

Le metteur en scène Paul Vecchiali explique que dans les années 1930, Danielle Darrieux "devient star en inventant l'anti-star. Jouant n'importe quoi, jamais n'importe comment, chantant, riant, pleurant, hurlant de sa manière à elle, désormais inimitable. Gamine apparemment écervelée, jolie, avec des pointes d'émotion qu'elle communique sans le moindre pathos." En effet, le public se souvient que Danielle Darrieux n'avait aucun mal à passer du drame à la comédie, pour le plus grand bonheur des réalisateurs. Côté vie privée, la comédienne a été mariée trois fois dans sa vie. Tout d'abord avec le cinéaste Henri Decoin, puis avec l'ambassadeur Porfirio Rubirosa et enfin le scénariste Georges Mitsinkidès. C'est avec lui qu'elle a adopté un fils, mais les deux hommes sont morts au début des années 1990.

Une histoire floue pendant la Seconde Guerre mondiale

Les spectateurs ne le savent peut-être pas, mais Danielle Darrieux a été accusée d'avoir collaboré avec le régime nazi lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1942, elle travaille pour la société de production Continental, une société allemande qui dépendait du ministère de la propagande de Joseph Goebbels. On l'invite à se rendre à Berlin en compagnie d'autres acteurs français comme Suzy Delair, Albert Préjean ou encore Viviane Romance. Plus tard, elle expliquera ne pas avoir eu "une idée bien précise" de ce que représentait la société de production Continental. A l'époque, elle était mariée à Porfirio Rubirosa, ambassadeur de la République dominicaine en France, interné dans un camp en Allemagne car soupçonné d'être un espion. Elle affirmera que ce voyage en Allemagne nazie était pour elle une façon de retrouver son mari. Quelques années plus tard, elle reviendra sur cette affaire : "On m'a traitée de collabo, j'ai dû me justifier plus de cent fois devant le bureau d'épuration".

Une carrière incroyable et plus de 100 films

C'est en 1931 qu'elle commence sa carrière, en tournant dès l'âge de 13 ans dans le long-métrage Le Bal. Par la suite, elle jouera avec les plus grands comédiens et réalisateurs et laissera une marque indélébile dans le cinéma français. En effet, elle a joué dans de grands films comme par exemple Les Demoiselles de Rochefort en 1967 aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, ou encore plus récemment Huit Femmes de François Ozon en 2001. Danielle Darrieux était aussi une femme de théâtre, puisqu'elle a joué des pièces de Sacha Guitry, Feydeau ou encore Marcel Aymé. Elle a décroché en 2003 un Molière pour son interprétation dans la pièce "Oscar et la dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt. Durant sa carrière, elle a aussi décidé de tenter l'aventure américaine et a notamment tourné pour le metteur en scène Billy Wilder. Danielle Darrieux laisse derrière elle une filmographie incroyable de plus de 100 films et l'on imagine que les hommages ne vont pas tarder à se multiplier pour saluer sa mémoire.

Au micro d'Europe 1 en 2007, Danielle Darrieux précisait qu'elle détestait répéter, que ce soit pour ses pièces de théâtre ou ses longs-métrages.  "Je ne sais pas si ça s'apprend vraiment. Car si ça s'apprend trop, il me semble que l'on ne devient pas naturelle. J'aurais été incapable d'aller dans une école de théâtre ou de cinéma, d'acteurs en tout cas. J'étais beaucoup trop timide. Il aurait fallu passer des scènes devant les copains et ça, j'en ai horreur. Et d'ailleurs, j'ai eu horreur toute ma vie et même maintenant de répéter. Dès qu'il y a des scènes d'émotion ou de drôlerie, je ne répète pas car sinon on perd tout. Le jeu total, il ne vient que quand la caméra tourne ou en scène quand le rideau se lève et que c'est le public".

François Ozon lui rend hommage

Le cinéaste François Ozon a travaillé avec Danielle Darrieux sur le film Huit Femmes en 2002, dans lequel il dirigeait aussi Catherine Deneuve ou encore Isabelle Huppert. Actuellement en pleine promotion de son nouveau film en Russie, il a tout de même publié un communiqué sous la forme d'une auto-interview pour rendre hommage à la comédienne. "Je garde un souvenir joyeux et complice de notre travail sur Huit Femmes. Danielle était ravie d'être pour la troisième fois la mère de Catherine et très excitée de jouer avec les autres actrices pour la première fois. Sur le tournage, elle était une sorte de sphinx qui régnait sur la ruche, toujours à l'heure et connaissant son texte sur le bout des doigts, elle regardait avec amusement et un tendre détachement les angoisses et caprices de chacune. Dès qu'il y avait des tensions, je me rendais dans sa loge et elle me consolait en me rassurant : 'si tu m'avais connue à leur âge j'étais bien pire qu'elles sept réunies'". 

Éric-Emmanuel Schmitt se souvient de la comédienne

"C'est un bonheur que d'avoir connu Danielle Darrieux, un privilège qu'elle ait créé Oscar et la Dame rose" rappelle le metteur en scène pour Le Figaro. "S'il fallait circonscrire en peu de mots ce qui m'a immédiatement le plus impressionné, en elle, c'est qu'elle avait l'élégance de ne jamais s'appesantir sur le tragique de la vie. La légèreté était une philosophie, pour elle. Elle avait la volonté de tenir tête aux drames qu'elle avait affrontés. Son élégance, son humour, sa pudeur, le mystère profond dont cette femme lumineuse était nimbée, sa sensibilité intense, participaient d'une nature grave [...] Je la revois pour jamais, avec son sourire, son regard, cette beauté bouleversante, une coupe de champagne à la main, mais je sais quelle âme blessée elle était. Jouer la dame qui dit les lettres d'Oscar l'avait reconduite à des souvenirs très douloureux, qu'elle ne cherchait pas à étouffer, mais qui étaient au secret de ses pensées. Elle avait été très atteinte par la mort, à quarante ans, de son fils adoptif. Elle m'avait confié qu'elle ne montait jamais sur scène sans lui dédier la représentation [...] À l'heure de la saluer, il faut aussi parler de ce don du naturel qui était le sien et qu'elle a conservé à tous les âges de sa vie. Le don, ce mystère, cette évidence."

Les chaînes bouleversent leurs programmes

Comme ce fut le cas récemment pour Jean Rochefort, les chaînes de télévision ont décidé de bouleverser la grille des programmes afin de rendre hommage à Danielle Darrieux. Tout d'abord France 3, qui proposera aux téléspectateurs de (re)découvrir dès ce jeudi 19 octobre à 20h55 la comédie Pièce Montée, sortie en 2010 sur les écrans. Puis ce sera au tour de Ciné + Classic d'offrir une rétrospective Danielle Darrieux au public vendredi 20 octobre, avec une soirée qui démarrera à 20h35 pour se terminer tard dans la nuit. Les films Tournons ensemble Mademoiselle Darrieux, La vérité sur Bébé Donge, Retour à l'aube, Battement de coeur et Adorables créatures seront diffusés sur la chaîne.

Françoise Dorléac / Billy Wilder

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