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Dans quelles circonstances avez-vous rencontré
Philippe Alliot ?
Nous fréquentions tous les deux le lycée
Clémenceau à Reims et nous étions
dans le même internat. Cela devait être
en 1970. A cette époque, les centres d'intérêt
se faisaient rares dans les internats. La moto en était
un et c'est par des copains communs que j'ai fait la
connaissance de Philippe. Alors que nos potes avaient
la chance de rouler sur de "vraies" motos,
Philippe et moi faisions partis de ceux qui rêvaient
d'en avoir une.
Quel souvenir gardez-vous de Philippe ?
Je me souviens que nous nous retrouvions entre "motards"
durant les heures d'études (qui n'étaient
pas surveillées à l'époque). Philippe
avait de gros problèmes avec les maths, faire
ses exercices lui donnait des cauchemars. Moi, j'avais
la chance de bien maîtriser cette matière
sans avoir à trop travailler. Donc, dans un premier
temps, j'essayais de lui expliquer. Mais je finissais
par lui faire entièrement ses exercices, pour
qu'on puisse causer bécane avec les autres et
commenter le dernier Grand Prix où Giacomo Agostini
[grand champion du monde des années 70]
s'était imposé une nouvelle fois.
Vous avez gardé le contact ?
Philippe a disparu de l'internat avant la fin de l'année
scolaire. Je crois qu'il a quitté Reims à
cette même période. Je pense qu'il traversait
une période difficile. Il n'en parlait pas mais
avec le recul, il avait beaucoup de caractéristiques
de l'ado esseulé et dépassé par
les événements. C'était quelqu'un
de très zen et remarquablement sympa, pas frimeur
pour un sou mais qui manquait singulièrement
de tonus.
Et que pensez-vous du pilote ?
Il y a un gouffre énorme entre le Philippe Alliot
que j'ai connu et le fauve qu'il était il y a
encore quelques années, quand il courait encore
dans les Grands Prix. Le fait d'avoir eu accès
à un volant a révélé en
lui des qualités de concentration et de réflexe
hors du commun. Moi même, j'ai eu la chance de
tourner un peu en monoplace. C'est véritablement
une autre planète : rester efficace une heure
et demi demande des ressources internes très,
très solides.
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