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Dans quelles circonstances avez-vous rencontré
Luc Besson ?
Gilles. C'était en 1978-1979. Nous étions
tous les deux appelés au sein du 13ème
bataillon de Chasseurs alpins de Chambéry. A
l'époque, il était inconnu au bataillon,
si j'ose dire... Nous avions tout juste 20 ans. Nous
sommes de la même année : 1959.
Il parlait déjà de cinéma à
l'époque ?
Il en était déjà complètement
imprégné. Comme moi, il était affecté
à la compagnie d'instruction et avait pour mission
de photographier les nouveaux incorporés (des
photos qui laissent sont toujours des souvenirs mémorables...)
Il a également réalisé des diaporamas
sur les différentes sections du bataillon : 300
ou 400 photos de "combats" illustrées
par une bande-son qui, à l'époque, a littéralement
révolutionné le monde des chasseurs alpins...
Cela devait être un morceau de Stanley Clarke.
Les gradés n'avaient pas spécialement
apprécié.
On sentait déjà l'originalité
et le talent ?
Le talent, oui. L'originalité certainement. Je
me rappelle de sa petite carte de visite où était
inscrit "Luc Besson Assistant Réalisateur".
Ce que je peux dire du point de vue purement cinématographique,
c'est que pendant ces 6 mois où nous avons partagé
la même chambre, il a écrit le scénario
d'un film pour lequel il a été, me semble-t-il,
co-scénariste plus tard : il s'agit de "Kamikaze"
avec Galabru. Le film racontait l'histoire d'un téléspectateur
qui assassinait des speakerines qui ne lui plaisaient
pas. Je me souviens aussi que le soir, il se "tapait"
tous les films des salles d'art et d'essai de Chambéry.
Il enchaînait parfois 3 films dans la soirée.
Et au quotidien, il était comment Luc Besson
à 20 ans ?
Il avait la même morphologie qu'aujourd'hui avec
cette particularité de pouvoir effectuer un saut
périlleux sur le mur de la caserne...
Luc Besson, sportif ?
Passionné de natation et même nageur hors
pair, oui. Je crois me souvenir que ses parents étaient
dans le sport.
Est-ce vous avez gardé le contact ?
On est resté en contact un petit moment. On a
eu quelques échanges de courriers. Il est revenu
dans la région parce qu'il avait eu un prix au
Festival fantastique d'Avoriaz pour "Le dernier
combat" avec Jean Reno et Jean Bouise. Je l'ai
aperçu à Cannes aussi quand il a présenté
le "Grand Bleu". Mais finalement, nous avons
perdu le contact. Peut-être que je lui rappelais
des périodes qu'il appréciait moyennement
: il n'était pas spécialement du genre
militariste militant...
Une anecdote particulière?
Il l'a déjà racontée lors des rares
émissions auxquelles il participe, mais je m'en
souviens très bien. Il voulait se rendre au Festival
de Cannes et il a naturellement demandé la permission
au chef de corps de la caserne. Refus ! Il est tout
de même parti, "déguisé"
en chasseur alpin. Il s'est changé à la
gare de Cannes en arrivant pour mettre un jean et des
baskets. Le tout, en bénéficiant d'un
billet de train gratuit auquel il n'avait théoriquement
pas droit : c'est moi qui avais la charge d'établir
les billets... J'espère qu'il y a prescription
!
Un message à faire passer ?
Je reprendrais bien un thé avec lui. A la caserne,
à 10h00 du matin, c'était notre habitude.
En plus, il réutilisait le même sachet
de thé pour la pause de 16h00. C'est une anecdote
très personnelle et j'espère qu'il ne
m'en voudra pas de l'avoir racontée.
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