En réalité c'est assez simple : la clé se trouve dans l'idéologie surréaliste de la toute-puissance du rêve, devant laquelle cède toute attitude esthétique ou morale. Henry Spencer est un rêveur récurrent dont les rêveries éveillées sont interrompues par l'Homme dans la planète, sorte de personnification de la Raison ou de la Réalité. Confronté à un quotidien de plus en plus difficile (enfant anormal, quartier sordide et dangereux, voisine prostituée, fuite de sa femme), Henry s'enferme dans le rêve en observant puis en prenant contact avec la Femme Dans le Radiateur. Mais le corps de l'enfant distille une sorte de purée qui envahit toute la chambre, tout comme sa présence envahit la vie d'Henry. La cohabitation, la vie d'Henry devient insoutenable. Et lorsque Henry poignarde son enfant, l'Homme dans la Planète a beau faire, son mécanisme s'enraye sans espoir de retour, car Henry a définitivement quitté le monde des lucides et, frappé de folie par son infanticide, part rejoindre la Femme Dans le Radiateur. Lynch plaide ainsi pour la victoire de l'esprit sur la matière, du rêve sur le désespoir du quotidien. On n'avait pas vu ça depuis "Peter Ibbetson " de Henry Hattaway. Eraserhead : une perle poétique qui trace ni plus ni moins un aperçu de cinéma idéal et total. Une sorte de syncrétisme artistique !