"Eyes wide shut" n'est pas tant incompréhensible dans son histoire et sa narration que dans son but premier et sa signification philosophique et psychologique. En effet, bien que l'histoire soit simple et facile d'accès : un homme heureux dans son couple apprend un soir que sa femme à fantasmer un adultère il y a quelque temps. Il pète alors un câble et entame une sorte de descente aux enfers de la perversion dans le seul but de se venger.
La signification, les pistes, les métaphores, les symboles et les images sont une autre paire de manche. Il est sûr que pour son dernier film, Kubrick n’y a pas été avec le dos de la pellicule et nous a livrer une fresque métaphorique des fantasmes et du "sex" sous toutes ces formes.
Ma tentative d’explication :
L’histoire démarre aussi naturellement que possible afin de nous plonger dans notre propre histoire, dans notre propre vie de couple. Le couple est heureux, il forme d’ailleurs une famille unie qui brille en société par son glamour naturel. On ressent alors un malaise peu de temps après, lorsque Kubrick nous montre le bout du nez de ce qui se cache derrière cette société si parfaite. Le Docteur "Cruise" s’éloigne de la soirée (et de la société) pour aller guérir une jeune femme qui a succombé aux drogues qu’elle a ingurgité pour passer une nuit torride. De son coté, la madame Kidman-Cruise se laisse un peu trop facilement emberlificoter par un vieux pervers de 50 ans déguisé en gentleman. Malgré tout, le couple rentre tranquillement. Plus tard, le vice repointe le bout de son nez sous la forme de "fumette" entre mari et femme (on remarquera la corde raide de Vertu/Vice sur laquelle gambade déjà le couple). Le moment perturbateur (ce qui coupera la corde et fera tomber les tourtereaux du mauvais coté) arrive avec la révélation de Kidman. Vous croyez que votre chère et tendre épouse n’aime et ne jure que par vous. Et bien non et la réaction de Cruise est normale.
Et la, cela se corse… Par une utilisation magistrale de la photographie et de la musique, Kubrick nous fait entrer dans le monde qu’il visait depuis le départ : le vice, la perversion, le fantasme et l’adultère. Cruise va alors croiser ces pires craintes dans la ville même où il vit. Par une série d’évènements qui n’en finiront plus de le tenter, il se retrouve au sanctuaire du vice : cette sorte de club échangiste pour bourges-allumés. Mais encore une fois, on le renvoi du bon coté ; du moins, on essaie par la prévention de la femme qu’il a sauvé au paravent (mais ça, nous ne le sauront que plus tard). Le film est une fresque de Symboles nous représentant l’instabilité d’un couple mais explore aussi les pires fantasmes que nous pouvons avoir. Le génie Kubrick a l’intelligence de centrer tous les sujets que le film veut aborder dans une unique et même grosse métaphore : le sexe. Tout est imagé par lui. Le vice, la vertu, la société que l’on peut voir et celle que l’on ne voit pas, les masques que nous mettons, et parfois même dans notre couple (le mensonge, la trahison, la raison, la folie, la peur, la foi, l’évolution)… Bref, la vie.
L’homme ne sera donc jamais tout rose, mais doit trouver un accord avec lui même revenir en paix avec lui même.